Brexit : où va-t-on ?

Brexit : où va-t-on ?

États-Unis – Nouvelle salve dans la guerre commerciale

La croissance de l’activité économique dans le nord-est des Etats-Unis s’est redressée en septembre selon l’indice “Philly Fed”, qui est remonté à 22,9 après être tombé en août à 11,9. De plus, l’indice PMI manufacturier est en hausse en septembre à 55,6, contre 54,7 le mois d’avant, tandis que l’indice PMI du secteur des services en est en baisse. Le secteur industriel américain se porte donc très bien.

Par ailleurs, Donald Trump a décidé de mettre en place des droits de douane supplémentaires sur 200 milliards de dollars de produits importés depuis la Chine (10% et 25% en 2019 si pas de progrès dans les négociations). Ils s’ajoutent donc aux 50 milliards de dollars de produits chinois déjà taxés depuis cet été et représentent ensemble près de la moitié des biens chinois importés aux Etats-Unis l’année passée. Le gouvernement chinois a annoncé qu’il allait rétorquer en taxant davantage 60 milliards de dollars de biens américains importés en Chine. Cette riposte pourrait pousser Trump à passer à la troisième phase de son plan et taxer 267 milliards de dollars de produits chinois importés, en plus de toutes les autres taxes déjà mises en place. Malgré que Trump ait tenté de limiter les dommages sur l’économie américaine aux États-Unis en excluant certains produits de consommation de la liste des produits taxés, il est assez probable cette guerre commerciale entraînera des hausses des prix de biens de consommation (de l’ordre de 0,2 de pourcentage en plus sur les 12 prochains mois si la situation reste comme cela, et de 0,5 points en plus si elle s’empire). En outre cette décision augmente l’incertitude au sein des entreprises dans le monde et exacerbe les risques à la baisse pour l’économie mondiale.

Zone Euro – PMI en baisse

Dans la zone euro, l’indice PMI composite a diminué en septembre à 54,2 contre 54,5 en août. Cette diminution est à mettre sur le compte de l’industrie manufacturière et plus précisément sur les commandes à l’exportation qui sont fortement en baisse dans les grands pays exportateurs comme l’Allemagne. Il semble donc que l’industrie de la zone euro continue de se heurter aux incertitudes commerciales mondiales liées à l’imminence du Brexit, à l’escalade du conflit commercial mondial et aux devises dépréciées des grands partenaires commerciaux émergents. En outre, la confiance des consommateurs en zone euro a diminué en septembre à -2,9 contre -1,9 en août. Nous prévoyons une croissance de 0,4% qoq au Q3, identique à celle du Q2. Les risques sur les perspectives continuent néanmoins d’augmenter.

Royaume-Uni – Inflation en hausse

L’inflation au Royaume-Uni a augmenté plus que prévu en août, à 2,7% contre 2,5% en juillet. L’inflation sous-jacente a en outre dépassé la barre des 2% pour s’établir à 2,1%. Compte tenu des rebondissements des négociations sur le Brexit (voir topic), nous continuons de penser que la Banque d’Angleterre attendra que le Royaume-Uni quitte officiellement l’UE en mars prochain avant d’envisager sérieusement de relever à nouveau les taux d’intérêt.

Brexit : Où va-t-on ?

Ces derniers jours, les tensions autour du Brexit se ravivent, non seulement entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, mais aussi entre les Britanniques eux-mêmes. Rappelons donc ici l’état des lieux, le calendrier et les prochaines échéances.

          1. Le Brexit aura-t-il lieu ?

Juridiquement et techniquement, il semble difficile de penser le contraire à ce jour. En effet, le Royaume-Uni ayant invoqué l’article 50 du Traité de Lisbonne le 29 mars 2017, le pays sortira de l’UE deux ans plus tard, à savoir le 29 mars 2019. C’est d’autant plus vrai que le résultat du referendum de juin 2016 a été bétonné dans la loi britannique, et est donc devenu contraignant. Il n’est donc juridiquement pas possible, pour le gouvernement actuel, de faire marche arrière, si ce n’est en obtenant un nouveau referendum dont le résultat serait contraire au premier. Le scénario de loin le plus probable est donc que le Brexit ait lieu.

