Brexit : un brouillard dense et persistant

Brexit : un brouillard dense et persistant

États-Unis – Cela reste mitigé…

Les investisseurs n’ont pas été rassurés par la publication de l’indice de confiance des consommateurs mesuré par le Conference Board. Il s’est en effet inscrit en repli en mars, passant de 131,4 à 124,1, effaçant presque entièrement son rebond de février. Par contre, la confiance des consommateurs mesurée par l’Université du Michigan s’est, quant à elle, inscrite en hausse, passant de 97,8 à 98,4.

Les chiffres ambigus et l’évolution générale des indicateurs économiques tend donc à montrer que l’économie américaine a passé le point haut de son cycle. Pour preuve, la révision à la baisse de la croissance économique américaine au quatrième trimestre de 2018, de 2,6% en rythme trimestriel annualisé à 2,2% démontre l’essoufflement de la croissance. Il faut aussi noter que ce chiffre aura pour conséquence d’affaiblir la croissance de l’ensemble de l’année 2019.

Pour autant, il ne faut pas en conclure, pour le moment, une menace de récession à court terme. La plupart des indicateurs économiques restent à des niveaux élevés, compatibles avec une croissance économique positive. Néanmoins, le repli de certains indicateurs clés justifie de plus en plus l’attitude prudente de la Fed, ce qui aura indubitablement des conséquences sur le cours du dollar.

Zone euro – Baisse de la confiance…quoique…

Les indicateurs de confiance de la Commission européenne, constitués à partir des enquêtes nationales, se sont une nouvelle fois majoritairement repliés. Ainsi, l’indicateur de sentiment économique, qui reprend l’ensemble des secteurs de l’économie (en ce compris les consommateurs), passe de 106,2 à 105,5. Le niveau de l’indicateur reste donc bien supérieur à sa moyenne de long terme (qui est par construction au niveau 100), mais son évolution reste négative. Le secteur de l’industrie continue particulièrement de montrer des signes de faiblesse alors qu’à l’inverse, la confiance des consommateurs montre de tout premiers signes de redressement. Selon notre analyse, l’évolution de ces indicateurs, mais aussi celle des indicateurs nationaux et des PMI, plaident pour le maintien d’une croissance certes positive mais faible en zone euro. La prudence de la BCE, encore évoquée la semaine dernière par P. Praet, le chief economist de la BCE dans une interview pour Bloomberg, est donc pleinement justifiée.

Il faut aussi noter que lors de la même interview, P. Praet est revenu sur les propos de M. Draghi au sujet des éventuelles mesures que la BCE pourrait prendre pour diminuer les effets pervers des taux négatifs sur le secteur bancaire et ainsi améliorer la transmission de la politique monétaire.

Enfin, on notera que la masse monétaire M3 a progressé de 4,3% sur un an en février, contre 3,8% le mois précédent. C’est une bonne nouvelle qui montre que la situation économique pourrait se stabiliser dans les prochains mois.

Brexit : un brouillard dense et persistant

L’échec du troisième vote au parlement britannique de l’accord négocié entre Th. May et l’Union européenne (UE) prolonge la crise politique et institutionnelle au Royaume-Uni. Quelles sont donc à présent les options sur la table et quelles en seraient les conséquences ? Voici un énième update de la situation…

Quelles options ?

Pour rappel, l’UE avait accordé un délai au R-U jusqu’au 22 mai (en prolongeant l’application de l’article 50 du Traité de Lisbonne et en repoussant la date officielle de sortie de l’UE) pour autant que le « withdrawal Act » soit voté par le parlement britannique. Pour rappel, le 12 avril est la date limite pour entamer l’organisation des élections européennes. En l’absence de telles élections, il serait impossible au R-U de rester dans l’UE après le 22 mai. N’ayant pu obtenir une majorité vendredi dernier, le texte n’a donc pas été validé. Dès lors, toujours selon le calendrier décidé par l’UE, le R-U devra sortir de l’impasse avant le 12 avril car sinon, la sortie du R-U sans accord (Hard Brexit, ou « no deal ») s’imposera comme l’option par défaut.

