BCE et FED : deux politiques monétaires différentes

BCE et FED : deux politiques monétaires différentes

États-Unis –Inflation en hausse

L’inflation des prix à la consommation aux États-Unis a augmenté à 2,8% en mai (2,5% en avril), et l’inflation sous-jacente (qui exclut l’énergie et la nourriture) s’est établie en mai à 2,2% (2,1% en avril). Etant donné qu’il y a de plus en plus de signes de pression à la hausse sur les salaires, l’inflation devrait continuer à augmenter dans les prochains mois. Nous estimons que l’inflation des prix à la consommation atteindra 3% en juin, tandis que l’inflation sous-jacente devrait dépasser 2,5% durant la seconde moitié de l’année 2018. Cela permet à la FED de continuer sur sa trajectoire de relever des taux d’intérêts (voir topic). D’autre part, les ventes au détail ont augmenté de 0,8% en glissement mensuel en mai (par rapport à 0,4% en avril). La production industrielle a légèrement baissé en mai (-0,1% mom), mais cela fait suite à une révision à la hausse des chiffres d’avril. L’activité américaine continue donc de bien se porter et nous prévoyons une croissance du PIB de 3% en 2018. Néanmoins, D. Trump a annoncé vendredi confirmer la hausse des taxes douanières à 25% sur 50 milliards de dollars d’importations chinoises. Une escalade des représailles demeure un risque pour l’économie américaine et mondiale.

Zone euro –Baisse de la production industrielle

En Allemagne, l’indicateur ZEW qui mesure la confiance des investisseurs a diminué pour atteindre -16.1 en juin, son plus bas niveau depuis 2012. Dans la zone euro, la production industrielle a baissé plus que prévu en avril, de -0,9% en glissement mensuel, contre une hausse de 0,6% en mars (ce qui équivaut à une croissance annuelle de 1,7% contre 3% en mars). Il semble donc que la conjonction d’anticipations décroissantes et de contraintes importantes sur les capacités freinent pour le moment les perspectives de production. D’autre part, l’emploi dans la zone euro a augmenté 1,4% qoq au premier trimestre 2018, contre une hausse de 1,6% fin 2017, tandis que le coût de la main d’oeuvre est passé de 1,6% au 4ème trimestre 2017 à 1,8% au 1er trimestre 2018. De plus, la convention collective de l’industrie allemande de l’acier et des métaux a fait grimper les salaires négociés de 1,6% à 1,9% en glissement annuel dans l’ensemble de la zone euro. Cette modeste amélioration de la croissance des salaires semble avoir donné à la BCE une grande confiance dans une amélioration durable de l’inflation, ce qui l’a poussé à communiquer sur la fin du programme d’assouplissement quantitatif (voir topic). D’autre part, l’inflation des prix à la consommation a été confirmée en mai à 1,9%, tandis que l’inflation sous-jacente s’est établie à 1,1% comme estimé précédemment.

Japon – Politique monétaire inchangée

La Banque du Japon (BoJ) a maintenu inchangé sa politique monétaire lors de sa réunion du 15 juin, en laissant son principal taux directeur à -0,1% et en maintenant sa politique d’assouplissement quantitatif et qualitatif (QQE). Elle a en outre révisé à la baisse sa prévision de l’inflation, estimant désormais qu’elle serait comprise entre 0,5 et 1% en 2018, ce qui reste donc très loin de son objectif de 2% et devrait pousser la BoJ a encore maintenir longtemps se politique monétaire accommodante. La banque centrale continue de considérer que l’économie japonaise croît modérément malgré la contraction du PIB au premier trimestre (- 0,2% qoq).

BCE et FED : deux politiques monétaires différentes

La semaine passée ont eu lieu les réunions de politiques monétaires des deux banques centrales les plus importante : la FED et la BCE. Voici un petit tour d’horizon des décisions prises, de leurs conséquences et des différences qui existent entre les deux politiques monétaires.

          1. Hausse des taux par la FED

La Reserve fédérale américaine a décidé le 13 juin de continuer à remonter ses taux d’intérêts, pour la septième fois depuis décembre 2015. Pour la seconde fois de l’année, son principal taux directeur a été relevé de 25 points de base, pour s’établir désormais dans la fourchette entre 1,75% et 2%.

Deux hausses supplémentaires en 2018

Grâce à l’analyse du « dot plot », on peut observer que la FED se dirige de plus en plus vers quatre hausses de taux au total sur l’année, soit encore deux hausses d’ici le mois de décembre. Le « dot plot » indique les anticipations de chaque membre du comité de la FED (FOMC) concernant le niveau des taux de politique monétaire en fin d’années 2018, 2019, 2020 et à long terme. La médiane de ces anticipations a été relevée d’un cran pour fin d’année 2018. Cela montre que la FED prévoit désormais quatre hausses cette année, contre une prévision de trois précédemment. Cela se justifie par différents éléments :

  • D’abord l’inflation aux Etats-Unis a atteint de hauts niveaux (2,8% pour les prix à la consommation et 2,2% pour l’inflation sous-jacente), ce qui justifie une politique monétaire moins expansionniste.
  • Le mandat de la FED demande qu’elle favorise l’emploi maximum. Or, le marché du travail aux Etats-Unis se porte très bien, le taux de chômage a ainsi atteint 3,8% au mois de mai, ce qui est le niveau le plus bas jamais atteint depuis avril 2000.
  • Pour la FED, les risques sur les perspectives sont « équilibrés ». Malgré que les dernières semaines aient été mouvementées, avec les marchés émergents secoués par le dollar plus fort et l’éclatement des tensions commerciales, la FED est restée relativement indifférente et a indiqué se concentrer sur l’économie domestique.

