Brexit, où en est-on ?

Brexit, où en est-on ?

L’échec du troisième vote au parlement britannique de l’accord négocié entre Theresa May et l’Union européenne prolonge la crise politique et institutionnelle au Royaume-Uni. Quelles sont donc à présent les options sur la table et quelles en seraient les conséquences ?

Quelles options ?

Pour rappel, l’Union européenne avait accordé un délai au Royaume-Uni jusqu’au 22 mai (en prolongeant l’application de l’article 50 du Traité de Lisbonne et en repoussant la date officielle de sortie de l’UE) pour autant que le « withdrawal Act » soit voté par le parlement britannique. Le 12 avril est la date limite pour entamer l’organisation des élections européennes. En l’absence de telles élections, il serait impossible au Royaume-Uni de rester dans l’Union européenne après le 22 mai. N’ayant pu obtenir une majorité, le texte n’a pas été validé et Theresa May a demandé le 5 avril une prolongation des délais. Le 11 avril au petit matin, les 27 ont accordé au Royaume-Uni une extension de l’Article 50 jusqu’au 31 octobre.

Beaucoup de choses peuvent encore se passer. On peut regrouper les options possibles en trois catégories :

  • celles qui trouvent leur épilogue le 22 mai,
  • celles qui entrainent l’organisation d’élections européennes
  • et le « no deal ».

1. Sortie avant la première session du Parlement Européen, avec période de transition

Ce serait le cas si, en quatrième lecture, le « withdrawal Act » négocié par Th. May était finalement voté par le parlement avant les élections européennes. Cette option paraît surréaliste, mais demeure sur la table. Stratégiquement, la peur d’un no deal ou d’un non Brexit pourrait encore pousser certains parlementaires à changer d’avis, notamment dans le camp des Travaillistes avec qui Theresa May négocie en ce moment. Si c’est le cas, la sortie serait officielle juste à temps pour ne pas organiser d’élections. Commencerait alors une période de transition, à la fin du mois de juin (le temps de légiférer en Grande-Bretagne).

2. Maintien dans l’UE au-delà de la première session du Parlement Européen et organisation d’élections européennes au Royaume-Uni

Si le malaise est plus profond et qu’il nécessite une modification du « withdrawal act » (dont l’UE ne veut pas) ou si le parlement britannique a besoin de plus de temps pour s’accorder sur une nouvelle proposition de déclaration politique, les débats parlementaires pourraient durer jusqu’après l’été. On s’engagerait alors dans un long processus ou les incertitudes des deux dernières années se prolongeraient un moment encore. C’est à ce jour l’option que nous privilégions. Dans ce scénario, il n’est pas impossible d’imaginer un second référendum ou des élections nationales au Royaume-Uni, avec des résultats incertains.

3. Le « No deal » par défaut

Si le Royaume-Uni n’organise pas d’élections européennes, le « no deal » par défaut interviendra le 1er juin.

Par ailleurs, si rien n’est décidé d’ici le 31 octobre, le « no deal » risque à nouveau de s’imposer.

Quelles conséquences ?

Bien sûr, les conséquences économiques de ces options sont différentes les unes des autres. Dans le cas d’une sortie en juin avec période de transition, cela provoquerait le soulagement des marchés financiers, puisque le risque d’un no deal serait écarté. Pour le reste, toute incertitude n’aura pas disparu : les rapports entre le Royaume-Uni et l’Union européenne après la période de transition seront encore à définir, mais cela dépasse probablement l’horizon des marchés.

Si une prolongation de l’article 50 au-delà de la première session du Parlement Européen est nécessaire, les conséquences ne seront pas très différentes : le no deal est évité dans l’immédiat, et on ne sait pas de quoi les futurs rapports entre l’Union européenne et le Royaume-Uni seront faits. Mais la possibilité d’un no deal à terme demeure, ce qui en fait un scénario moins positif pour les marchés.

Enfin, un no-deal se soldant par des contrôles aux frontières et des tarifs douaniers impacterait sans aucun doute par un choc économique très négatif des deux côtés de la Manche. Les marchés en seraient très clairement affectés.

A titre d’exemple, la demande britannique globale est responsable de 1,6% du PIB français. En considérant l’impact direct d’un no deal (imaginons une chute de 20% des exportations sur l’année), le PIB serait amputé d’au moins 0,2 point de pourcentage en 2019, un effet similaire à celui de la crise des « gilets jaunes ».