          2. Le chaos dès le 30 mars 2019 ?

Le Brexit a fait ces dernières semaines l’objet de nombreuses discussions. Il ne s’agit pourtant pas de discuter des futures relations commerciales entre les deux entités, mais de discuter l’acte de divorce (Withdrawal Act) qui précise les modalités (notamment financières) de sortie du R-U. Une annexe à ce document prévoit également les lignes directrices des relations futures et surtout des « solutions de rechange » au cas où les futures négociations commerciales n’aboutiraient pas.

Si ce document fait l’objet d’un accord entre les deux parties et est entériné par le parlement britannique ET par le parlement européen et le Conseil avant le 29 mars 2019, une période de transition débutera à cette date. Durant celle-ci, le R-U sera effectivement en-dehors de l’UE, mais tous les traités, l’union douanière et le marché unique resteront en vigueur aussi longtemps qu’un véritable nouvel accord commercial ne sera pas entériné. On parle ici d’un délai de 2 ans au moins. Un accord sur l’acte de divorce reste à ce jour notre scénario privilégié, évitant le chaos. Ceci étant, nous sommes conscients que la situation politique au R-U augmente le risque d’une sortie sans accord.

          3. Pourquoi tant de bruit ?

La semaine dernière, Th. May a pour la énième fois tenté de convaincre ses (ex-) partenaires européens du bienfondé de sa vision de la relation future entre les deux entités (appelé Chequers plan) et de sa proposition d’acte de divorce. Mais l’accueil de son discours lors du sommet informel de Salzbourg a été plus que froid. Les dirigeants européens ne veulent en effet en aucun cas que le R-U prenne ce qui l’intéresse dans l’UE tout en abandonnant les contraintes. En plus, un problème subsiste au niveau de la frontière irlandaise pour laquelle les visions britanniques et européennes sont diamétralement opposées.

La réponse de l’Europe ayant été très mal prise Outre-Manche, les négociations semblent, à ce jour, au point mort, si bien que la possibilité d’un non accord entrainant le chaos en mars prochain gagne en probabilité.

          4. Quelles échéances ?

Ce mardi, le parti Travailliste (dans l’opposition) doit discuter de sa position en la matière. Certains veulent l’organisation d’un nouveau referendum sur le Brexit, mais cette solution n’a pas les faveurs de J. Corbyn, le leader Travailliste. Son option privilégiée semble être la tenue de nouvelles élections. Une position intermédiaire pourrait être que le parti Travailliste se prononce pour la tenue d’un referendum, non pas sur le Brexit lui-même mais sur l’acte de divorce. Une telle éventualité serait très dangereuse, car en cas de rejet de celui-ci, il ne resterait de la place que pour le chaos le 30 mars 2019 (voir point 2). Il faut aussi souligner que de nouvelles élections ne changeraient rien à l’échéance du 29 mars.

Le 30 septembre prochain, c’est au tour des Conservateurs de tenir leur assemblée. Celle-ci s’annonce houleuse, dans la mesure où le camp des adeptes d’un Brexit dur monte en puissance. L’échec du sommet de la semaine dernière ne fait que renforcer ce mouvement. Dès lors, les négociations pourraient prendre une nouvelle tournure, où l’acte de divorce entérinerait l’idée d’un simple accord commercial avec l’UE, à l’image de ce qui se fait avec le Canada. Cela poserait un sérieux problème politique, dans la mesure où une telle solution nécessiterait une frontière « dure » entre les deux Irlandes, ce dont ne veulent ni les Britanniques ni l’UE.

Dans l’impasse, plus d’un membre des Conservateurs verrait également la tenue d’élections comme un bon échappatoire à l’impasse actuelle des négociations. Mais encore une fois, la question de l’échéance du 29 mars n’en serait pas réglée.

Les 18 octobre et 13 décembre prochains, les sommets européens seront indéniablement centrés sur les négociations de l’acte de divorce. Il faudra alors rattraper l’échec du sommet de Salzbourg. Un sommet exceptionnel pourrait être organisé en novembre si nécessaire (on parle du 17-18 novembre). Selon notre analyse, le scénario de l’obtention d’un accord de divorce laissant la place à la période de transition à partir du 30 mars prochain et ce pour deux ans au moins reste le plus probable. Mais le parcours pour y arriver sera plus que probablement très accidenté !