2018 :  année maudite pour l'industrie française

2018 :  année maudite pour l’industrie française

La production industrielle française va sans doute connaître un trimestre  supplémentaire de baisse à fin 2018. C’est ce qui ressort des derniers chiffres qui montrent, en outre, une production manufacturière de biens de consommation fortement affectée par la crise des « gilets jaunes ». La confiance des consommateurs, en chute libre en décembre, révèle par ailleurs un degré d’anxiété anormal qui aura des conséquences durables sur la production en 2019. 

Un nouveau trimestre de baisse

La production industrielle française a diminué de 1,3% en novembre, incluant la production manufacturière en chute de 1,4%. La plus forte baisse a été observée du côté de la production de biens de consommation durables, en baisse de 2,4% sur un mois. C’est 10% en-dessous du niveau de l’année dernière. Ce chiffre reflète le manque de dépenses de consommation induit par les nombreuses fermetures de routes et de magasins, véritable marque de fabrique des actions menées par les « gilets jaunes » ces dernières semaines (voir ci-dessous). Cependant, le ralentissement est plus général et visible, notamment dans la production de biens intermédiaires qui a diminué de 2,2% en novembre et de 4,0% sur un an. La baisse de la production de biens d’investissement a été moins sévère, les investissements des entreprises montrant plus de signes de résistance que les dépenses de consommation dans la crise actuelle. Cela a limité la baisse de la production manufacturière. Par ailleurs, l’activité industrielle dans la construction a rebondi de 1,4%, ce qui ne sera pas suffisant pour éviter une baisse de l’activité du secteur en 2018.


 

Ces chiffres montrent que le rebond de la production industrielle attendu pour le second semestre n’a jamais vraiment eu lieu. Après deux trimestres de croissance négative, la croissance de la production industrielle n’a atteint que 0,7% en glissement trimestriel au 3ème trimestre 2018 en raison de problèmes de production dans le secteur automobile et devrait encore se contracter de 1,0% au 4ème trimestre 2018 en raison de la crise des « gilets jaunes » et de son impact croissant sur la demande intérieure. Ainsi, après une croissance dynamique de 2,4% en 2017, la production industrielle française ne devrait progresser que de 0,5% en 2018 et de 1,0% en 2019, soit une dynamique à peine supérieure à celle des années précédentes (0,3% par an en moyenne entre 2014-2016).

Quelques raisons d’espérer

Ces prévisions légèrement plus optimistes pour 2019 reposent sur quelques raisons d’espérer. Ainsi, les principaux points positifs qui subsistent proviennent du niveau actuel des investissements des entreprises. Premièrement, les enquêtes industrielles montrent que malgré une dégradation des perspectives économiques, l’utilisation des capacités n’a pas sensiblement diminué au quatrième trimestre, alors que les carnets de commandes à l’exportation restent bien remplis. Deuxièmement, un effet de rattrapage dans l’industrie automobile devrait également soutenir l’industrie manufacturière en 2019. Il risque d’être faible, car la dévalorisation des voitures diesel va affecter durablement le marché, mais nous ne pensons pas que les immatriculations soient appelées à rester longtemps 12% en-dessous de leur niveau de l’été dernier comme c’est le cas actuellement. Troisièmement, il y a des raisons de penser qu’une partie au moins du choc négatif de demande sur la production de biens de consommation durable est temporaire (voir ci-dessous).

La confiance des consommateurs est en chute libre

Les chiffres de confiance des consommateurs pour décembre s’ajoutent à la pile des indicateurs négatifs publiés en fin d’année 2018. Après confirmation des indicateurs PMI en territoire de contraction (l’indice composite PMI est tombé à 48,7 en décembre), c’était cette semaine le tour de la confiance des consommateurs. À 86,7, le principal indice de confiance a atteint en décembre son plus bas niveau depuis octobre 2014. La forte baisse des intentions d’achat mesurée en novembre s’est poursuivie en décembre, les intentions ayant atteint leur plus bas niveau depuis… juin 2013 ! Les deuxièmes plus importantes variations de l’enquête ont été mesurées sur le sentiment des ménages quant à leur capacité à épargner, sentiment qui avait pourtant été restauré au premier semestre de 2018. Enfin, malgré la baisse continue du chômage ces derniers mois, les craintes de chômage, qui ont fait un bond en arrière de deux ans en novembre, ont continué d’augmenter en décembre, bien que la hausse ait été limitée.

L’enquête révèle donc un niveau d’anxiété anormal chez les consommateurs français : leur sentiment sur leur capacité à épargner dans les prochains mois est pire aujourd’hui qu’en 2008 et 2009, alors que le ralentissement économique actuel n’a rien de commun avec ce que l’on voyait à l’époque. Cependant, ce niveau d’anxiété élevé aura un impact durable. Les craintes de chômage continueront de pousser les consommateurs à privilégier l’épargne au détriment de la consommation longtemps après que le choc de court terme de la crise des « gilets jaunes » aura été absorbé. Les dépenses de consommation étaient déjà en baisse en novembre et les intentions d’achat en décembre montrent clairement d’autres mois négatifs à venir.

L’ampleur du choc de croissance devient plus clair

Il y a un mois, il était encore risqué d’évaluer l’impact du début de la crise des « gilets jaunes ». Après deux mois de manifestations et les résultats de plusieurs enquêtes, il apparaît clairement que l’impact sur la croissance du 4ème trimestres 2018 sera profond et que la crise continuera de peser sur la croissance en 2019, qui verra également un ralentissement dans le reste de la zone euro. Au vu du niveau d’anxiété exceptionnel mesuré en novembre et décembre, nous pensons que la consommation privée pourrait se contracter légèrement au 4ème trimestre 2018, conduisant en 2018 à la plus faible croissance de la consommation privée depuis 2014, à 0,8%.

En 2019, nous pensons que la consommation privée devrait rebondir à la suite d’une baisse des prix de l’énergie et du chômage ainsi que de la poursuite de la hausse du pouvoir d’achat. Cependant, nous nous attendons à ce que le rebond soit limité par le niveau d’anxiété actuel, qui, selon nous, alimentera des comportements d’épargne plutôt que la consommation au cours des prochains mois. Nous avons donc révisé nos prévisions pour la croissance de la consommation privée de 1,5% à 1,1% cette année pour une croissance du PIB limitée à 1,3% après 2,3% et 1,5% respectivement en 2017 et 2018.