La Fed face aux marchés

La Fed face aux marchés

Etats-Unis – Hausse des taux par la FED

Comme prévu, la Fed a augmenté son taux directeur de 25 pb à 2,25-2,5% mercredi soir. C’est la quatrième hausse de taux de l’année. En outre, elle a donné des indications sur un rythme de hausse plus lent pour la suite (voir topic). Cette diminution s’explique par le fait qu’un ralentissement de la croissance est attendu en 2019. En particulier, le secteur de la construction pose questions car les signes moins favorables s’accumulent. Par exemple, l’indice NAHB du marché du logement a chuté en décembre, et a atteint 56, son plus bas niveau depuis mai 2015. Alors que l’économie américaine continue de très bien performer, boosté par la réforme fiscale et un marché de l’emploi très solide, ce n’est pas cas pour le marché du logement. Cela peut s’expliquer par la hausse des prix (+ 50% depuis le point bas de 2012) et des taux d’intérêt plus élevés (les taux hypothécaires à 30 ans ont dépassé les 5%), qui exercent des pressions sur l’accessibilité financière. Par ailleurs, la croissance du PIB au Q3 a été légèrement revue à la baisse (3,4% qoq annualisé, contre 3,5% précédemment estimé).

Zone Euro – Repli des PMI et accord sur le budget italien

Les indicateurs PMI, se sont repliés en décembre, à des niveaux proches de la stagnation de l’activité. Le secteur manufacturier et le secteur des services sont tous les deux en baisse, si bien que l’indicateur composite a diminué de 52,7 à 51,3. Parmi les pays, c’est la situation en France qui est la plus inquiétante, car les indices, plombés par la « crise des gilets jaunes », sont tombés sous la barre des 50 (limite entre expansion et contraction). La tendance était déjà à la baisse dans le manufacturier, mais c’est surtout la chute du PMI services en France qui a été brutale (de 54,8 à 49,6). Même si la baisse a des caractéristiques temporaires, il n’est pas certain que la confiance puisse revenir à son niveau d’octobre de sitôt. La croissance du PIB en France a été revue à la baisse au Q3 (0,3% qoq contre 0,4%) et il est probable que le rebond de croissance attendu en France comme en zone euro au Q4 soit plus faible qu’attendu. Par ailleurs, en Allemagne, l’indicateur Ifo du climat des affaires a diminué en décembre à 101 contre 102 en novembre, soit son plus bas niveau en plus de deux ans. Les attentes et la composante d’évaluation actuelle ont toutes les deux chuté. Depuis l’été, l’économie allemande est ainsi entrée dans un cercle vicieux composé de trop nombreux facteurs ponctuels, d’une croissance mondiale en baisse et de risques politiques laissant finalement leur marque. À court terme, l’indice Ifo d’aujourd’hui indique que le risque de l’inimaginable, une récession technique (deux trimestres consécutifs avec une croissance négative), s’est accru. En effet, jusqu’à présent, il est difficile de trouver des preuves d’un rebond imminent de la production industrielle au Q4. Pour le moment, un rebond de l’économie allemande à partir de 2019 est envisageable car les fondamentaux nationaux restent bons. Cependant, les risques à la baisse sont devenus plus importants. Par ailleurs, le gouvernement italien et la Commission européenne sont parvenus à un accord pour le budget pour 2019, ce qui permettra à l’Italie d’éviter une procédure de déficit excessif, du moins pour le moment. Le gouvernement italien a décidé de revoir à la baisse ses prévisions de croissance du PIB et de retirer de son projet de budget certaines mesures expansionnistes. Cet accord est clairement positif à court terme. Mais l’accord ne devrait pas permettre une augmentation de la croissance potentielle, facteur pourtant essentiel pour assurer la viabilité de la dette.

Royaume-Uni – Politique monétaire inchangée

La Banque d’Angleterre (BoE) a décidé à l’unanimité de maintenir son principal taux directeur à 0.75% lors de sa réunion de décembre et a fait preuve d’une prudence accrue dans son dernier communiqué. La BoE a notamment noté que l’incertitude liée au Brexit s’était “intensifiée considérablement” et que la croissance mondiale ralentissant, la dynamique de croissance au Royaume-Unis devrait maintenant ralentir davantage.

La Fed face aux marchés

Le 4ème relèvement des taux de 25 pb cette année est un fait. Étant donné que les éléments négatifs se multiplient et que les tensions augmentent sur les marchés, la Fed devrait cependant se montrer plus prudente en 2019. Elle a ainsi ramené sa prévision médiane pour les taux de 3,125% en septembre à 2,875%. Ceci implique deux relèvements des taux de 25 pb au lieu de trois. Les marchés financiers s’attendent toutefois à ce que la Fed passe encore moins souvent à l’action.

Comme prévu, la Fed a porté son taux directeur à 2,25%-2,50%, mais son communiqué de presse a néanmoins été plus prudent. En septembre, la Fed prévoyait trois relèvements des taux en 2019, mais comme 5 gouverneurs ont revu leurs perspectives pour les taux à la baisse, la prévision médiane est redescendue à 2 relèvements des taux seulement (voir Graphique 1 – pointillés bleus et ligne orange). La Fed s’attend également à un relèvement des taux en 2020 et a ramené sa prévision à long terme de 3,0% à 2,8%. Les attentes pour la croissance, le chômage et l’inflation sont restées quasiment inchangées. La Fed prévoit désormais une croissance de 2,3% en 2019, contre une prévision de 2,5% en septembre.

2018 a été une année fantastique pour l’économie. La croissance a été exceptionnelle et le taux de chômage n’avait plus été si faible depuis 49 ans. Nous prévoyons toutefois des vents contraires en 2019. L’effet retardé de la hausse des taux (le taux fixe pour un crédit hypothécaire à 30 ans est de 5%), la vigueur du dollar et la disparition de l’effet positif des baisses d’impôts devraient peser sur la croissance. À ceci s’ajoutent les craintes liées aux tensions commerciales, la demande extérieure plus faible et le repli des cours des actions. Tout cela implique que la Fed sera plus prudente en 2019.

Sur base des contrats futurs sur les Fed Funds, les marchés prévoient tout juste un relèvement des taux de 25 points de base (ligne grise sur le graphique 1) en 2019. Pour l’instant, nous nous attendons toujours à trois relèvements des taux, mais la probabilité d’une révision à la baisse au début de 2019 est très élevée. Il existe aussi des raisons de se montrer optimiste. Le marché de l’emploi est toujours exceptionnellement robuste, ce qui entraîne des pressions haussières sur les salaires. Les indicateurs PMI demeurent également à des niveaux élevés. Étant donné qu’il existe peu de réserves en termes de capacité de production aux États-Unis, nous sommes d’avis que l’inflation sous-jacente devrait continuer à augmenter durant le premier semestre de 2019. La récente baisse des prix de l’énergie soutient aussi la consommation. Si un accord commercial intervient en outre entre les États-Unis et la Chine, cela aura un impact positif sur les perspectives de l’économie mondiale.