Bout du tunnel pour le Brexit ?

Bout du tunnel pour le Brexit ?

Etats-Unis – Inflation en hausse

En octobre, la production industrielle a augmenté de 0,1% par rapport au mois précédent, après la hausse de 0,3% en septembre. En outre, les ventes au détail ont augmenté de 0,8% en glissement mensuel, soit une hausse plus forte que celle du mois de septembre. Par ailleurs, au mois d’octobre, l’inflation américaine s’est établie à 2,5%, en hausse par rapport au mois de septembre (2,3%). L’énergie (+ 8,9% yoy) a été la principale cause de la hausse, mais cette tendance devrait s’inverser le mois prochain, en raison de fortes baisses des prix du pétrole et de l’essence. L’inflation sous-jacente, qui exclut les composantes alimentaires et énergétiques volatiles, a par contre légèrement diminué à 2,1%, contre 2,2% en septembre. Nous estimons que l’inflation sous-jacente devrait continuer à grimper dans les mois à venir, car la forte croissance, les hausses de salaire et le manque de capacité de production disponible renforceront les pressions sur les prix. En conséquence, la FED devrait continuer à relever ses taux, nous tablons sur une hausse en décembre et trois hausses en 2019. Nous estimons que les hausses de taux s’arrêteront ensuite. Nous prévoyons un ralentissement de la croissance économique en 2019 (2,5% contre 3% en 2018), ce qui devrait permettre à la pression inflationniste de se résorber progressivement vers la fin de l’année prochaine.

Zone Euro – Contraction du PIB allemand

En Italie, la production industrielle a diminué en septembre de 0,2% mom, après la hausse de 1.7% en août. Cette publication fait suite à d’autres données pas très positives pour l’Italie. Les ventes au détail en septembre ont ainsi baissé de -0,8% mom, tandis que le PIB au troisième trimestre a affiché une croissance trimestrielle de 0% (contre 0,2% au Q2). Les indices PMI du mois d’octobre se sont en outre établis à 49,2, ce qui indique une contraction de l’activité économique. Il ne faut donc pas s’attendre à un redressement de la croissance italienne au quatrième trimestre. En Allemagne, comme on le craignait, la croissance économique du troisième trimestre de cette année s’est révélée particulièrement mauvaise. Le PIB s’est en effet contracté de 0,2% QoQ. En glissement annuel, la croissance atteint 1,1%. Il s’agit de la première contraction du PIB depuis le premier trimestre de 2013. Ce mauvais chiffre est certes en partie attribuable à des effets temporaires, comme la très faible activité du secteur automobile, en raison des changements dans les normes CO2. Mais des facteurs plus structurels jouent également, tels que les faibles performances à l’exportation, malgré la faiblesse du taux de change de l’euro, qui laissent penser que les tensions commerciales et les faiblesses des marchés émergents pourraient continuer à peser sur les performances de croissance de l’Allemagne. Par ailleurs, la croissance du PIB dans la zone euro a été confirmée à 0.2% qoq au troisième trimestre (après 0,4% au Q2). C’est donc bien l’ensemble de la zone euro qui voit sa croissance ralentir. Nous estimons que la croissance devrait rebondir un peu au Q4 et atteindre 2% pour l’ensemble de l’année 2018. Pour 2019, nous prévoyons une croissance plus faible de 1,4%.

Royaume-Uni – Hausse des salaires

Au Royaume-Uni, les salaires (hors bonus) ont augmenté de 3,2% yoy en septembre, soit la croissance la plus forte depuis fin 2008. Cette hausse est surtout le résultat d’une pénurie de main d’oeuvre qualifiée, les entreprises devant augmenter les salaires pour fidéliser et attirer les talents. Cette hausse des salaires devrait se traduire par une hausse des prix à la consommation à moyen terme. Normalement cela devrait amener la Banque d’Angleterre à augmenter ses taux. Néanmoins, l’incertitude entourant l’accord sur le Brexit (voir topic) pèse sur les perspectives. Dès lors, nous ne prévoyons pas de hausse de taux par la Banque d’Angleterre avant mai 2019 au plus tôt.

Bout du tunnel pour le Brexit ?

Ou est-ce la lumière d’un train en sens inverse pour Theresa May ? L’accord dévoilé cette semaine après 874 jours de palabres ouvre en tous cas un volet décisif de l’histoire politique européenne, dont les prochaines étapes font figure de jeu de piste infernal.

Ce que contiennent les 585 pages de l’accord

« This is as good as it gets » : comprenez qu’il n’y aura pas mieux. Tel qu’il a été publié cette semaine, l’accord montre cependant une victoire décisive de l’Europe qui n’aura cédé sur pratiquement aucune ligne rouge et aura trouvé un arrangement flou sur l’Irlande du Nord pour le rendre acceptable aux yeux des Britanniques. Si les échéances n’étaient pas si proches, Theresa May aurait donc peut-être encore une marge de négociation. Le calendrier la rend pratiquement impossible (Cf. ci-dessous). Les grandes lignes de l’accord sont détaillées ci-dessous. Il comprend en outre une période de transition, jusqu’en décembre 2020 et prolongeable une fois (d’un commun accord pris avant juillet 2020) pendant laquelle rien de change si ce n’est que les Britanniques ne participeront plus aux volets exécutifs (Conseil Européen), législatifs (les sièges au Parlement européen sont redistribués) et administratifs (plus de Commissaire britannique à la Commission) des institutions européennes.

