Croissance : le miracle n'aura pas lieu

Croissance : le miracle n’aura pas lieu

Les chiffres de croissance du 3ème trimestre l’ont montré : le miracle attendu pour la croissance française en seconde partie d’année ne surviendra pas. Après deux trimestres de croissance faible, les espoirs étaient pourtant là. Tous n’auront pas été déçus : la demande intérieure a rebondi presqu’autant que prévu (+0,5% QoQ) et les exportations ont encore profité de la faiblesse de l’euro. La croissance aura tout de même souffert d’un fort effet de stock et de la faiblesse des investissements des ménages et des pouvoirs publics. Avec 0,4% de croissance trimestrielle, la projection de croissance du Gouvernement, à 1,7% en 2018, paraît difficile à atteindre alors qu’elle semblait pessimiste il y a encore six mois. Le retour à la normale, déjà, de la croissance, risque de limiter l’appétit pour les réformes. La course contre la montre est lancée.
De nouveau, les dernières données chiffrées ne sont pas aussi négatives qu’elles n’y paraissent…
Après deux premiers trimestres de croissance atone (s’établissant légèrement en deçà de 0,2 % d’un trimestre sur l’autre à chaque fois, soit moitié moins que la moyenne de la zone euro) sur fond de grèves dans le secteur des services et d’érosion de la confiance des ménages, nous étions de ceux qui misaient sur un fort rebond au troisième trimestre 2018. Mais c’était sans compter l’effet de déstockage venu faire obstacle. Nous prévoyons toutefois une progression de la demande intérieure, qui s’est renforcée de 0,5 % en glissement trimestriel, son plus haut depuis le troisième trimestre 2017. Parallèlement, la faiblesse de l’euro a continué de favoriser les exportations nettes qui ont contribué à la croissance à hauteur de 0,2 point de pourcentage.

La consommation des ménages est repartie en hausse de 0,5 % en glissement trimestriel au troisième trimestre 2018 après avoir reculé de 0,1 % au deuxième trimestre. Bien qu’élimé par le prix du pétrole, le pouvoir d’achat s’inscrit en hausse au deuxième semestre grâce à la relance budgétaire, et ce malgré des gains limités sur le marché de l’emploi. Nous anticipons donc la poursuite de ce rebond au quatrième trimestre 2018. Dans l’ensemble, la croissance de la consommation des ménages devrait toutefois être plafonnée à 1 % cette année, contre une hausse de 1,2 % en 2017. En 2019, en l’absence de freins fiscaux et une fois le choc des prix de l’énergie encaissé, la baisse du chômage devrait jouer son rôle et doper la consommation des ménages à 1,5 %.

Toujours alimentés par un important volume de commandes au troisième trimestre, les investissements des entreprises, couplés à des mesures budgétaires favorables, ont permis une croissance de 1,4 % en glissement trimestriel. Les entreprises devraient encore accroître leurs investissements dans les trimestres à venir, le taux d’utilisation des capacités et les commandes depuis l’étranger demeurant élevés. Par ailleurs, l’investissement public s’est révélé nettement inférieur aux prévisions à 0,2 % sur un trimestre glissant, tandis que les investissements des ménages ont reculé pour la première fois depuis 2015, à -0,2 %. Ceci est d’autant plus surprenant que les taux d’intérêt restent extrêmement bas et que les prix de l’immobilier résidentiel n’affichent qu’une très légère hausse. Malgré le rebond espéré sur ce front dans les trimestres à venir, la croissance ralentira de 5,6 % en 2017 à 1,6 % cette année.

Les exportations ont augmenté de 0,7 % au troisième trimestre, bénéficiant de nombreuses commandes depuis l’étranger. La consommation des ménages n’a pas suffi à réellement doper les importations et les exportations nettes ont alimenté la croissance du PIB de 0,2 point de pourcentage au troisième trimestre. La faiblesse de l’euro devrait soutenir les exportateurs français en 2018, et les exportations nettes devraient refléter la meilleure contribution depuis 2012 avec 0,5 point de pourcentage.


 

…mais elles indiquent néanmoins un retour anticipé et peu réjouissant au taux de croissance potentiel
Somme toute, la croissance en 2018 devrait s’établir à 1,6 %, mais ne soyons pas dupes : tout le travail a été fait en 2017. La dynamique de croissance observée en 2018 est plus proche du potentiel que ce à quoi on pouvait s’attendre six mois plus tôt, lorsque les 2 % semblaient encore atteignables. Alors que le taux moyen annualisé devrait s’établir à 1,1 % en glissement trimestriel cette année, la croissance s’essouffle déjà considérablement après seulement une année de reprise en 2017. En 2019, bien que la demande intérieure devrait croître plus rapidement (1,7 %, contre 1,4 % en 2018) grâce à la reprise de la consommation des ménages (1,5 %, contre 1 % en 2018), le redressement de l’euro pèsera sur les exportations nettes et limitera la croissance du PIB à 1,4 %.

Un gouvernement pro réformes aurait certainement bénéficié de meilleures perspectives. Compte tenu de la dégradation des perspectives pour le deuxième semestre 2019, il devient urgent de lancer de nouvelles réformes. Notamment, les mesures visant à orienter à la baisse la dette publique, actuellement proche de 100 %, devraient être précisées avant de devenir plus difficiles à justifier devant les électeurs. De la même manière, les programmes d’investissement visant à favoriser la formation des personnes sans emploi à long terme devraient être mis en oeuvre tant que la croissance économique continue de faire baisser le taux de chômage, ce qui ne sera plus le cas au deuxième semestre 2019. Si le président Emmanuel Macron ne saisit pas cette occasion, son mandat pourrait se terminer en 2022 avec un taux de chômage identique à ce qu’il était lors de son arrivée au pouvoir.