Politique monétaire aux Etats-Unis et dans la zone euro

Politique monétaire aux Etats-Unis et dans la zone euro

 L’ING Eco, votre rendez-vous hebdo, vous propose un résumé des dernières actualités macroéconomiques, grâce aux experts d’ING Belgique.

États-Unis – Resserrement de la politique monétaire dans le sillage de la solide activité

Aux États-Unis, la Fed a, comme prévu, relevé les taux de 25 points de base pour la troisième fois en 2017 (voir topic).

En novembre, les ventes au détail ont augmenté de 0,8% en glissement mensuel, ce qui est supérieur aux attentes. La saison de Noël a donc bien débuté, ce qui témoigne de la vigueur de l’économie. La production industrielle a crû en novembre de 0,2% en glissement mensuel (3,4% en glissement annuel). Le mois passé, la production avait encore progressé de 1,2% en glissement mensuel, mais cette forte croissance était surtout imputable au rebond qui a suivi les perturbations causées par les ouragans. En novembre, le taux d’utilisation des capacités a augmenté de 0,1 point de pourcentage pour atteindre 77,1%. Ce taux est orienté à la hausse depuis un certain temps, mais demeure 2,8 points de pourcentage sous la moyenne à long terme de la période 1972-2016. Les chiffres mensuels de la production industrielle sont volatils, mais ils confirment globalement la vigueur de l’activité aux États-Unis.

Zone euro – Pas de modification de la politique monétaire, solide quatrième trimestre en vue

La BCE n’a rien changé à sa politique monétaire, mais a néanmoins relevé ses prévisions de croissance (voir topic).

La production industrielle a pris un bon départ au quatrième trimestre. En octobre, elle a augmenté de 0,2% en glissement mensuel, dépassant ainsi les attentes. Par rapport à il y a un an, la production a crû de 3,7%, ce qui est plutôt faible compte tenu de l’optimisme dans l’industrie. Les entreprises de l’industrie manufacturière sont très positives à propos de la production, des nouvelles commandes, des exportations et de l’emploi et nous nous attendons dès lors à une accélération de la production au cours des prochains mois. Sur la base des corrélations historiques, la croissance en glissement annuel devrait s’établir à près de 6%. L’indice PMI agrégé a légèrement progressé, passant de 56,2 en novembre à 56,6 en décembre. Si ce chiffre n’est pas revu, la moyenne du quatrième trimestre s’élèvera à 55,9, soit 0,9 point de plus que la moyenne du troisième trimestre. Selon l’indice PMI, la croissance du PIB devrait donc être plus solide au quatrième trimestre qu’au troisième.

Royaume-Uni – Inflation élevée, mais pas encore de relèvement des taux

La BoE n’a pas apporté de changements à sa politique monétaire. Il est toutefois très probable qu’un relèvement des taux soit effectué début 2018 (en février ou mai), mais ceci n’est pas une certitude. L’incertitude entourant le Brexit demeure élevée et le marché du travail semble ralentir. En novembre, l’inflation est cependant passée de 3,0% à 3,1%, mais nous pensons que la hausse sera de courte durée. Dans les deux à trois prochains mois, l’inflation devrait fluctuer autour de 3%. Par la suite, elle devrait baisser étant donné que l’effet de la dépréciation de la livre sterling va s’estomper.

Politique monétaire aux États-Unis et dans la zone euro

La semaine passée, tant la Fed que la BCE ont procédé à l’évaluation de leur économie. Ceci n’a pas donné lieu à des surprises. Comme prévu, le taux directeur a été relevé pour la troisième fois aux États-Unis, tandis que la BCE a poursuivi sa politique de démantèlement progressif de l’assouplissement quantitatif (‘dovish tapering’). Même si la politique monétaire n’a pas changé, les deux banques centrales sont plus optimistes en ce qui concerne la croissance. Tant la Fed que la BCE ont largement relevé leurs perspectives de croissance pour 2018.

Politique monétaire aux États-Unis

En février, la présidente actuelle de la Fed, Janet Yellen sera remplacée par Jerome Powell. En matière de politique monétaire, Yellen et Powell partagent les mêmes opinions, de sorte que nous nous attendons à une poursuite de la politique actuelle.