D’ici là, beaucoup de choses peuvent se passer. On peut regrouper les options possibles en trois catégories : celles qui trouvent leur épilogue le 22 mai, celles qui entrainent l’organisation d’élections européennes et le « no deal ».

(i) Sortie le 22 mai avec période de transition

a. Ce serait d’abord le cas si, en quatrième lecture, le withdrawal Act négocié par Th. May était finalement voté par le parlement. Cette option paraît surréaliste, mais est demeure sur la table. Stratégiquement, la peur d’un no deal ou d’un non Brexit pourrait encore pousser certains parlementaires à changer d’avis. Si c’est le cas, la sortie serait officielle juste à temps pour ne pas organiser d’élections. Commencerait alors une période de transition.

b. Dès ce lundi, certains amendements à la déclaration politique annexée au withdrawal act pourraient passer au vote. On pense notamment à la possibilité de négocier le maintien dans l’Union douanière qui, lors du vote de mercredi dernier, n’était pas loin d’obtenir une majorité. Si cette option peut encore être introduite dans la déclaration de politique en accord avec l’UE avant le 22 mai, une sortie ordonnée avec période de transition reste aussi possible.

(ii) Maintien dans l’UE au-delà du 22 mai et organisation d’élections européennes au R-U.

a. Si le malaise est plus profond et qu’il nécessite une modification du withdrawal act (dont l’UE ne veut pas) ou si le parlement britannique a besoin de plus de temps pour s’accorder sur une nouvelle proposition de déclaration politique, une prolongation de l’article 50 au-delà du 22 mai s’avèrerait nécessaire. On s’engagerait alors dans un long processus ou les incertitudes des deux dernières années se prolongeraient un moment encore. C’est à ce jour l’option que nous privilégions, avec certes un très faible degré de certitude (25% de probabilité d’un tel scénario. C’est faible mais aucun autre scénario n’a, selon notre analyse, une probabilité supérieure).

b. D’autres options plus radicales pourraient entrainer la nécessité de prolonger l’article 50 au-delà du 22 mai. Ce serait le cas notamment si le parlement décide de convoquer de nouvelles élections nationales pour se trouver une autre majorité, ou si l’option d’un nouveau référendum (sur l’accord ou sur le Brexit lui-même) était retenue. Il faut noter que cette option avait obtenu un bon score lors des vote de la semaine dernière au parlement britannique, sans néanmoins obtenir la majorité.

(iii) Le « No deal » par défaut.

Si rien n’est décidé d’ici le 12 avril, le « no deal » s’imposera. Il pourrait aussi s’imposer le 22 mai si les Britanniques arrivent à convaincre l’UE qu’ils sont proche d’un accord mais nécessitant de repousser la date limite du 12 avril au 22 mai et qu’ensuite, ils n’arrivent pas à formaliser celui-ci.

Pour être exhaustif, il faudrait encore mentionner la possibilité que la parlement britannique vote la révocation de l’article 50 sine die, mais cette possibilité n’a qu’un très faible support au R-U.

Quelles conséquences ?

Bien sur, les conséquences économiques de ces options sont différentes les unes des autres. Dans le cas d’une sortie le 22 mai avec période de transition, cela provoquerait le soulagement des marchés financiers, puisque le risque d’un no deal serait écarté. Pour le reste, toute incertitude n’aura pas disparu : les rapports entre le R-U et l’UE après la période de transition seront encore à définir, mais cela dépasse probablement l’horizon des marchés.

Si une prolongation de l’article 50 au-delà du 22 mai est nécessaire, les conséquences ne seront pas très différentes : le no deal est évité dans l’immédiat, et on ne sait pas de quoi les futurs rapports entre l’UE et le R-U seront faits. Mais la possibilité d’un no deal à terme demeure, ce qui en fait un scénario moins positif pour les marchés.

Enfin, un no-deal se soldant par des contrôles aux frontières et des tarifs douaniers impacterait sans aucun doute par un choc économique très négatif des deux côtés de la Manche. Les marchés en seraient très clairement affectés.

A titre d’exemple, la demande britannique globale est responsable de pas moins de 2,8% du PIB belge. En considérant l’impact direct d’un no deal (imaginons une chute de 20% des exportations sur l’année), le PIB belge serait amputé d’à peu près 0,5 point de pourcentage en 2019.