Banques centrales : le calme plat

Banques centrales : le calme plat

États-Unis – Marché du travail très solide !

Avec la création de 263.000 emplois en avril, on peut dire que le marché du travail américain continue de bien se porter. D’autant plus que le taux de chômage baisse encore, à 3,6% (un plus bas depuis 50 ans !) et que, paradoxalement, les salaires ne semblent pas s’emballer, puisqu’ils progressent de 3,2% sur un an (un chiffre identique à celui de mars). Ce bilan est très certainement un argument de choix pour le président Trump, qui entre petit à petit en campagne électorale. C’est peut-être un peu moins confortable pour la Fed, qui a tenu, depuis le début de l’année, un discours très accommodant (voir topic).

On soulignera néanmoins que les indicateurs ISM qui traduisent l’évolution cyclique de l’activité économique se sont repliés en avril, tant dans le secteur manufacturier (52,8 en avril contre 55,3 en mars) que dans le secteur non-manufacturier (55,5 contre 56,1). Il n’y a pas péril en la demeure car ces indicateurs sont encore très élevés, mais il faudra suivre de près l’évolution future de ces indicateurs, compte tenu de leur caractère avancé sur le cycle du PIB.

Ce week end, le président Trump a annoncé un relèvement potentiel des tarifs douaniers sur les importations chinoises, qui devraient passer de 10% à 25%, en raison de la lenteur des négociations en vue d’un nouvel accord commercial. Il faudra donc être vigilant aux conséquences d’une telle décision si elle se concrétise, notamment sur l’évolution de l’inflation aux Etats-Unis.

Zone euro – Q1 meilleur (ou moins mauvais) qu’attendu

Alors que la confiance des ménages et des entreprises peine à se redresser, comme en ont une nouvelle fois attesté les indicateurs de confiance de la Commission européenne, les chiffres de croissance du PIB au cours du premier trimestre sont presque apparus rassurants. Pour l’ensemble de la zone euro, la croissance atteint 0,4% en rythme trimestriel non annualisé. On soulignera une croissance de 0,7% en Espagne, de 0,3% en France et de 0,2% en Italie et en Belgique. Dans le cas de l’Italie, ce chiffre, loin d’être formidable, doit être considéré comme une bonne performance après deux trimestres de croissance négative. Pour autant, la zone euro reste dans une dynamique de faible croissance, qui ne semble pas devoir changer à court terme.

On soulignera néanmoins que même si la croissance reste lente, le taux de chômage continue sa lente décrue. Il atteint 7,7% en mars (contre 7,8% en février).

L’inflation reste par ailleurs contenue, et atteint 1,7% en avril dans l’ensemble de la zone euro. Mais ce niveau, en hausse par rapport au 1,4% de mars, ne devrait être que temporaire. Il est essentiellement lié à des facteurs saisonniers et à la hausse sur un an des prix de l’énergie. L’inflation sous-jacente, qui traduit davantage la dynamique de l’inflation, reste par ailleurs très faible, à 1,2%.

Banques centrales : le calme plat

Après les réunions de la Fed et de la Bank of England la semaine dernière, l’année 2019 pourrait être marquée par un immobilisme généralisé des principales banques centrales.

BCE et BoJ… rien à signaler

Tant du côté de la Banque centrale européenne (BCE) que de la Bank of Japan (BoJ), il ne faut pas attendre grand-chose en matière de taux d’intérêt cette année.

En particulier, la BCE a explicitement annoncé qu’aucune hausse de taux n’interviendrait en 2019. Cette annonce fait suite au ralentissement économique qui a touché l’économie de la zone euro depuis 2018 et qui semble à peine se stabiliser à présent. Dans ce contexte, l’inflation ne devrait pas être une menace à court terme. Tout concorde donc pour que, logiquement, la BCE ne modifie pas ses taux directeurs cette année.

Du côté de la BoJ, le discours est connu depuis plus longtemps encore : l’incapacité de l’économie à retrouver le chemin de l’inflation pousse la banque centrale, encore et encore, à maintenir une politique de taux bas. Lors de sa dernière réunion de politique monétaire, la BoJ a même précisé qu’il n’y aurait pas de relèvement de taux avant le printemps 2020. Il n’y a donc rien à en attendre.

Fed : Qui a parlé d’une baisse de taux ?

La semaine dernière, la banque centrale américaine (Fed) tenait sa réunion de politique monétaire. Celle-ci était attendue dans la mesure où elle a tenu un discours très accommodant depuis le début de l’année, effaçant les anticipations d’une ou plusieurs hausses de taux. La Fed a même prévu d’arrêter la réduction de son bilan en septembre prochain. Ceci intervenait, un peu comme dans le cas de la BCE, dans un contexte de ralentissement économique et de révision à la baisse de la plupart des prévisions économiques des institutions internationales. Il faut y ajouter les pressions du président Trump qui verrait bien la Fed lui donner un petit coup de pouce pour stimuler l’économie en abaissant ses taux.

Les marchés en ont même conclu la possibilité de voir la Fed baisser ses taux cette année. Mais c’était sans compter sur une croissance économique plus forte que prévue au premier trimestre (3,2% en rythme trimestriel annualisé, alors que le consensus tablait sur un chiffre inférieur à 3%) et surtout sur un marché du travail toujours très solide. Dès lors, la Fed a tenu un discours plutôt rassurant sur l’économie américaine, qualifiant la croissance et le marché du travail de « solides », ce qui est légèrement plus optimiste que lors de la réunion précédente. Elle ne donne donc pas (plus) l’impression, à ce stade, de vouloir abaisser ses taux dans l’immédiat. Au contraire, si la croissance reste solide, le risque de voir de nouvelles pressions inflationnistes se développer reste bel et bien présent. Tout ceci diminue donc la probabilité d’une baisse de taux cette année. En conclusion, nous tablons sur un status quo de la Fed en 2019.

BoE : Gare au Brexit !

La semaine dernière, la Bank of England tenait également sa réunion de politique monétaire. A l’unanimité, les membres de son directoire ont voté là aussi pour le status quo. La question était par ailleurs de savoir si la BoE adopterait un discours plus optimiste compte tenu de l’extension de l’article 50 du traité de Lisbonne, et donc du délai supplémentaire avant le Brexit.

La réponse est partiellement affirmative. Il est vrai que le discours est légèrement plus optimiste. Mais la BoE table toujours sur une croissance modérée au cours des prochains trimestres, notamment en raison d’investissements faibles des entreprises, qui continueront à s’interroger sur l’avenir du Brexit.

Par contre, la BoE table toujours sur une croissance des salaires proche de 3,5% à 4%, ce qui pourrait créer des pressions inflationnistes…et la nécessité d’une politique monétaire un peu moins accommodante. Le gouverneur de la BoE a d’ailleurs rappelé au marché qu’il ne fallait pas sous-estimer sa capacité à lutter contre les pressions inflationnistes.

Ceci étant, le Brexit reste bel et bien présent en toile de fond de l’économie britannique. L’ignorer serait une erreur. Pour cette raison, et malgré une situation macroéconomique meilleure, nous pensons que la BoE maintiendra son taux directeur inchangé cette année.

En conclusion, aucune des 4 grandes banques centrales ne semble décidée à modifier ses taux directeurs en 2019. Mais le calme est un trompe l’oeil : l’absence de mouvement que nous attendons traduit un questionnement important sur la direction prise par les économies et une sorte d’indécision des banques centrales confrontés à des signaux parfois contradictoires et à un contexte économique général marqué par de nombreux risques. La situation pourrait donc encore évoluer !