Brexit: le pire est encore à venir

Brexit: le pire est encore à venir

 L’ING Eco, votre rendez-vous hebdo, vous propose un résumé des dernières actualités macroéconomiques, grâce aux experts d’ING Belgique.

États-Unis – La croissance se poursuit

L’économie américaine se porte globalement bien. Nous avons même revu nos prévisions de croissance pour 2017 et 2018 à la hausse. Nous tablons désormais sur une croissance de 2,3% au lieu de 2,2% en 2017 et de 3,0% au lieu de 2,7% en 2018. Les éventuelles baisses d’impôts pourraient encore stimuler davantage l’activité économique. On notera en revanche que l’indice PMI (Markit) s’est replié de façon inattendue de 54,6 en octobre à 53,8 en novembre.

Zone euro – Aucun signe de ralentissement

La zone euro devrait connaître un bon quatrième trimestre. L’indice PMI agrégé (services et industrie manufacturière) a de nouveau augmenté fortement en novembre, passant de 56 en octobre à 57,5. Compte tenu de la vigueur de l’emploi, des solides nouvelles commandes et des travaux en retard, ceci n’a cependant pas constitué une grosse surprise. En novembre, les intentions de recrutement ont en outre atteint leur niveau le plus élevé des 17 dernières années. Le chômage pourrait dès lors baisser plus rapidement que prévu. Les nouvelles commandes ont également affiché leur croissance la plus rapide depuis 17 ans, ce qui signifie que la reprise industrielle s’est renforcée au quatrième trimestre. Enfin, les travaux en retard ont atteint leur niveau le plus élevé depuis 2006.

La confiance des consommateurs de la zone euro a également encore augmenté en novembre. L’indice s’élevait à 0,1 en novembre, contre -1 en octobre. L’échec des discussions en vue de la formation d’une coalition en Allemagne n’a pas eu d’impact sur la confiance. Depuis sa création en 1985, l’indice n’a été plus élevé que quelques mois en 2000 et en janvier 2001. L’amélioration persistante sur le marché du travail et la faiblesse de l’inflation ont entraîné une hausse des revenus réels, ce qui a accru l’optimisme des consommateurs.

Les entreprises allemandes demeurent également optimistes. L’indice Ifo a ainsi atteint un sommet historique en novembre. L’indice s’est établi à 117,5, contre 116,7 en octobre. La composante de l’indice qui mesure les attentes a fortement augmenté, passant de 109,1 en octobre à 111,0 en novembre. L’évaluation de la situation actuelle est restée stable par rapport au mois passé. L’enquête a été effectuée avant l’impasse politique actuelle. Nous ne verrons qu’en décembre si cette dernière a des répercussions sur les entreprises allemandes. Les fondamentaux de l’économie allemande restent toutefois solides. Ceci, combiné au faible niveau des taux et à l’euro plutôt faible, plaide pour une poursuite de la solide croissance en Allemagne.

Nous n’observons donc aucun signe de ralentissement de l’économie de la zone euro. Grâce par ailleurs à la politique monétaire souple et à l’amélioration attendue de la croissance mondiale, la zone euro devrait connaître une solide année 2018.

Brexit : le pire est encore à venir

Sur le plan économique, le Royaume-Uni ne se porte pas si bien. Après une période étrangement positive après le vote en faveur du Brexit, l’économie ralentit alors que l’inflation rogne le pouvoir d’achat des ménages et oblige la Bank of England à agir. Sur le plan politique, la situation n’est guère bien meilleure : le pouvoir de Mme. May est remis en cause et l’absence de préparation au Brexit se fait de plus en plus sentir.

Après une période étrangement positive sur le plan économique et paisible sur le plan politique malgré le séisme que représente le vote en faveur du Brexit, la donne semble avoir changé au Royaume-Uni (R-U). Sur le plan économique, le ciel s’est très clairement assombri : après une hausse étonnante en 2016, les dépenses des ménages ralentissent à présent, en conséquence d’une baisse du pouvoir d’achat. Les entreprises actives dans la vente de détail restent par ailleurs prudente pour les prochains mois. La baisse du pouvoir d’achat est elle-même la conséquence de plusieurs phénomènes : d’une part, les salaires progressent trop lentement. D’autre part, après une période de belle progression de l’emploi, le marché du travail pourrait être affecté par le ralentissement de l’activité. Mais surtout, l’inflation a été poussé à la hausse par la faiblesse de la devise britannique et par la hausse des prix pétroliers.