Volet financier

L’addition sera salée pour les Britanniques. Comme le prévoyait déjà l’accord de décembre dernier, Londres contribuera au budget Européen normalement pendant toute la période de transition (15 à 20 milliards par an, y compris pendant la prolongation si elle advient). A cela, il faut ajouter 10 à 20 milliards de programmes en cours ainsi que 15 milliards de prêts programmes. Un total d’environ 2,5% du PIB dont les derniers deniers devraient être déboursés en 2025.

Droits des citoyens

3 millions d’européens vivent en Grande-Bretagne, 1 million de Britanniques vivent sur le continent. Ensemble, ces 1% de la population européenne, mais qui bénéficiera de droits inédits. Ainsi, ces européens auront une voie facilitée pour obtenir la résidence en Grande-Bretagne et la Cour de Justice Européenne (CJE) restera compétente pour assurer le respect de ces droits particuliers. Pour les autres, la libre circulation des personnes ne sera plus de mise après la période de transition et la Grande-Bretagne adoptera une politique migratoire plus restrictive, basée sur la compétence des travailleurs.

Il faut noter que les Britanniques ne pourront pas se défaire de la CJE dès le mois de mars 2019, ils resteront sous juridiction de la CJE jusqu’à la fin de la période de transition. Après celle-ci, la CJE restera compétent, non seulement pour les droits des citoyens mentionnés ci-dessus, mais pour tout litige directement relatif au Droit Européen. Les autres litiges seront tranchés par un panel d’arbitres indépendants.

Union douanière (pour le commerce de marchandise)

Dans le cas où la période de transition ne permettrait pas de trouver un accord sur la frontière nord-irlandaise (il devra être négocié avec le futur accord de libre-échange), l’accord prévoit un régime « par défaut » (« backstop »). Comme il était impossible de créer une frontière physique, que ce soit entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande ou l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne, le Royaume-Uni restera dans une union douanière avec l’UE pour les marchandises et l’Irlande du Nord restera dans le marché unique, la Grande-Bretagne s’engageant à ne pas créer trop de divergence de règles.

Pêche et services

Si les Britanniques sortiront de la Politique Agricole Commune, ils n’en seront pas moins contraints de respecter certaines règles. S’ils espéraient déréglementer la pêche et récupérer le contrôle total sur leurs eaux en 2019 par exemple, l’opération est ratée : pendant la période de transition, rien ne change (l’accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques et les quotas sont maintenus). Comme pour les marchandises, un accord devra être négocié d’ici juillet 2020 mais l’UE a déjà fait connaître les augmentations de taxes à l’importation qu’elle imposerait si la Grande-Bretagne fermait l’accès à ses eaux.

Par ailleurs, au niveau des échanges de services, les banques londoniennes perdront leur « passeport financier », qui leur permettait d’exercer sans restriction dans toute l’UE. Elles pourront cependant bénéficier d’ « équivalences » dans plusieurs domaines (au cas par cas pour collecte de dépôts, le trading de dérivés, l’émission de crédits et d’obligations, la gestion de portefeuilles, les services de paiement, le courtage en assurance et en crédits immobiliers) qui sont des privilèges, et non des droits : elles sont donc révocables à tout moment par l’UE, une épée de Damoclès sans doute difficile à gérer pour le secteur financier (tant les banques que les assurances sont concernées).

Pourquoi la lecture des paragraphes précédents était peut-être inutile ?

Les Parlementaires n’en ont pas fini avec le texte : il se peut donc encore qu’il finisse dans les oubliettes de l’histoire. Rien n’est encore certain (Cf. annexe) : nouvelles élections, sortie de route pour Theresa May, renégociation, « hard brexit » ou « no Brexit » sont encore tous au menu, ce qui n’a pas rassuré les marchés cette semaine (Cf. Graphique 2). La Livre a perdu 2% ces derniers jours face à l’euro et nous pensons que cela pourrait aller jusqu’à 4%.

La prochaine étape pour Theresa May pourrait être une motion de défiance de son propre parti la semaine prochaine, vu la démission de 5 membres de son Cabinet. Si 48 parlementaires conservateurs le demande, le parti pourra voter. A ce stade, il est peu probable qu’elle perde ce vote. Elle pourra donc sans doute aller à Bruxelles le 25 novembre pour signer l’accord avec les autres membres du Conseil. C’est là que ça se complique : le Parlement, Britannique d’abord (avant la fin de l’année), Européen ensuite (avant le 29/3), devra alors voter le texte. Pour obtenir les 320 votes nécessaires (il y a 639 votants), Theresa May devra convaincre bien au-delà de son propre parti où seuls 235 votes semblent sécurisés à l’heure actuelle (Cf. Graphique 2) : chez les travaillistes pro- Brexit notamment. De l’autre côté, les anti-Brexit et les travaillistes loyaux à Corbyn (en tout environ 282) sont pratiquement certains de voter contre. En cas de défaite, tous les scénarios resteront possibles, y compris un « no deal » et de nouvelles négociations.
 


Annexe

Les scénarios possibles