Lors de sa dernière conférence de presse, Yellen a, comme prévu, annoncé le troisième relèvement du taux à court terme (le taux des Fed funds) de 25 points de base en 2017 Le taux s’élève actuellement à 1,25%-1,50%. Le comité de politique monétaire (Federal Open Market Committee, FOMC) est également plus optimiste en ce qui concerne la croissance et a répété que le marché du travail restait sain. La rhétorique hésitante de précédentes déclarations a désormais disparu. Ceci a également été reflété par une révision des perspectives de croissance à la hausse. La Fed table désormais sur une croissance1 de 2,5% en 2018, contre 2,1% en septembre. La prévision de croissance pour 2019 a, pour sa part, été augmentée de 0,1 point de pourcentage pour atteindre 2,1%, tandis que la prévision pour 2020 a été portée à 2,0% (+0,2 point de pourcentage). La prévision pour le taux de chômage a été ramenée à 3,9% (-0,2 point de pourcentage) tant pour le quatrième trimestre de 2018 que pour le quatrième trimestre de 2019. Les prévisions pour l’inflation1 demeurent, quant à elles, inchangées à 1,9% en 2018 et 2,0% en 2019.

En dépit des modifications des perspectives macroéconomiques, les prévisions de la Fed en matière de taux sont restées largement inchangées. Tout comme en septembre, le FOMC voit le taux à court terme évoluer vers 2,1% en 2018, ce qui implique trois relèvements des taux de 25 points de base, et vers 2,7% en 2019, soit deux relèvements de 25 points de base. Pour 2020, le FOMC prévoit désormais un taux de 3,1% au lieu de 2,9%, ce qui implique donc deux relèvements des taux de 25 points de base en 2020.

Nous pensons, tout comme la Fed, qu’il existe un risque haussier pour les perspectives des taux. Une longue période de faibles taux d’intérêt peut conduire à un effet de levier plus élevé, avec des conséquences négatives pour la stabilité financière. Ceci pourrait inciter la Fed à relever les taux plus rapidement que prévu. La composition du FOMC va en outre bientôt changer, ce qui est aussi susceptible d’entraîner des relèvements des taux plus rapides qu’anticipé. Deux membres du FOMC ne souhaitant pas relever les taux rapidement seront ainsi remplacés par des personnes plus enclines à le faire.

Nous conservons pour l’instant notre prévision de trois relèvements des taux en 2018. Un quatrième relèvement est possible si l’économie réagit positivement aux baisses d’impôts et aux éventuels travaux d’infrastructure.

Politique monétaire dans la zone euro

Mario Draghi n’a pas surpris la semaine passée. Il n’a pas modifié les taux, le programme de rachat d’actifs et la forward guidance. La BCE n’a donné aucun argument incitant à mettre en doute sa politique de démantèlement graduel de l’assouplissement quantitatif. La BCE est toutefois plus optimiste en ce qui concerne l’activité économique. Elle s’attend désormais à une croissance de 2,3% en 2018, alors qu’elle ne prévoyait qu’un chiffre de 1,8% en septembre, lors de la précédente publication de ses prévisions. La prévision pour l’inflation a également été revue à la hausse, mais l’inflation attendue devrait encore rester longtemps sous l’objectif de 2%. Pour la période 2017-2020, la BCE table sur une inflation de respectivement 1,5%, 1,4%, 1,5% et 1,7%. La solide prévision de croissance allant de pair avec de faibles pressions inflationnistes conforte nos attentes d’un programme de rachat d’actifs se prolongeant après septembre 2018. Nous nous attendons pour l’instant à ce que ce programme soit prolongé jusqu’en décembre 2018. Nous ne prévoyons pas le premier relèvement des taux avant le second semestre de 2019.

Mario Draghi n’est en outre pas préoccupé par le fait que le différentiel de taux entre la zone euro et les États-Unis augmentera en 2018. Étant donné que les États-Unis se trouvent à un stade différent du cycle, la politique monétaire y est différente. Selon Draghi, la divergence sur le plan de la politique monétaire n’a actuellement aucun effet négatif sur l’économie de la zone euro.

1 Les perspectives de la Fed en matière de croissance et d’inflation sont exprimées en termes de croissance en glissement annuel au quatrième trimestre.