Les exportations sauvent la croissance au T4

Les exportations sauvent la croissance au T4

En France, la croissance du PIB au dernier trimestre de l’année (0,3% par rapport au trimestre précédent) aura été sauvée par le dynamisme des exportations. La croissance en 2018 n’aura finalement atteint que 1,5%, après 2,3% en 2017, alors que la demande intérieure était faible. La dynamique devrait s’inverser légèrement en 2019, une demande extérieure plus faible sera sans doute à peine compensée par la reprise de la demande intérieure. Nous attendons 1,3% de croissance en 2019.

Les exportations françaises ont sauvé la croissance au T4

La croissance du PIB au dernier trimestre 2018 devait être à l’image de la demande intérieure en France : faible. C’était sans compter la performance à l’exportation. La croissance de 2,4% sur un trimestre des exportations, couplées à des importations affaiblies par des investissements faibles et une consommation atone (voir ci-dessous), ont permis au déficit courant de reculer, contribuant à la croissance par 0,7pp selon la première estimation publiée par l’INSEE. C’est la plus forte contribution du commerce extérieur depuis le T3 2017 et elle intervient à un moment où le taux de change effectif de l’euro (son taux de change moyen pondéré par rapport aux monnaies de tous les partenaires commerciaux de la zone euro) est à un plus haut de huit ans. La contribution des exportations n’en est donc que plus exceptionnelle.

Elle est due à la faiblesse particulière de l’euro face à l’USD, qui a permis une plus forte croissance des exportations vers les USA en octobre et novembre alors que les exportations vers les principaux partenaires de la France (Graphique 1) étaient moins dynamiques du fait de la moindre activité enregistrée en zone euro.

Si les exportations nettes auront eu en 2018 une contribution à la croissance particulièrement élevée (0,6pp est la plus élevée depuis 2012), nous ne pensons pas que cette tendance va se poursuivre en 2019. En effet, la baisse du commerce mondial et le ralentissement en zone euro risquent d’avoir un impact sur la demande extérieure française. Par ailleurs, la reprise attendue de la demande intérieure devrait augmenter les importations. Enfin, les gains récents sur le terrain des exportations ne semblent pas tenir d’une amélioration particulière de la position compétitive de la France qui s’est, au mieux, stabilisée sur les deux dernières années, mais d’effets de taux de change temporaires.

La demande intérieure fortement impactée par la crise des « gilets jaunes »

Passé la bonne surprise venant des exportations, le rapport sur la croissance au dernier trimestre de l’année n’a fait que confirmer les craintes quant à l’impact de la crise de confiance générée par les mouvements de « gilets jaunes ». La consommation privée a stagné, portant sa croissance 2018 à 0,9% seulement, son taux de croissance le plus faible depuis 2014. Les investissements des ménages dans de nouvelles constructions ont connu un nouveau trimestre de contraction (-0,4% sur le trimestre après -0,1% eu T3) malgré les taux d’intérêt bas. Ces chiffres, s’ils sont en ligne avec les attentes, n’en sont pas moins un coup de frein majeur à la croissance. Comme le premier trimestre devrait être seulement marginalement meilleur, la croissance de la consommation en 2019 devrait être à peine supérieure à 1%.

A l’inverse, les investissements des entreprises, étaient encore en hausse au T4, de 0,3%. Cela porte leur croissance à 3,9% en 2018, ce qui est très positif vu la faiblesse de la demande intérieure. Si on note un ralentissement sur les derniers mois de l’année, on constate néanmoins que l’utilisation des capacités de production demeure élevée, raison pour laquelle nous n’attendons pas de baisse majeure du rythme des investissements en 2019, d’autant que les carnets de commandes restent relativement bien remplis et que les conditions de financement vont rester très favorables.

2019 commence en mode mineur

Il faudra encore du temps à la demande intérieure pour se rétablir des niveaux anormaux d’anxiété enregistrés au début de l’année dans les enquêtes auprès des consommateurs. Compte tenu des prévisions de ralentissement de l’environnement économique en Europe en 2019 et 2020, la croissance du PIB devrait d’après nous retrouver sur ces deux années un niveau proche de son potentiel, soit 1,3 %. Si la demande intérieure devrait connaître une légère reprise, le commerce extérieur devrait en toute probabilité peser, comme c’est le cas la plupart du temps, sur la croissance. Les causes en sont d’une part une remontée de l’EUR face à l’USD au cours des deux prochaines années, et d’autre part un ralentissement du commerce mondial qui affectera la demande d’exportations françaises. À noter que, à cet égard, toutes les prévisions sont faites dans l’hypothèse d’un Brexit négocié avec une période de transition jusqu’en 2020.