Du côté des entreprises, outre une moindre envie d’embaucher compte tenu du ralentissement économique, on notera que les perspectives d’investissement restent incertaines, en raison non seulement du Brexit mais aussi de l’incertitude politique. Il faut aussi souligner le fait qu’en dépit d’une dépréciation de la Livre de près de 20%, les exportations de biens n’ont pas été aussi soutenues que l’on aurait pu le penser.

Si l’on y ajoute le fait que de nombreuses entreprises sont en train d’annoncer leur relocalisation en dehors du R-U ou du moins leur intention d’y réfléchir, le baromètre économique n’est très clairement pas au beau-fixe.

Dans un tel contexte économique, la Bank of England (BoE) n’a pas la tâche facile. Elle avait rapidement prévenu les marchés que sa tolérance à l’inflation, même générée par des éléments externes ou de change, n’était pas infinie. C’est dans ce sens-là qu’il faut comprendre son récente relèvement de taux. Par ailleurs, elle a fait savoir qu’elle se prépare à deux hausses de taux supplémentaires, dont une en 2018. Cela dit, de tels mouvements restent à prendre au conditionnel : nous pensons que l’inflation sous-jacente et la croissance n’évolueront pas aussi positivement que ne le pense la BoE actuellement. Elle devra par ailleurs composer avec l’incertitude politique liée au Brexit.

En effet, sur le plan politique, la préparation au Brexit s’annonce très compliquée. D’une part, la capacité de Mme. May à mener sa (courte) majorité (en coalition) est de plus en plus remise en cause, en ce compris à l’intérieur de son parti. Cela génère une incertitude permanente. D’autre part, le gouvernement britannique semble toujours mal préparé à mener les discussions pour un accord sur le Brexit. Le prochain sommet européen du 15 décembre pourrait enfin voir aboutir les discussions sur les trois thèmes préliminaires à la négociation commerciale, à savoir (i) les engagements financiers du R-U envers l’Europe, (ii) la question de la frontière irlandaise et (iii) les droit des citoyens européens. Si ces questions aboutissent, les négociations commerciales pourront enfin débuter en 2018.

Compte tenu de la masse de points à aborder, il paraît impossible qu’un accord soit trouvé pour la fin de l’année 2018. Or, seul un accord bouclé avant la fin de l’année prochaine laisserait assez de temps aux parlements nationaux et régionaux pour ratifier l’accord conclu avant que le « divorce » ne soit prononcé fin mars 2019. Une période plus ou moins longue de transition sera donc nécessaire. Mais même dans ce cas de figure, le démantèlement des liens entre le R-U et l’UE semble très complexe. Ceci pourrait inciter des entreprises localisées au R-U à prendre des décisions de délocalisation avant même la conclusion d’un accord.

N’étant manifestement pas en position de force dans la négociation, les Britanniques brandissent régulièrement la menace d’un non-accord commercial. Dans ce cas, les règles « standards » de l’OMC prévaudraient, comme avec tout pays pour lequel il n’existe pas d’accord commercial (la Chine par exemple). Le R-U ne semble pas effrayé par une telle perspective : il pourrait attirer des entreprises par une fiscalité particulièrement intéressante ou compenser les tarifs douaniers par une dépréciation de sa devise.

C’est sans doute vrai, mais cela sous-estime le coût et les difficultés pratiques d’une telle situation. Il faudrait par exemple mettre en place une armée de douaniers et d’agents administratifs pour contrôler les quelques 4,2 millions de camions qui chaque années transitent par le port de Douvres et le tunnel sous la Manche. Former ce personnel prend plusieurs années. Dès lors, la menace d’un non accord devrait être assortie de mesures pour commencer à former ce personnel dont le R-U ne dispose pas. En bref, une telle menace n’est pas vraiment crédible.

En conclusion, nous avions dès avril 2016 averti de l’impact négatif que pourrait avoir le Brexit sur l’économie britannique, mais aussi sur l’UE. 20 mois plus tard, on ne peut que réitérer ces craintes.