Forces et faiblesses de l'économie belge

Forces et faiblesses de l’économie belge

États-Unis – Tout va bien…pour l’instant
Après un repli de 0,5% en mai, la production industrielle a bien rebondi en juin, progressant de 0,6% MoM. Par ailleurs, le principal indicateur conjoncturel avancé du Conference Board a à nouveau rebondi de 0,5% sur un mois en juin, après avoir stagné en mai. Sur un an, l’indicateur est en hausse de 6%, un rythme qui se maintient depuis le mois de mars et qui n’avait plus été élevé depuis 2014. Enfin, l’indicateur d’activité de la FED de Philadelphie a légèrement rebondi en juillet, indiquant également un niveau de haut de cycle. Cela rappelle que pour le moment, les données macroéconomiques restent solides aux Etats-Unis. Le contraire serait étonnant, compte tenu de la politique budgétaire expansionniste du président Trump. Est-ce tenable ? C’est probablement une des questions les plus importantes du moment : l’économie américaine frise avec le plein emploi, et les entreprises, déjà très endettées, ne pourront pas poursuivre indéfiniment leur expansion. Les mesures protectionnistes, qui à court terme peuvent profiter aux entreprises américaines, risquent in fine de se retourner contre leurs instigateurs. Dès lors, si la croissance attendue cette année reste bonne (à peine moins de 3%), un certain ralentissement devrait s’installer à partir de 2019.

Zone euro – Les yeux rivés sur le commerce mondial

Dans l’Eurozone, les statistiques de commerce extérieur étaient positives pour la croissance du second trimestre en mai. C’est cependant le dernier mois avant la mise en place des taxes américaines sur l’acier européen. Malgré une appréciation nominale effective de l’euro (de 7% entre juin 2017 et mars 2018), le surplus commercial de la zone a augmenté de 2,5% à 16,9 milliards d’euros. Le surplus vis-à-vis des USA a cependant continué d’augmenter et atteint 55 milliards d’euros, et ce même si la croissance des exportations vers les USA ralentit fortement depuis le début de l’année. Pas de quoi apaiser Donald Trump donc. Le commerce intra- Eurozone a également ralenti quelque peu depuis le début de l’année. Avec l’euro plus fort, les risques d’une guerre commerciale ouverte et d’un Brexit plus « dur » qu’anticipé, le commerce extérieur pourrait moins contribuer à la croissance en seconde partie d’année. Cependant, il devrait encore l’avoir soutenue au second trimestre pour lequel nous attendons une croissance du PIB de 0,4% QoQ.
Dans l’Eurozone, l’inflation sous-jacente a légèrement baissé en juin, de 1,1% à 1,0%, un niveau relativement stable depuis avril 2017. Le fait que les prix de l’énergie ait poussé l’inflation à 2% en juin (après 1,9% en mai) n’est donc pas vraiment annonciateur de changement à Francfort.
Par contre, au Royaume-Uni, bien que l’inflation sous-jacente soit repassée sous la barre des 2% pour la première fois depuis mars 2017, il n’y a pas de quoi amadouer la BoE qui, face à une inflation de 2,5%, devrait augmenter ses taux au mois d’août et ce malgré le ralentissement de l’économie (nous n’attendons que 1,4% de croissance cette année).

Forces et faiblesses de l’économie belge

Comment se porte l’économie belge ? On le sait, la reprise économique a pris de l’ampleur depuis 2016, ce qui se traduit par une amélioration des conditions économiques, du marché du travail et des finances publiques. Au niveau de l’évolution des prix, on peut aussi constater que le risque de déflation s’est éloigné, et que l’inflation approche des niveaux plus normaux. Au-delà de ce constat, quelles sont les forces et les faiblesses de l’économie belge dans ces quatre domaines ? Quels sont les chantiers à mener ?

Croissance : la nouvelle norme ?

