Les consommateurs restent le maillon faible

Les consommateurs restent le maillon faible

La croissance française a été limitée à 0,3% au premier trimestre 2018. Même s’il ne s’agit que d’une première estimation, les chiffres montrent que malgré la baisse du chômage, la croissance du pouvoir d’achat et des intentions d’achats élevées, les consommateurs ne sont toujours pas très dépensiers. Par ailleurs, les exportations ont déjà souffert plus que prévu de la force de l’euro au début de l’année. Alors que les indicateurs de confiance restent élevés dans le secteur des services et que le reste de la zone euro continue de croître plus rapidement, les chiffres du PIB laissent planer le doute sur la capacité de la France à croître plus vite que 2% en 2018.

Seuls les investissements publics surprennent positivement au premier trimestre 2018

Les chiffres du PIB du premier trimestre ont affiché de mauvaises surprises en termes de dynamisme de la demande intérieure. D’abord, la consommation privée, à juste 0,2 %, n’a pas atteint le niveau attendu, ne donnant toujours aucun signe d’amélioration depuis deux ans. Elle n’a augmenté que de 1,3 % en 2017. Difficile d’imaginer une croissance de la consommation au-dessus de 1,5 % en 2018 après un début d’année aussi faible.

Les placements des sociétés non financières ont diminué de 0,5 % par rapport au trimestre dernier, atteignant leur niveau le plus faible depuis fin 2016, tandis que les taux d’intérêt bas et le marché immobilier revigoré continuent de soutenir les placements des ménages. La croissance des investissements publics de 0,9 % par rapport au trimestre précédent, leur plus forte hausse depuis 2011, a constitué une surprise supplémentaire. Il ne s’agit que de la seconde contribution positive à la croissance des investissements publics au cours des 20 derniers trimestres.

Sur le plan extérieur, les exportateurs français semblent avoir pâti de la force de l’euro au premier trimestre, avec une baisse des exportations de 0,1 % par rapport au trimestre précédent. La faiblesse des importations, due à une baisse de la demande intérieure, a permis de rester en territoire non négatif. Toutefois, cette situation pourrait changer si la consommation privée reprenait du souffle au cours des prochains trimestres.

Les niveaux actuels de confiance peuvent-ils se traduire par une meilleure croissance en 2018 ?

Les chiffres publiés cette semaine par l’INSEE montrent que dans l’industrie, les entreprises gardent confiance dans la perspective économique générale: si l’indice de confiance a baissé au cours des 5 derniers mois, il reste à sa moyenne sur 12 mois à un moment où les carnets de commandes continuent de se remplir. Toutefois, à 109 en avril, le principal indice de confiance de l’industrie était inférieur à la moyenne des deux trimestres précédents. Il est probable que les chiffres de mai soient similaires, et indiquent une consolidation des perspectives de croissance à un niveau élevé pour le deuxième trimestre 2018, mais sans accélération de cette croissance. Dans le secteur des services, au contraire, la confiance s’est montrée stable au cours des trois derniers mois, juste en dessous de son pic de janvier (109), à 107 en avril. Les intentions de recrutement et d’investissement restent en particulier élevées au début du deuxième trimestre, augurant une poursuite de la tendance actuelle de baisse du chômage. Nous pensons par conséquent que les placements, en hausse de 3,3 %, devraient continuer de soutenir la croissance en 2018.

Les derniers chiffres de la confiance des consommateurs ne montrent qu’une légère remontée en avril. Le marché de l’emploi ne semble pas être la principale inquiétude des Français: les consommateurs sont surtout très heureux de la reprise économique. Ils se montrent toutefois craintifs concernant leur situation financière personnelle et leur capacité à économiser. Quoi qu’il en soit, les intentions d’achat restent élevées et la baisse du chômage devrait concrétiser ces intentions. Étant donné les chiffres du premier trimestre, il est difficile de tabler sur une forte accélération générale en 2018. Nous pensons que pour que la consommation privée atteigne 1,5 % cette année, contre seulement 1,3 % en 2017, une hausse de la confiance sera nécessaire. Bien que les conditions fiscales et du marché du travail s’améliorent pour les ménages français, les consommateurs français se montrent encore perplexes.

L’un dans l’autre, à l’aune de la baisse du chômage et de la poursuite du renforcement de l’euro qui devrait encore prendre du temps, nous estimons que la croissance du PIB français peut encore atteindre 2,1 % en 2018. Bien que toutes les conditions soient réunies pour un rebond de la consommation, une remontée de la confiance des entreprises semble nécessaire pour constater une accélération des investissements. Le retour des discours de guerre commerciale n’y contribue pas, et sur le plan intérieur il est certain que le conflit social hautement symbolique à la SNCF pourrait donner un signal fort sur la capacité du gouvernement à réformer.