Ciel serein selon la Commission européenne

Ciel serein selon la Commission européenne

Etats-Unis – Elections et FED

Les élections américaines de mi-mandat ont capté l’attention des marchés la semaine dernière car elles pourraient avoir des conséquences importantes sur la politique économique américaine, et donc sur les marchés financiers à moyen terme. En effet, la perte de la majorité républicaine à la Chambre semble indiquer que D. Trump aura plus de difficultés pour baisser davantage les impôts dans le futur, car la majorité démocrate ne serait pas en faveur de telles mesures. En outre, le président pourrait avoir plus de difficultés à faire passer des projets de lois, ce qui pourrait l’amener à se concentrer davantage sur ses pouvoirs exécutifs, dont les politiques commerciales. La guerre commerciale pourrait donc reprendre, et la Chine pourrait être davantage en ligne de mire de nouveaux droits de douane. A terme, cette guerre commerciale pourrait commencer à peser sur la croissance. Nous estimons que la situation économique américaine sera probablement un peu moins positive en 2019, à mesure que le booste de la baisse des taxes se dissipe et que les tensions commerciales affectent les chaines de production. Après la croissance prévue de 2,9% en 2018, nous prévoyons une croissance de 2,4% aux-Etats-Unis en 2019. Par ailleurs, la FED a maintenu comme prévu sa politique monétaire inchangée lors de sa réunion du mois de novembre. La FED reste positive dans son analyse de la situation économique aux Etats-Unis et elle va continuer à augmenter graduellement ses taux d’intérêts. Nous continuons de prévoir une hausse de taux en décembre 2018 et trois hausses de taux en 2019.

Zone Euro – Vente aux détails faibles

La croissance des ventes au détail dans la zone euro a diminué en septembre à 0,8% yoy contre 1,8% en août, ce qui implique que la croissance mensuelle a été nulle. La tendance s’est donc nettement affaiblie au cours des derniers mois, ce qui indique que la moindre croissance des salaires réels, due à une inflation plus élevée et à des niveaux de confiance plus faibles, impacte négativement la consommation. La croissance du PIB en zone euro devrait rester modeste dans les mois à venir, avec peu de reprise attendue après la croissance de 0,2% au troisième trimestre. Nous estimons que la croissance économique en zone euro devrait ralentir à 1,4% en 2019, après la croissance prévue de 2% en 2018. Concernant la politique monétaire, nous nous attendons à un seul relèvement du taux des dépôts au quatrième trimestre 2019, ce qui signifie que les taux du marché monétaire resteront négatifs tout au long de 2019. Un deuxième relèvement des taux (dépôts et refi) pourrait intervenir au premier trimestre 2020, mais la probabilité qu’il n’ait pas lieu n’est pas négligeable. De toute façon, nous estimons qu’il n’y aura pas plus de hausses de taux. L’environnement de taux d’intérêt bas devrait donc rester avec nous pendant un certain temps.

Royaume-Uni – Croissance robuste

La croissance économique au Royaume-Uni s’est établie à 0,6% qoq au troisième trimestre (1,5% en glissement annuel), en hausse par rapport au 0,4% du deuxième trimestre. L’essentiel de ce beau résultat est imputable à la consommation, considérablement aidée par la persistance d’un temps chaud cet été. L’investissement a également augmenté de 0,8%, un bon résultat après la baisse observée lors des deux trimestres précédents. Nous pensons que la dynamique économique du Royaume-Uni devrait s’estomper au quatrième trimestre, nous tablons sur une croissance de 0,3% qoq. En effet, le Brexit amène toujours beaucoup d’incertitude, ce qui pourrait peser sur la croissance. Nous pensons toujours qu’il existe un risque évident que nous ne sachions pas avec certitude avant 2019 si un accord évitant un hard Brexit a été trouvé. En conséquence, nous estimons que la Banque d’Angleterre ne devrait pas augmenter ses taux avant mai 2019 au plus tôt.

Ciel serein selon la Commission européenne

On le sait, les dernières semaines n’ont pas été brillantes en matière d’indicateurs économiques européens. Les indices de confiance continuent de s’éroder, même s’ils sont encore à des niveaux compatibles avec une croissance positive. Par ailleurs, avec une croissance de 0,2% par rapport au trimestre précédent au troisième trimestre de 2018, on ne peut pas dire que l’économie de la zone euro soit extrêmement dynamique. En Italie, l’activité a même stagné !

