Début 2018 morose pour le Président Macron

Début 2018 morose pour le Président Macron

La croissance du PIB en 2017 a été revue en hausse à 2,0 %, soit le taux le plus élevé depuis six ans. L’année 2018 a toutefois débuté sur une note plus morose pour le Président Macron, dont la cote de popularité s’est étiolée en février et qui est déjà confronté à une certaine lassitude des Français quant aux réformes. Nous ne pensons pas que la croissance économique devrait décélérer dans les prochains mois et le rythme des réformes pourrait bien continuer de suivre.

L’énigme du chômage

Le nombre des demandeurs d’emploi a à peine baissé en janvier selon les chiffres publiés par l’INSEE fin février. Les données ont également fait état d’un recul très limité en 2017, avec une diminution de 3.700 du nombre de chômeurs sur un total de 3,4 millions. Ces chiffres remettent en cause la baisse soudaine de 9,3 % à 8,6 % du taux de chômage en France au 4e trimestre tel que calculé par l’OIT, l’un des reculs les plus importants, qui s’expliquerait par une diminution du nombre des demandeurs d’emploi au 4e trimestre 2017 de… 205.000. C’est plus que ce que Pôle Emploi a enregistré au cours des deux années précédentes. Dans la mesure où le taux de chômage est calculé à partir d’enquêtes, nous anticipons une révision à la hausse au premier trimestre. En effet, la baisse minime du nombre de demandeurs d’emploi en 2017, après une réduction de 100.000 en 2016, tient principalement à la fin du programme d’emplois aidés mis en place par François Hollande, les personnes n’ayant pas trouvé d’emploi s’inscrivant à nouveau au chômage. Nonobstant cet effet, la croissance de l’emploi commence lentement à s’accélérer et le chômage devrait reculer, même si ce sera sans doute moins rapidement que les chiffres de février de l’OIT ne le laissent penser.

Le président Macron cherche actuellement à réformer ces mesures de lutte contre le chômage en mettant l’accent sur l’apprentissage. Cette réforme cependant n’est pas encore prête : les partenaires sociaux ne sont pas parvenus jusqu’ici à faire une proposition suffisamment ambitieuse pour recevoir l’aval du gouvernement. Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, n’a pas caché son souhait d’aller plus vite.

La confiance des ménages s’est détériorée récemment

Aller plus vite est probablement nécessaire au maintien de la confiance des ménages, ce qui est essentiel à la reprise économique en cours. Le principal indice de confiance est repassé sous la barre des 100 points pour la première fois depuis 12 mois en février. La confiance des consommateurs vis-à-vis de l’amélioration du marché du travail semble toutefois se maintenir. Cependant, les ménages paraissent inquiets pour leur situation financière cette année malgré la hausse des salaires dans le secteur privé et le train de mesures budgétaires globalement favorables prévu en 2018. Cette inquiétude pourrait être liée aux soubresauts sur les marchés financiers intervenus la première semaine de février mais il est difficile de nier que la situation s’est détériorée ces derniers mois, comme le confirme la révision du PIB au 4e trimestre : la croissance de la consommation privée a ralenti de 0,6 % à 0,2 % d’un trimestre sur l’autre à la fin de l’année, marquant l’un des taux de croissance trimestriels les plus faibles depuis deux ans. À 1,3 % en 2017, la croissance de la consommation privée est du reste à la traîne par rapport au reste de l’économie.

La croissance économique devrait rester favorable

La confiance des ménages n’est pas la seule raison derrière la volonté du gouvernement d’accélérer ses réformes. Aucune élection n’est prévue en 2018, les partis d’opposition et les syndicats sont fragmentés et la croissance économique est favorable : la croissance du PIB a été confirmée à 0,6 % en glissement trimestriel au 4e trimestre 2017, portant le taux de croissance sur l’année à 2,0 %, soit le rythme le plus élevé depuis 2011.

Nous n’anticipons pas de forte accélération en 2018 mais la croissance devrait atteindre 2,2 % grâce à la hausse des investissements tant de la part des entreprises que des ménages (sachant que le marché immobilier se redresse depuis 2014) et au rebond de la consommation privée. Réformes et confiance devraient ainsi aller de pair. En 2017, il semblerait que la volonté de réformer du Président Macron ait engendré une vague d’optimisme parmi les ménages et les entreprises. Pour que cette spirale vertueuse se maintienne, il doit à tout prix éviter qu’un sentiment de lassitude ne s’installe parmi la population française et ne sape la confiance.

De fait, l’agenda 2018 en matière de réformes est fourni : apprentissage et allocations chômage d’abord, puis éducation, retraites et fonction publique, en plus de l’agenda européen. Si le gouvernement devrait avoir du pain sur la planche en 2018, l’année a toutefois débuté sur une note plus difficile qu’attendu : les enquêtes PMI sur l’activité et les indices de confiance se sont repliés (bien que leurs niveaux restent relativement élevés) et la cote de popularité du Président Macron s’est tassée à 43 %. Il pourrait s’agir d’un trou d’air passager mais il faudra indubitablement surveiller la manière dont la situation évolue.