[ING Eco #3] La fausse joie des 2% d’inflation

[ING Eco #3] La fausse joie des 2% d’inflation

L’ING Eco, votre nouveau rendez-vous hebdo, vous propose un résumé des dernières actualités macroéconomiques, grâce aux experts d’ING Belgique.

Soudainement mais aussi temporairement, la barre des 2% d’inflation qui est la cible de la BCE était atteinte en février en zone euro. Ce résultat est apparu comme une surprise aux yeux de certains puisque moins d’un an auparavant nous étions en territoire négatif. Ce résultat n’a toutefois étonné que peu d’observateurs étant donné la reprise des prix pétroliers et la hausse des prix alimentaires. Mais le retournement de mars tend à confirmer le caractère temporaire de la hausse. Il faudra être patient pour voir l’inflation sous-jacente reprendre des couleurs.

Le sursaut d’inflation de janvier et février n’était pas représentatif de la situation en zone euro et était principalement lié aux produits alimentaires et énergétiques

Entre février et août 2016, le taux d’inflation en zone euro était en moyenne de 0% en glissement annuel et la crainte concernait davantage la déflation que l’inflation excessive. Ensuite le taux d’inflation s’est relevé rapidement pour atteindre 1,8% en janvier et 2% en février. Loin d’être satisfait par cette annonce, Mario Draghi a déclaré que « le Conseil des gouverneurs continuera de faire abstraction des fluctuations de l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) lorsque celles-ci sont considérées comme transitoires et comme n’influant pas sur les perspectives de stabilité des prix à moyen terme ». En d’autres termes, cette hausse temporaire ne change pas la donne.

Le mouvement observé en janvier et février est principalement dû à deux éléments : les prix de l’énergie et des produits alimentaires. Ces deux représentent respectivement 9,5% et 19,6% du panier de consommation. En Espagne et en Belgique, ces composantes ont un poids supérieur à la moyenne, d’où une volatilité plus marquée ces derniers temps.

Fig 1 Poids des produits alimentaires et énergétiques dans le panier de consommation (HICP) et poids du pays dans la zone euro

Fig 2 Proportion des catégories de biens de consommation pour lesquels l’inflation est faible en zone euro

Source: BCE

Source: Eurostat

Les prix pétroliers et d’électricité avaient fortement baissé en 2016, l’effet de base était donc important en janvier et février mais s’est déjà réduit en mars et pourrait disparaitre d’ici le troisième trimestre

D’abord les prix de l’énergie en zone euro ont subi en février un accroissement de 9,3% en glissement annuel. Rappelons que ce taux de croissance était en territoire négatif pendant 29 mois consécutifs entre juillet 2014 et novembre 2016, principalement mené par des baisses des prix pétroliers diminuant les coûts de transport et d’habitation. Sachant en outre que le prix du baril de Brent avaient atteint son plus bas niveau en janvier 2016 (inférieur à 30$ le baril), on pouvait s’attendre à une évolution en glissement annuel importante en ce début d’année. En plus des mouvements des prix pétroliers est venu se greffer une diminution des prix de l’électricité dans le courant de l’année 2016, principalement en Espagne, aux Pays-Bas et en Italie. La baisse des prix des carburants pour la production d’électricité et la forte production éolienne dans certains pays ont été les causes les plus importantes de cette diminution. En mars, l’effet de base diminue et si le niveau actuel est maintenu pendant les 3 prochains mois, il devrait encore s’amenuiser (la barre des 50$ avait été franchie en juin 2016). La volonté et l’apparente capacité de l’OPEP de maintenir une offre de pétrole limitée durant les 6 prochains mois combinée à une extraction intensive aux Etats-Unis devrait empêcher les prix de s’envoler ou de plonger. L’effet de base devrait garder une influence en ce premier semestre mais perdre de l’importance au fil des mois.

L’hiver a été particulièrement rigoureux dans le sud de l’Europe ce qui a conduit à une explosion des prix des légumes en février mais cet effet reste temporaire

Un second élément qui a mené les prix à la hausse en janvier et février 2017 est l’évolution des prix alimentaires et en particulier des produits agricoles. En cause, l’hiver rigoureux dans le sud de l’Europe. Pour certaines régions de la côte méditerranéenne espagnole, c’est la seconde fois que de la neige est observée en un siècle. En hiver, l’Espagne est le producteur agricole phare en Europe et particulier la région de Murcia contribue grandement à la production de légumes (par exemple, près de ¾ de la production espagnole de laitue). Dans cette région, l’impact moyen sur les prix à la mi-février fut significatif : les 100kg de brocolis sont passés de 60 à 85 EUR, les 100kg de salades Romana de 85 à 130 EUR et les 100kg de courgettes de 34 à 62 EUR. En Italie aussi la météo s’est montrée peu clémente, ce qui a conduit le pays à passer d’exportateur net à importateur net. En conséquence, en février les prix des légumes ont bondi de 16,2%, fait qui ne s’était plus produit depuis 2002. En mars, l’histoire est différente et la situation météorologique se normalise. La hausse observée est donc temporaire et même si nous n’avons pas encore le détail pour le mois de mars, il est fort à parier que la contribution des produits alimentaires s’est affaiblie et devrait poursuivre sa baisse durant les mois à venir.

Finalement, le timing des vacances de Pâques peut aussi avoir joué un rôle dans la baisse de l’inflation en mars

Ces deux caractéristiques ont comme point commun d’avoir gonflé temporairement la croissance des prix en janvier et février. Un repli s’est donc matérialisé en mars – le taux d’inflation passant de 2% à 1,5% en glissement annuel – et un dernier facteur se cache peut-être derrière celui-ci : les dates des vacances de Pâques. En 2017, les vacances de Pâques tombent relativement tard et en Belgique, par exemple, elles se déroulent exclusivement en avril alors qu’elles avaient déjà débuté en mars en 2016. Même si l’effet reste mineur, une baisse au niveau des prix des services de vacances organisées (voir analyse de l’inflation en Belgique) pourrait être observée. En avril, on peut par contre s’attendre à l’effet inverse, mais dans tous les cas, ce n’est pas un effet durable.

Ces développements ne changent pas la donne pour la BCE et il faudra probablement attendre une croissance des salaires plus robuste

Ces trois éléments d’explication renforcent le repli de l’inflation en mars, ce qui peut accroitre l’effet de surprise lié à la diminution de 0,5ppt au niveau du taux d’inflation. Mais le mouvement observé n’est de nature à influencer ni l’inflation sous-jacente, ni la position de la BCE. Près d’une catégorie sur deux dans le panier du consommateur garde une croissance des prix inférieure à 1% et une catégorie sur 5 reste en territoire négatif (Gr.2). Ce qui pourrait changer la donne est certainement l’évolution des salaires, qui reste le pilier d’une croissance des prix auto-entretenue. Mais avec des taux de chômage atteignant 18% en Espagne, 11,5% en Italie ou 10% en France, il faudra se montrer patient pour voir les salaires pousser l’inflation sous-jacente à passer de 0,7% à un niveau proche mais en inférieur à 2%.