2018 - La croissance sera globale

2018 – La croissance sera globale

 L’ING Eco, votre rendez-vous hebdo, vous propose un résumé des dernières actualités macroéconomiques, grâce aux experts d’ING Belgique.

États-Unis – Solide activité et hausse de l’inflation

Le chiffre de la croissance du PIB au troisième trimestre a été revu à la hausse, de 3,0% à 3,3% en glissement trimestriel en termes annualisés. C’est la première fois que la croissance a crû aussi rapidement depuis le troisième trimestre de 2014. Ces derniers mois, la hausse des prix a ralenti, mais elle semble désormais à nouveau accélérer quelque peu. En août, l’inflation sous-jacente est redescendue à 1,31%. Elle est ensuite remontée à 1,36% en septembre et à 1,45% en octobre. Le ralentissement était donc dû à des facteurs temporaires. Par ailleurs, la croissance des prix sur le marché immobilier est bien plus élevée : elle est passée de 5,8% à 6,2% en septembre.

Par ailleurs, l’indice ISM manufacturier s’est légèrement replié en novembre, passant de 58,7 à 58,2. Largement supérieur à 50, l’indice confirme donc une expansion rapide de l’industrie, en ligne avec la forte croissance attendue au dernier trimestre de l’année (voir topic).

Zone euro – Optimisme élevé, mais inflation toujours trop faible

L’indicateur de sentiment économique de la Commission européenne, le baromètre mensuel le plus détaillé de l’économie de la zone euro, continue à dresser un tableau positif pour l’activité dans la zone. Pour les entreprises de l’industrie manufacturière, la production, les nouvelles commandes, les exportations et l’emploi se situent en novembre à leurs niveaux les plus élevés depuis au moins neuf mois. Dans le secteur des services, la confiance a également augmenté quelque peu et la demande attendue s’est aussi améliorée. Les attentes relatives aux prix de vente n’augmentent cependant pas dans tous les secteurs. Dans l’industrie, elles ont gagné du terrain, mais elles restent inférieures au niveau de janvier. Dans le secteur des services, les attentes en matière de prix se sont même repliées. En novembre, l’inflation a toutefois augmenté d’un point de pourcentage par rapport à octobre pour atteindre 1,5%, mais ceci est surtout imputable à une hausse des prix de l’énergie. Le prix du pétrole est ainsi passé de €42 le baril fin juin à environ €53 le baril aujourd’hui (+26%). L’indice des prix de l’énergie a augmenté de 4,7% en glissement annuel en novembre, après une hausse de 3% le mois précédent. L’inflation sous-jacente (hors alimentation et énergie) est restée stable à 1,1%. L’inflation demeure donc largement inférieure à l’objectif de 2%. Les attentes relatives aux prix de vente sont cependant plus élevées qu’il y a quelques mois et les prix des matières premières augmentent. La diminution graduelle du taux de chômage (8,8% en octobre), de nature à stimuler la croissance salariale, est également un signe du retour de l’inflation dans la zone.

Enfin, il est à noter qu’en Espagne, les ventes au détail se sont contractées pour la première fois depuis juillet 2014. En octobre, l’indice s’est replié de 0,1% par rapport à il y a un an. Ceci est surtout imputable à la région catalane, où les ventes au détail ont fortement reculé. Parmi les 17 régions autonomes de l’Espagne, c’est la Catalogne qui affiche le plus net repli des ventes au détail. Entre-temps, la menace d’une déclaration d’indépendance unilatérale de la région avant les élections régionales du 21 décembre semble avoir disparu.

2018 – La croissance sera globale

Ces dernières années, les Etats-Unis semblaient être la seule économie développée à montrer de la croissance. D’autres les ont maintenant rejoint : les attentes de croissance en Europe et au Japon sont en effet révisées à la hausse, de même que les perspectives dans plusieurs pays émergents. Cependant, l’inflation reste largement absente et les marchés s’inquiètent de la progressive remontée des taux. A cet égard, la rapide croissance économique attendue pourrait augmenter les risques pour les marchés obligataires.

Aux Etats-Unis, la plupart des analystes se moquaient du Président Trump lorsqu’il promettait de revenir à une croissance supérieure à 3%, et voici que les USA y sont déjà, même si c’est plutôt malgré lui. En effet, la tendance actuelle pour la demande intérieure reste dynamique. D’un côté, la confiance des consommateurs reste élevée grâce à des prix des actifs en hausse et une baisse du chômage, même si cette dernière ne s’est pas encore vraiment matérialisée en hausse de salaires. De l’autre, les investissements profitent d’un regain d’activité, notamment dans les secteurs manufacturier et pétrolier. Si Donal Trump parvient à faire passer ses baisses de taxes, nous pensons que cela rapatrierait aux USA des bénéfices réalisés par les compagnies américaines en dollars à l’étranger, ce qui soutiendrait fortement l’investissement.

