Carburant et manifestations : une réponse tardive du Gouvernement

Carburant et manifestations : une réponse tardive du Gouvernement

La France se prépare à un week-end d’immobilité sur les routes avec plus de 1500 barrages spontanés prévus pour protester contre la hausse des taxes carburants. Le Gouvernement a annoncé quelques mesures compensatoires sous la pression. Si l’effort est conséquent il arrive sans doute trop tard au vu de la baisse amorcée des prix pétroliers qui devrait ramener l’inflation sous les 2% dès le début de l’année.

La grogne populaire monte face aux prix de l’essence…

La hausse des prix du carburant a fait naître une nouvelle forme de militantisme au sein de la population française. Ce samedi, le mouvement des « gilets jaunes » prévoit de bloquer plus de 1500 routes à travers le pays pour protester contre les effets des taxes sur le diesel. Ces dernières, visant à limiter l’attrait des véhicules plus polluants, ont en effet amplifié la forte hausse des prix du pétrole en euro des derniers mois. Ainsi, avec la flambée des cours pétroliers durant l’été et la mise en oeuvre de cette mesure, les prix à la pompe atteignent leur plus haut niveau depuis des années.

Les manifestations, pour la plupart non déclarées, risquent d’entraîner des conflits avec les forces de l’ordre. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, demande aux organisateurs locaux de déclarer les manifestations afin d’éviter les amendes et les peines d’emprisonnement. Au contraire, le Président Macron s’est montré plutôt compréhensif, soulignant que les Français « ont le droit de manifester » et qu’il « faut les entendre ». Ces propos pourraient être contredits dans les prochains jours par les actions des forces de l’ordre dont la diffusion sur les réseaux sociaux sera sans doute récupérée politiquement. Il semble qu’il y aurait eu de meilleures façons d’entamer la campagne pour les Européennes, d’autant que la grogne était prévisible.

En effet, l’augmentation de la taxe sur le carburant était l’une des mesures prévues par le ministre de la transition écologique Nicolas Hulot, qui a démissionné à la rentrée. Elle faisait suite à plusieurs années de politique prodiesel, pendant lesquelles la part du gazole dans la consommation totale de carburant pour voiture était passée de 30 % en 1975 à 82 % l’an dernier. Aujourd’hui, plus de trois voitures privées sur quatre roulent au diesel.

Cette mesure affecte le pouvoir d’achat, en particulier celui des ménages à revenus modestes, qui n’ont pas encore bénéficié des allègements fiscaux qui allègent le pouvoir d’achat de la classe moyenne au second semestre. Pour pallier cela, le Gouvernement a annoncé aujourd’hui un accroissement du budget alloué à la transition énergétique avec 500 millions d’euros d’aides supplémentaires.

  • La première concerne la prime de conversion : alors que les personnes souhaitant échanger leur véhicule polluant contre un véhicule plus propre bénéficient déjà d’une prime pouvant aller jusqu’à 2 500 euros en 2019, les ménages aux revenus inférieurs pourraient recevoir jusqu’à 4 000 euros grâce à cette nouvelle mesure.
  • La deuxième consiste à renforcer provisoirement l’aide octroyée aux 5 millions de Français parcourant un long trajet pour aller travailler, qui bénéficient déjà d’un avantage fiscal. En outre, le gouvernement souhaite développer une prime pour les ménages utilisant des chaudières au fioul.

Si ces aides se justifient, elles auraient gagné à être annoncées comme mesures d’accompagnement plutôt que de sembler être arrachées sous la pression. Après plus de 30 ans de politique pro-diesel, la note de la transition a un goût salé.

Les nouvelles données d’inflation suggèrent une possible amélioration

La plupart de ces mesures n’entreront pas en vigueur avant 2019 et ne suffiront pas à enrayer les manifestations de ce week-end, qui porteront un nouveau coup dur à Emmanuel Macron, déjà malmené dans les sondages d’opinion. La grogne pourrait cependant s’apaiser dans les mois à venir avec le passage des prix du pétrole sous le seuil de 60 euros le baril.

Les données d’inflation publiées cette semaine confirment la trajectoire descendante de l’inflation française en octobre (à 2,1 %), après un plus haut de 2,3 % atteint en août. Actuellement, l’inflation sous-jacente (0,8 % en octobre), principalement portée par les prix des services, reste modérée. Le maintien des cours pétroliers en deçà des 60 euros/baril en 2019 devrait limiter l’inflation avant la saison des grands déplacements en voiture l’été prochain. Dans ce contexte, et au vu des mesures budgétaires prévues pour 2019, l’optimisme devrait réapparaître. En attendant, il n’est pas exclu que le mouvement de grogne ait un nouvel effet négatif sur la confiance des consommateurs en novembre et décembre.