L'effet Brexit

L’effet Brexit

L’ING Eco, votre rendez-vous hebdo, vous propose un résumé des dernières actualités macroéconomiques, grâce aux experts d’ING Belgique.

États-Unis : légère inquiétude en ce qui concerne la croissance du PIB

Aux États-Unis, les derniers chiffres des ventes au détail font augmenter les craintes relatives à la croissance du PIB au troisième trimestre. En août, les ventes au détail se sont en effet contractées de 0,2% en glissement mensuel, alors qu’une hausse de 0,1% était attendue. Les chiffres de juillet ont en outre été revus à la baisse (passant de 0,6% à 0,3% en glissement mensuel). La croissance des dépenses de consommation pourrait dès lors diminuer au troisième trimestre par rapport au deuxième, ce qui ne manquera pas d’avoir un impact sur la croissance du PIB. Il existe cependant aussi des éléments qui vont dans le sens opposé. Le solide marché du travail, l’optimisme des consommateurs (l’indice de l’Université du Michigan a, par exemple, légèrement reculé en septembre, mais reste à un niveau élevé) et l’amélioration des perspectives pour les salaires nous incitent à rester positifs en ce qui concerne les dépenses. Les indicateurs ISM continuent également à suggérer une croissance saine et les stocks devraient donner un coup de pouce supplémentaire. Nous continuons donc à penser que la croissance du PIB du troisième trimestre sera proche des 3% (en termes annualisés).


Zone euro : Confirmation d’une forte activité économique

Dans la zone euro, la production industrielle a légèrement augmenté en juillet (0,1% en glissement mensuel), après un net repli en juin (-0,6% en glissement mensuel). Par rapport à l’année passée, la production industrielle a crû de 3,2%. En juillet, la production de biens semi-finis, de biens durables et de biens d’équipement a augmenté (de respectivement 0,5%, 0,7% et 0,8%), tandis que la production de biens non durables a quelque peu reculé (-0,4%). Le secteur de l’énergie a enregistré la baisse la plus marquée (-1,2%). Globalement, ces chiffres confirment que l’activité économique n’est pour l’instant pas préoccupante. La BCE a en outre revu ses perspectives de croissance pour 2017 à la hausse, de 1,9% à 2,2%. L’inflation demeure cependant trop faible et ceci devrait persister pendant un certain temps. La vigueur de l’euro exerce aussi des pressions baissières sur l’inflation. En ce qui concerne la politique d’assouplissement quantitatif, M. Draghi devrait dévoiler plus de détails lors de la réunion de la BCE du 26 octobre. Nous pensons que la normalisation sera progressive et que les achats mensuels passeront de € 60 milliards à € 40 milliards.

Royaume-Uni : taux inchangés, mais grande probabilité d’un relèvement plus tard dans l’année selon la BoE

Comme prévu, la Banque d’Angleterre a décidé de laisser ses taux inchangés (voir topic). Le nombre de voix en faveur d’un relèvement des taux est également resté inchangé par rapport à la réunion précédente, soit 2 sur 9. Même si l’inflation atteint 2,9%, il n’y a guère de pression intérieure sur les prix. La croissance salariale décevante (2,1% en juillet) a peut-être aussi influencé la décision. La Banque d’Angleterre estime cependant que le marché est trop certain de l’évolution future des taux. Même si un relèvement des taux peut intervenir plutôt rapidement, cela ne signifie pas que ceci inaugurerait une série de relèvements des taux. Un relèvement pourrait suffire à soutenir la livre sterling et à enrayer le danger inflationniste à moyen terme. La livre s’est d’ailleurs déjà raffermie après la réunion. En ce qui concerne le Brexit, il faudra attendre le discours que la première ministre May fera vendredi à Firenze.

L’effet Brexit

La Banque centrale d’Angleterre tenait sa réunion de politique monétaire la semaine dernière. Elle a maintenu ses taux inchangés mais a laissé entendre qu’elle pourrait les remonter prochainement. Le choix de resserrer éventuellement la politique monétaire n’est pourtant pas facile : d’un côté, l’inflation relativement élevée justifie une telle rhétorique, mais d’un autre côté, l’économie britannique apparaît moins vigoureuse en ce moment, et pourrait être davantage affectée par des taux plus élevés.

