2018 en trois questions

2018 en trois questions

 L’ING Eco, votre rendez-vous hebdo, vous propose un résumé des dernières actualités macroéconomiques, grâce aux experts d’ING Belgique.

États-Unis – Economie toujours en pleine forme

2017 fut une bonne année pour l’économie américaine. Au troisième trimestre, le PIB a augmenté de 3.2% en glissement trimestriel annualisé.

Ces bonnes performances sont en ligne avec le niveau de confiance historiquement élevé des ménages américains. En effet, aussi bien l’indice de confiance de l’Université de Michigan que celui du Conference board atteignent des niveaux (pratiquement) inégalés depuis la fin de l’année 2000. Même si ces deux indicateurs de confiance des ménages sont en légère baisse pour le mois de décembre (de 129,5 à 122,1 pour l’indicateur du Conference board et de 96,8 à 95,9 pour celui de l’Université du Michigan), nous ne pensons pas que ce retournement soit alarmant et maintenons notre prévision de croissance du PIB américain à 3% pour 2018.

Par ailleurs, l’indice S&P Case Shiller qui reprend les prix de l’immobilier résidentiel dans 20 métropoles aux USA est passé 6,16% à 6,38% pour le mois d’octobre alors que le consensus était à 6,25%. Si l’on y ajoute le fait que les ventes de maisons existantes ont progressé de 5,6% MoM en novembre et que les ventes de maisons neuves ont augmenté de 17,5% MoM au même moment, on peut en conclure que le marché immobilier résidentiel se porte très bien aux Etats-Unis. Ceci dit, on sera particulièrement vigilant aux développements de ce marché cette année, dans la mesure où la politique monétaire et la réforme fiscale pourraient avoir des effets contraires. Alors que la resserrement monétaire devrait tempérer la croissance des prix, la hausse du pouvoir d’achat et l’impact général qu’une réforme fiscale peut avoir sur les prix, pourraient en décider autrement.

Zone euro – La confiance reste élevée

L’indicateur de confiance des consommateurs de la zone euro, compilé par la Commission Européenne, ne cesse d’augmenter depuis maintenant plusieurs mois. En décembre, il atteint 0,5 (venant de 0 en novembre) alors que les analystes s’attendaient à 0,2. Ce niveau élevé de confiance des consommateurs se traduit notamment en France par une croissance de la consommation des ménages en novembre (+1,2% YoY)..

La masse monétaire M3 a progressé en novembre de 4,9% sur un an (5,0% en octobre). Le fait que la masse monétaire ne progresse pas plus vite dans un contexte de croissance en hausse dans la zone euro reste assez troublant. Cela semble indiquer que l’inflation devrait rester très faible dans les prochains mois, ce qui justifie la politique toujours très accommodante de la BCE.

Le chiffre d’inflation dans la zone euro pour le mois de décembre ne sera disponible qu’en fin de semaine. On sait néanmoins déjà que l’inflation en Allemagne a diminué en décembre à 1,7% (1,8% en novembre).

2018 en 3 questions

Sur le plan économique, l’année 2018 s’annonce plutôt bonne, certainement en zone euro. L’ensemble des prévisions économiques va dans ce sens. Mais une prévision dépend toujours de nombreuses hypothèses. Dès lors, au-delà de notre scénario économique, ce premier numéro d’ING Eco en 2018 revient sur quelques questions essentielles, dont les réponses feront la réalité économique de 2018.

Quel sera l‘impact de la réforme fiscale de D. Trump ?

Selon toute vraisemblance, D. Trump obtient, par l’approbation d’une importante réforme fiscale, une première vraie victoire politique. Cette réforme était attendue et faisait, depuis plusieurs mois déjà, partie intégrante de notre scénario.

Une réforme fiscale n’est cependant pas une garantie d’une croissance vigoureuse. Nous pensons qu’elle dopera temporairement l’économie américaine, qui prolongerait alors sa phase de croissance (qui dure depuis mi-2009 !). Encore faut-il que l’impact de la réforme sur le comportement des entreprises et des ménages soit à la hauteur des attentes et se traduise autrement que par une simple hausse supplémentaire des cours boursiers ou par de l’inflation. Si l’impact positif sur la demande intérieure n’était PAS au rendez-vous, on serait face à un scénario très différent pour l’économie américaine : en effet, les indicateurs financiers de l’économie américaine (endettement des entreprises, valorisation des marchés boursiers, niveau des primes de risque, forme de la courbe des taux) semblent de plus en plus indiquer que la limite de la phase de croissance de l’économie se rapproche. Si la réforme devait être sans effet, le retournement de la première économie mondiale pourrait avoir lieu dès cette année.

La réforme fiscale est donc une pierre angulaire du scénario économique américain en 2018

L’atterrissage de l’économie chinoise se fera-t-il une fois de plus en douceur ?

On le sait, l’économie chinoise est pilotée par les autorités. Face à un nouveau risque de surchauffe, elles ont pris des mesures visant à ralentir quelque peu la croissance, notamment du crédit et du secteur de l’immobilier. Mais il s’agit d’un simple ralentissement, et rien de plus. Nous n’y voyons pas une chute brutale de l’activité ou un éclatement financier.

Ceci étant, on sait que l’endettement de certains secteurs de l’économie chinoise peut poser problème. La Chine se retrouve aujourd’hui face à une montagne de crédits, qu’elle peut certes financer (il ne s’agit pas d’une dette extérieure) mais qui pourrait provoquer un important ralentissement économique si elle devait imploser. En effet, des entreprises et des collectivité locales sont fortement endettées, et les liens financiers entres les entreprises, les collectivités et les banques ne sont pas toujours les plus clairs.

Dès lors, même si à ce jour, les indicateurs économiques chinois ne montrent pas de signe alarmant, des troubles financiers liés à l’importance des dettes en Chine se traduiraient par un atterrissage bien plus brutal qu’escompté de la deuxième économie de la planète.

De tels troubles modifieraient sans aucun doute le scénario économique de 2018, en ce compris pour la zone euro.

Quel est l’importance du risque politique en zone euro ?

Sur le plan économique, la zone euro se porte de mieux en mieux. Il serait difficile de croire que le cycle économique se retourne de lui-même en 2018. Pour ce faire, il faudrait qu’un choc externe impacte négativement l’économie de la zone euro. Ceci étant, un choc politique interne est toujours possible. Jusqu’à présent, les nombreuses échéances électorales n’ont pas donné lieu à des craintes exagérées de la part des marchés. Il faut dire aussi qu’elles ne se ont pas soldées par des révoltes populistes. Même si la situation reste un peu confuse en Allemagne, le fonctionnement de la zone euro n’est pas remis en cause, ce qui permet à l’économie de poursuivre sa reprise. Nous considérons, par défaut, qu’il en sera de même cette année : ni les élections en Italie en première moitié d’année, ni la situation très confuse en Catalogne ni un quelconque autre problème politique ne devrait se matérialiser ou ne fut-ce que stresser les marchés.

Pour autant, le risque que tout ne se passe pas comme prévu ou que les marchés s’intéressent brutalement aux questions politiques est bien réel. Le risque politique est donc, en quelques sorte, le maillon faible du scénario positif de croissance en zone euro.