Alors que la plupart des prévisions économiques sont actuellement révisées à la baisse, les nouvelles prévisions de la Commission européenne étaient attendues avec impatience. Elles ont été publiées en milieu de semaine dernière. Si la Commission a effectivement un peu abaissé ses prévisions de croissance pour la zone euro (elle attend à présent 1,9% de croissance l’année prochaine contre 2,0% dans son édition précédente – Graphique 1), on ne peut pas dire que le scénario économique ait été lourdement modifié.

Au regard des indicateurs économiques actuels, la prévision de croissance de la Commission pour la zone euro apparait donc assez optimiste, et ce à plus d’un titre. D’une part, pour obtenir une telle prévision de croissance, la Commission table en effet sur une croissance ininterrompue de 0,5% par trimestre jusque fin 2019. Ceci correspond donc à une accélération assez nette de la croissance par rapport au rythme de 2018, qui rappelons-le, n’a cessé de s’essouffler en cours d’année.

D’autre part, la Commission s’est montrée un peu moins optimiste pour les grands pays de la zone. Pour 2019, la Commission table en effet sur une croissance de 1,8% en Allemagne, 1,6% en France, 1,2% en Italie et 2,2% en Espagne. Dès lors, alors que ces quatre pays représentent 75% du PIB de la zone euro, seule l’Espagne dépasse la croissance moyenne de la zone euro. Il faudra donc que les « petits pays » aient une croissance économique très dynamique pour compenser la faiblesse des « grands pays ».

Dans le contexte actuel d’affaiblissement de la confiance, un tel scénario n’est pas impossible mais paraît franchement difficile à réaliser. Des éléments exceptionnels ont certes affaibli la croissance économique au troisième trimestre, et un rebond technique est attendu en fin d’année, mais il en faudrait plus pour maintenir un tel rythme en 2019.

Pour qu’on le retrouve, il faudrait d’abord qu’aucun risque négatif ne se matérialise. On parle ici de l’impact potentiel de la forte dépréciation passée de certaines devises émergentes, de la confrontation entre le gouvernement italien et la Commission européenne sur le budget ou encore d’un « hard » Brexit. Par ailleurs, il faudrait que la bonne santé de l’économie américaine se prolonge en 2019, alors même que l’effet des impulsions passées va s’estomper et que les hausses de taux de la Fed risquent de la ralentir. Mais soit, imaginons que tout se passe bien à ce niveau-là. Même dans ce cas, on peut douter de la capacité de la zone euro à générer, dans le contexte actuel, une telle accélération. Il faudrait alors imaginer un nouveau choc positif, qui inverserait la tendance actuelle : une initiative européenne pour donner une impulsion budgétaire coordonnée, une baisse drastique du prix du pétrole ou encore l’arrêt des velléités protectionnistes qui émergent de toutes parts. Il faudrait enfin surmonter l’obstacle du manque de main d’oeuvre qualifiée en zone euro, que de nombreuses entreprises signalent comme un obstacle à leur croissance.

Bien entendu, le scénario de croissance a aussi une importance capitale pour l’état des finances publiques. Dans le scénario de croissance envisagé, le déficit public de l’ensemble des pays de la zone euro passerait de 0,6% du PIB à 0,8%, de qui traduit déjà un certain relâchement des efforts en matière d’assainissement des finances publiques. Il est clair qu’une croissance économique inférieure ne ferait que détériorer la situation. C’est particulièrement interpellant pour un pays comme l’Italie. Compte tenu de la croissance attendue (déjà inférieure à l’hypothèse retenue par le gouvernement italien), la Commission prévoit un creusement du déficit, passant de 1,9% du PIB en 2018 à 2,9% l’année prochaine. Qu’en serait-il avec une croissance encore inférieure ?

En conclusion, on peut certes se réjouir que la Commission conserve des prévisions globalement bonnes pour 2019. Mais seules des conditions très favorables permettront qu’elles se réalisent. A ce stade, nous sommes plus prudents.