Avec une croissance économique qui tourne autour des 1,6% , on ne peut certainement pas dire que l’économie belge va mal. Le chiffre de croissance du deuxième trimestre sera publié dans les prochains jours. Cela permettra de voir si une accélération supplémentaire est possible (nous ne l’envisageons pas pour l’instant). On se rappellera néanmoins que le niveau normal de croissance était, entre 1995 et 2010, d’un peu plus de 2% par an. L’économie belge semble donc avoir du mal à retrouver ce niveau du passé. Si l’assainissement des finances publiques (voir infra) peut en partie être responsable de cette situation, d’autres éléments peuvent intervenir : la Belgique ne serait-elle pas en train de rater le virage de la quatrième révolution industrielle ?

Les « + » :
+ Economie diversifiée, ouverte sur le monde
+ Haut niveau de productivité
Les « – » :
– Rigidité des structures économiques et sociales
– Santé des finances publiques laissant peu de marge à l’investissement public.
Marché du travail : Attention au mismatch

L’évolution du marché du travail a été la bonne surprise économique des dernières années. Plus de 168.000 emplois ont été créés au cours des trois dernières années, faisant passer le chômage de 8,5% de la population active au début de l’année 2015 à moins de 7% actuellement. Pour autant, plusieurs problèmes demeurent : de plus en plus d’entreprises se plaignent de ne pas trouver de main d’oeuvre correspondant à leur besoins. Alors qu’il y a encore près de 500.000 demandeurs d’emplois en Belgique, c’est un paradoxe. Par ailleurs, le taux d’emploi des personnes des plus de 55 ans augmente certes, mais reste parmi les plus faibles des pays de l’OCDE. Cela démontre que la gestion des fin de carrière doit encore être largement améliorée. Or, relever dans les prochaines années le taux d’emploi des plus de 55 ans est un élément crucial de la croissance économique des prochaines années. A défaut, le manque de main d’oeuvre affaiblira la croissance potentielle.

Les « + » :
+ Productivité élevée des travailleurs
+ Bon niveau de l’enseignement supérieur
+ capacité à transformer la croissance en emplois
Les « – » :
– Important chômage des peu qualifiés
– Inadéquation entre l’offre et la demande de travail (groupe important de non-qualifiés)
– Taux d’emploi des 55+ très faible
Inflation : plus de concurrence

L’inflation a atteint 2,1% en juin, ce qui reste plus élevé que la moyenne de la zone euro. Pour autant, l’écart s’est nettement réduit par rapport à il y a un an. Différents éléments peuvent expliqué l’écart entre l’inflation belge et européenne. Certains éléments, comme des hausses de taxes, ont un caractère temporaire. Ceci étant, deux éléments risquent de maintenir une pression sur les prix plus forte en Belgique : d’une part, l’indexation automatique des salaires, qui dans des circonstances particulières (choc sur les prix pétroliers ou sur des taxes), reste une exception problématique. D’autre part, le manque de concurrence dans certains secteurs favorise les hausses de prix.

Les « + » :
+ Meilleure prise en compte de l’évolution des prix grâce aux « big data » fournies par les chaînes de distribution.
Les « – » :
– Indexation automatique des salaires, dans certaines circonstances
– Manque de concurrence qui pousse les prix à la hausse
Finances publiques : encore des efforts à fournir

La forte diminution des dépenses publiques (en % du PIB) ayant été plus forte que la diminution des recettes, le déficit public a largement été réduit au cours des dernières années, passant de plus de 3% du PIB en 2014 à 1% à peine en 2017. Pour autant, l’équilibre budgétaire demandera encore de nombreux efforts, et ne devrait pas être atteint avant 2020. La combinaison d’une croissance plus soutenue du PIB nominal et la baisse continue de la charge d’intérêt (en % du PIB) a néanmoins permis de réduire le taux d’endettement à 103,4% en 2017 (107% en 2014). L’amélioration devrait se poursuivre à ce niveau.

Les « + » :
+ Les taux d’intérêt devraient rester faibles
+ La maturité moyenne de la dette a été fortement allongée ces dernières années, ce qui permettra de profiter plus longtemps des taux faibles
Les « – » :
– Des efforts de près de 3 milliards € supplémentaires devront être réaliser pour maintenir la trajectoire de retour à l’équilibre
– Le haut niveau de la dette reste un problème en cas de ralentissement économique