Et après ? Quel taux neutre et quelle politique pour 2019 ?

Le « dot plot » permet également de connaitre la vision des membres du comité de la FED sur le taux d’intérêts neutres, en analysant la partie « plus long terme » du diagramme. Il en ressort que le taux neutre se situe, selon eux, entre 2,75% et 3%. La médiane des anticipations des membres du comité s’est établie lors de la réunion de juin à 3,125% pour fin d’année 2019 et à 3,375% pour fin 2020, ce qui indique que ceux-ci prévoient encore trois hausses de taux en 2019 et une en 2020 et que les taux devraient monter dès l’année prochaine au-dessus du taux qu’ils considèrent comme neutre. Un taux de politique monétaire au-dessus du taux neutre signifie que la politique deviendrait véritablement restrictive dès 2019, alors que cette politique est pour le moment toujours expansionniste (mais de moins en moins expansionniste). Notons néanmoins que cette anticipations ne fait pas office de décision, et que les décisions de hausse de taux seront toujours dépendent de l’évolution de l’inflation et de la conjoncture économique aux Etats-Unis et dans le monde.

          2. Forward guidance pour la BCE

La Banque centrale européenne, qui s’est réunie jeudi 14 juin, n’a pas annoncé de changement à sa politique monétaire actuelle, mais a donné de nombreuses nouvelles informations concernant le futur de sa politique, et plus précisément l’évolution de son programme de rachat d’actifs (QE) ainsi que de ces taux directeurs :

  • Annonce de la fin du QE. La BCE “anticipe” une extension du QE de septembre à décembre à 15 milliards d’euros par mois, contre 30 milliards actuellement, avant de mettre fin aux achats nets en décembre. Ces prévisions ne sont pas des décisions et elles dépendent des données qui seront publiées dans les prochains mois.
  • « Forward guidance » sur les taux. Les taux d’intérêts directeurs ont été maintenus inchangés à 0,00 %, 0,25 % et -0,40 % pour respectivement le taux d’intérêt des opérations principales de refinancement, celui de la facilité de prêt marginal et celui de la facilité de dépôt. En outre, et c’est nouveau, la BCE a instauré une forme de « forward guidance » sur les taux en expliquant que les gouverneurs prévoient que les taux d’intérêt directeurs resteront à leurs niveaux actuels au moins jusqu’à la fin de l’été 2019 et, en tout cas, aussi longtemps que nécessaire pour assurer une évolution de l’inflation conforme à l’objectif. Contrairement à ce qu’anticipaient les marchés, une hausse des taux avant septembre 2019 semble donc très improbable.
  • Réintroduction du biais d’assouplissement quantitatif. Alors qu’auparavant la BCE avait abandonné la possibilité d’intensifier le QE, elle a réintroduit cette possibilité en déclarant que “le Conseil des gouverneurs est prêt à ajuster tous ses instruments de façon appropriée pour assurer que l’inflation continue d’évoluer vers la cible ».

La réunion de la BCE du mois de juin a donc été synonyme d’un changement significatif de communication. Ce n’est pas vraiment étonnant, compte tenu du discours de Peter Praet (économiste en chef BCE) la semaine précédente et la hausse de l’inflation en mai (1,9% contre 1,2% en avril) suite à la hausse du prix du pétrole. Néanmoins, étant donné le fléchissement des indicateurs dans la zone euro ces derniers mois, le timing de ce changement reste surprenant. Durant la conférence de presse, Mario Draghi a souligné la vigueur de la reprise dans la zone euro malgré un léger fléchissement, qui se manifeste dans la révision à la baisse des prévisions du staff de la BCE de croissance du PIB pour 2018 (2,1% prévu contre 2,4% auparavant).

Même si, techniquement parlant, la réunion de la BCE n’a pas présenté une décision réelle mais seulement une déclaration d’intention, le sens symbolique du changement de communication est élevé. La réunion marque un pas important vers une fin douce du QE mais, en même temps, elle ne marque pas le début du resserrement monétaire et la première hausse des taux est encore loin. Etant donné que, depuis la dernière réunion de la BCE, il n’y a pas eu énormément de données positives pour la croissance et l’inflation sous-jacente, il se pourrait que ce ne soit pas seulement le raisonnement économique qui ait mené à cette décision. Il semble en fait que la décision de la BCE est un véritable compromis entre les colombes (en faveur d’une politique plus accommodante) et les faucons (pour une politique plus restrictive) où tout le monde est gagnant : les faucons ont finalement obtenu une possible date de fin pour QE, tandis que les colombes ont encore leur porte ouverte pour plus si nécessaire et la perspective d’une première hausse de taux est encore reportée plus tard que les marchés ne l’anticipaient.