La consommation, première victime de la grogne

La consommation, première victime de la grogne

Les manifestations citoyennes du mouvement des « gilets jaunes » ont fait sentir leurs premiers effets dans les enquêtes de confiance des consommateurs de novembre, qui a atteint son plus bas niveau depuis le début 2015. Les intentions d’achats sont affectées, alors même que les chiffres de consommation pour octobre, publiés ce vendredi, montraient un rebond. Il sera donc de courte durée. Les intentions d’embauches demeurent néanmoins élevées, le ciel devrait donc s’éclaircir pour la consommation dans les trois prochains trimestres.

La confiance des consommateurs a chuté en novembre

L’indice de confiance des ménages français a chuté de 94,6 à 91,6 en novembre, impacté par le vent de révolte qui souffle partout en France. Des centaines de milliers de manifestants sont descendus dans la rue ces deux derniers samedis, le mouvement ayant abouti à une émeute sur les Champs-Élysées à Paris, marquant l’actualité internationale. Ces manifestations populaires ont en commun le fait de dénoncer l’augmentation du prix des carburants à la pompe, en partie sous l’effet de diverses taxes environnementales votées ces dernières années. Elles contestent également les hausses prévues pour 2019. Il s’agit là du premier mouvement d’envergure pour l’exécutif, et il semble qu’il ait impacté non seulement les ventes de détails, mais aussi la confiance en novembre.

Dans l’enquête, les craintes de chômage sont réapparues en novembre, les Français affichant également un pessimisme accru quant à leur capacité à épargner. Les intentions d’achat ont particulièrement chuté, ce qui a de quoi inquiéter les commerçants à quelques semaines de Noël. D’autant que les ventes de détail ont été perturbées par les manifestations deux samedis de suite. Il faut remonter à janvier 2015 pour constater des niveaux aussi bas.

Les données de consommation pour octobre étaient plutôt positives ce vendredi, un rebond de 0,8% étant constaté sur un mois. Sur le graphique ci-dessous, on observe que la chute brutale des intentions d’achats en novembre pourrait avoir un impact sur la croissance des dépenses en novembre et décembre tandis que les achats de biens durables sont restées en hausse de 2% sur un an en octobre. Cela confirme en tous cas la faiblesse de la croissance de la consommation pour 2018, attendue à 1,0%.

La réponse présidentielle est venu mardi

Le président Macron a répondu aux manifestants en présentant son plan de transition énergétique ce mardi. Il s’est efforcé de ne pas opposer injustices sociales et environnementales tout en maintenant le cap sur sa politique, en particulier s’agissant de l’Accord de Paris sur le climat. Il a notamment promis de développer des solutions pour une énergie plus propre et plus abordable. Deux grandes mesures budgétaires ont été confirmées : une enveloppe de 9 milliards d’euros pour aider les ménages à améliorer l’isolation thermique de leurs logements et à acheter des véhicules moins polluants via un système de prime, et un programme d’investissement de 7 à 8 milliards d’euros (par an) dans les énergies renouvelables. Le Gouvernement n’est pas revenu sur les 500 millions d’euros d’aides supplémentaires annoncés la semaine dernière, lesquels incluent deux volets. Le premier est une prime à la conversion : les personnes qui souhaitent acheter un véhicule plus propre peuvent déjà prétendre à une prime de 2000 euros, et les ménages aux revenus modestes pourraient obtenir 4000 euros grâce à cette nouvelle mesure. Le deuxième porte sur une augmentation temporaire de l’aide accordée aux 5 millions de Français qui habitent loin de leur lieu de travail et qui peuvent déjà bénéficier d’allègements fiscaux. En parallèle, plusieurs mesures ont été prises en faveur des ménages qui se chauffent au fioul.

La loi présentée mardi aura également pour effet de modifier le mix énergétique de la France : toutes les centrales à charbon seront fermées d’ici 2022 et les deux premiers réacteurs nucléaires dans l’est de la France seront fermés en 2020, suivis par 12 autres entre 2025 et 2035, en fonction du mix énergétique européen et des avancées technologiques sur le front des énergies renouvelables. L’objectif étant de réduire à 50 % la part du nucléaire au sein du mix énergétique français en 2035.

Au vu de la poursuite du mouvement, il n’est pas acquis que cette réponse suffise à apaiser le mécontentement, mais elle permet de ne pas décevoir le noyau dur de l’électorat du président Macron, dernier à le soutenir dans les sondages et dans ses promesses de campagne (notamment celle sur la réduction à 50 % de la part du nucléaire). Sachant que les cours du pétrole reculent sur les marchés internationaux (le baril de Brent en euro a baissé de 15 % ces trois derniers mois) et que la saison des fêtes de fin d’année s’approche, nous anticipons un apaisement des manifestations. Cependant, leur impact sur la confiance des ménages pourrait se révéler durable et peser sur les ventes de détail au quatrième trimestre 2018. À ce stade, nous ne pensons pas que l’impact sur le PIB du 4ème trimestre sera perceptible en dehors de ce secteur. Cependant, il est probable que le mouvement reprenne au début de l’année et ouvrent aux extrémistes, de gauche comme de droite, la voie royale pour les Européennes de mai prochain.

Les chiffres d’emplois restent cependant bien orientés

Au contraire du sentiment dominant chez les consommateurs en novembre, le marché de l’emploi semble toujours en bonne santé, même s’il n’est pas très dynamique. Le taux de chômage était stable à 9,1% au 3ème trimestre (8,8% en France métropolitaine) et les dernières données ont montré une baisse de 9.200 dans la population au chômage en octobre, après 37.200 en septembre. A ce rythme, 2018 devrait être la première année où la population au chômage diminue pour l’ensemble des catégories. En effet, en 2016 et 2017, la création d’emplois a été trop faible pour absorber la fin des contrats aidés, ce qui a conduit à une hausse des situations de chômage temporaires (catégories B et C).

Nous pensons que les perspectives restent bonnes pour le début 2019. En effet, la plupart des secteurs ont encore montré dans l’enquête de confiance de novembre des intentions d’embauches élevées, même si elles ne sont plus aussi élevées que l’an dernier.

Dès lors, nous continuons d’attendre une poursuite de la baisse du taux de chômage dans les prochains trimestres. Ceci, avec des prix du pétrole moins élevés et la baisse des charges fiscales de la seconde partie de 2018, devrait permettre à la consommation privée de reprendre du souffle en 2019. Nous attendons 1,5% de croissance de la consommation l’an prochain, un rebond qui ne sera sans doute pas suffisant pour éviter un ralentissement de la croissance du PIB, attendue à 1,4% après 1,6% cette année.