Avant même que le referendum sur le Brexit n’ait lieu, différentes études avaient été publiées sur l’effet potentiel d’une telle décision pour les économies britannique et européennes ainsi que pour les marchés financiers. Toutes celles qui se voulaient objectives allaient dans le même sens : le Brexit aurait un impact négatif, et ce des deux côtés de la Manche. Il faut cependant avouer que les effets attendus ont mis du temps à se révéler. Mis à part un choc sur le taux de change, les mois qui ont suivi le referendum n’ont pas été marqués par un changement brutal de trajectoire du cycle économique. Ceci était lié à deux phénomènes : d’une part, la banque centrale d’Angleterre (BoE) avait réagi rapidement en abaissant son taux directeur. D’autre part, les négociation n’ont été entamées que très récemment, ce qui, durant le délai d’attente, a pu donner l’impression que le Brexit ne changeait finalement pas grand-chose. Mais l’entrée en négociations met en lumière de très nombreux problèmes qui rendent le Brexit beaucoup plus concret.

Plus d’un an après le referendum, les effets économiques et financiers du Brexit se font donc de plus en plus sentir, principalement sur l’économie britannique. D’un côté, la dépréciation de la Livre impacte l’inflation. Alors qu’elle n’était que de 0,6% en juillet 2016, elle atteint 2,9% en août de cette année. La dépréciation de la devise britannique n’est certes pas la seule cause de cette forte montée de l’inflation, mais elle semble y avoir contribué. Toujours est-il qu’à ce jour, l’inflation britannique est bien au-dessus de l’objectif de la BoE.


L’effet sur l’inflation était attendu. C’est d’ailleurs en partie pour cette raison que la croissance de la consommation des ménages s’est maintenue juste après le référendum, la perspective d’une inflation future plus élevée poussant les ménages à anticiper leurs dépenses. A présent, cet effet positif sur la consommation a disparu. De manière plus générale, l’économie britannique est en phase de ralentissement : le PIB britannique n’a progressé que de 0,2% QoQ au premier trimestre de cette année et de 0,3% au second, ce qui, au regard des performances des pays européens, apparaît assez faible. Sur un an, le PIB n’est en progression que de 1,7% (venant de 2,0% en deuxième partie de 2016). Les indicateurs de confiance restent certes à des niveaux élevés, mais ils ne progressent plus et les résultats du mois d’août étaient très décevants.

Le commerce extérieur entre le Royaume-Uni et l’Europe semble également affecté par les prémisses du Brexit. Ainsi, les exportations du reste de l’union européenne vers le Royaume-Uni stagnent, alors que le commerce extérieur global progresse.

Cette situation marquée par une inflation plus forte et une activité moins dynamique est en fait la pire situation pour une banque centrale. D’un côté, un inflation élevée doit conduire à considérer une hausse de taux pour juguler les pressions inflationnistes. Une telle mesure ne pose pas de problème quand l’inflation est elle-même liée à une forte demande et donc une activité dynamique, dans la mesure où la hausse de taux ralentit l’activité. Or ici, l’inflation est liée à des effets de change, et l’activité moins vigoureuse nécessite de maintenir des taux bas.

Lors de sa dernière réunion de politique monétaire de jeudi dernier, la BoE s’est donc livrée à un exercice difficile : ne pas choquer les marchés tout en les éclairant sur ses intentions. Certes, le taux directeur a été maintenu inchangé, mais la BoE laisse aussi entendre qu’elle pourrait, dans les prochains mois, relever ses taux. L’impact sur la Livre a été immédiat : elle a regagné du terrain par rapport à l’euro, traduisant une modification des anticipations de taux des marchés. Nous pensons que la BoE a surtout voulu réaligner les anticipations de marchés avec ses propres intentions, c’est pourquoi le communiqué de la BoE précise que « la politique monétaire pourrait être resserrée de manière plus forte que ce qui est actuellement anticipé par les marchés ». Cependant, nous ne pensons pas que la BoE devrait s’engager dans un long cycle de hausses de taux. Elle pourrait par contre annuler l’impulsion donnée à l’économie dans l’urgence suite au vote en faveur du Brexit.

Il n’empêche que la capacité de la BoE à pratiquer un resserrement et ainsi calmer l’inflation dépendra de l’évolution future de l’économie britannique. Si elle devait davantage se dégrader, les anticipations pourraient encore être revues, mais surout la BoE se retrouverait dans une situation délicate où toute hausse de taux ne ferait que détériorer davantage l’activité.