Par ailleurs, la reprise du commerce international et de la production pétrolière américaine améliorent la balance courante du pays, pour laquelle un dollar plus faible est également positif. Pour toutes ces raisons, nous pensons finalement que la croissance aux USA devrait atteindre 3% en 2018 après 2,3% cette année. Parallèlement, l’inflation en octobre n’était qu’à 2,0%. Selon la FED, les pressions sur le marché du travail vont finir par faire grimper les salaires et l’inflation. Comme le taux directeur n’est encore qu’à 1%, Janet Yellen a encore de la marge pour augmenter les taux. Après une hausse des taux attendue le 13 décembre, nous attendons 3 hausses de taux en 2018. C’est plus proche des attentes des Gouverneurs que du consensus de marché. En effet, la FED veut en outre être prête en cas de retournement de la situation en 2019 : le cycle de reprise américain actuel est en effet déjà le plus long de l’histoire, et plus personne depuis 2009 n’ose croire que les cycles ont disparu…

Dans la zone euro, l’accélération de croissance enregistrée au second semestre offre une bonne base pour 2018 qui devrait connaître une croissance de 2,2% après 2,3% cette année. Les indices PMI du mois de novembre ont en effet atteint un plus haut d 79 mois et l’indicateur de sentiment économique européen n’a jamais été aussi élevé. De plus, les composantes futures de ces enquêtes, notamment les intentions d’embauche et les nouvelles commandes, sont également au plus haut, indiquant que le rythme actuel pourrait être encore soutenu plusieurs mois. La demande intérieure bénéficie à la fois d’une consommation privée dynamique grâce à la baisse du chômage et d’une reprise des investissements. Cette dernière devrait se poursuivre dans la mesure où l’utilisation des capacités de production dépasse maintenant les 80%. Le mouvement n’est cependant pas éternel et il n’est pas exclu que la seconde partie de 2018 soit déjà un peu moins dynamique puisque nous attendons un retour de la croissance à son potentiel (1,5%) pour le dernier trimestre 2019.

Tout comme aux Etats-Unis, l’inflation reste largement absente malgré ces perspectives encourageantes. Cependant, cela pourrait changer car les créations d’emplois dynamiques remettent la pression à la hausse sur les salaires, ce qui pourrait générer des pressions inflationnistes en 2018 (Cf. Graphique 2) où nous attendons une inflation sous-jacente à 1,5% contre 1,1% cette année. Dès lors, la BCE peut prendre tout son temps pour sortir de sa politique monétaire accommodante. A cet égard, nous pensons que l’assouplissement quantitatif pourrait durer jusqu’à la fin 2018. Pour l’instant, il devrait en tous cas être réduit de 60 à 30 milliards d’achats par mois entre janvier et septembre. Il n’est pas exclu que des achats supplémentaires aient lieu pendant les derniers mois de l’année. De plus, la BCE va continuer de réinvestir les obligations arrivant à échéance et ses opérations LTRO à 3 mois restent en vigueur jusqu’en 2019. Autrement dit, les liquidités excédentaires dans le système monétaire européen vont continuer de pousser les taux vers le bas encore toute l’année prochaine et aucune normalisation n’est attendue dans les taux courts avant le début 2019. Avec la remontée progressive des taux longs (+30pb attendus en 2018), la pente de la courbe des taux devrait donc se redresser progressivement.

En Grande-Bretagne, alors que le temps imparti pour négocier le Brexit est déjà écoulé au deux tiers, Theresa May a lâché du lest, sur presque tous les points importants : la facture à régler (40 à 60 milliards de GBP) et l’influence de la CJE sur le droit des citoyens. Seule la question de la frontière avec l’Irlande fait encore obstacle à ce que le Sommet Européen de décembre qualifie les négociations de suffisamment avancées pour passer au chapitre suivant (l’accord commercial). En attendant, l’économie devrait rebondir légèrement au 4ème trimestre après le ralentissement enregistré au 3ème. La croissance attendue est cependant inférieure à ce qui est observé en Europe (1,6% et 1,7% pour 2017/2018) alors que la remontée à l’inflation du fait de l’affaiblissement de la Livre a poussé la BoE à intervenir. A ce stade, nous ne pensons pas qu’un tel mouvement pourra se reproduire avant la fin 2019.

Au Japon, la reprise de la croissance se poursuit à la fois sur base de la consommation privée et sur les dépenses du Gouvernement qui vient de consacrer un budget supplémentaire aux politiques d’augmentation de la participation au marché du travail (notamment des femmes) et d’amélioration des infrastructures. L’inflation sous-jacente est en légère hausse et la croissance devrait atteindre 1,5% cette année.

En Chine, la voie de la renaissance a été tracée par la Président Xi en novembre et le message adressé au monde lors de la visite de Donald Trump est on ne peut plus clair : la Chine est de retour. Le rééquilibrage de la croissance devrait se poursuivre, impliquant des taux moins élevé que par le passé. Nous attendons 6,7% de croissance en Chine en 2018 : malgré un contexte difficile au vu de la politique de désendettement et de réduction des capacités de production excédentaires entamée par le Gouvernement, les indicateurs d’activité s’améliorent depuis leur passage à vide de 2015-2016 où un atterrissage forcé était à craindre. Ce n’est plus le cas : les indices PMI sont largement au-dessus de leur moyenne de 2016 et les ventes de détail sont en hausse de 10% sur un an.

Sur le marché des changes, les attentes d’un resserrement monétaire progressif en Europe et d’une croissance plus dynamique que prévu ont rendu des couleurs à l’euro. Sur le marché des options à un an n’a plus été aussi cher pour l’euro depuis 2009 (quand la FED entamait son assouplissement quantitatif et que l’euro était à 1 ,5USD). La force de l’euro devrait donc persister. Si ce n’était la dynamique croissance américaine et les vélléités de resserrement de la FED, le taux pourrait déjà être à 1,3 USD pour un euro. Selon nous, le cap des 1,25 devrait être passé l’été prochain.