Quels sujets brûlant sur le marché pétrolier?

Quels sujets brûlant sur le marché pétrolier?

 L’ING Eco, votre rendez-vous hebdo, vous propose un résumé des dernières actualités macroéconomiques, grâce aux experts d’ING Belgique.

États-Unis – Nous restons optimistes

Aux États-Unis, il n’y a guère eu d’importants chiffres publiés la semaine passée. Seul l’indicateur de confiance de l’Université du Michigan vaut la peine d’être mentionné. L’indice s’est replié de 100,7 en octobre à 97,8 en novembre. Tant la composante portant sur la situation actuelle que la composante des attentes ont battu en retraite. L’indice demeure cependant à un niveau élevé. Nous restons donc optimistes en ce qui concerne l’économie américaine.

Zone euro – Un consommateur stimulé

Dans la zone euro, la demande intérieure continue à soutenir la croissance économique et nous nous attendons à ce que ceci se poursuive. En septembre, les ventes au détail ont augmenté de 0,7% en glissement mensuel. Par rapport à l’année passée, cela signifie une croissance de 3,7%. Le redressement du marché du travail s’est poursuivi durant l’été, ce qui accroît le revenu disponible et donc la consommation. Le taux de chômage s’élève actuellement à 8,9%, soit le niveau le plus faible depuis janvier 2009. L’inflation demeure aussi relativement faible, ce qui est une bonne nouvelle pour le consommateur. Il n’est dès lors pas étonnant que les consommateurs soient optimistes. Leur indice de confiance a ainsi atteint son niveau le plus élevé depuis 2001. Nous nous attendons par ailleurs à ce que cette situation perdure encore quelque temps. Les entreprises sont de plus en plus enclines à recruter et l’inflation ne devrait pas augmenter fortement d’ici peu. Les entreprises s’attendent certes à une modeste hausse des prix de vente, mais ceci n’a normalement des répercussions sur l’inflation que quelques trimestres plus tard. Nous tablons dès lors sur de solides ventes au détail durant l’hiver.

En zone euro, la croissance du PIB au troisième trimestre a été confirmée à 0,6% en glissement trimestriel, ce qui représente une très bonne performance. On notera que l’économie allemande a atteint une croissance de 0,8% QoQ durant cette période, ce qui est tout à fait remarquable. Même si quelques données concernant l’économie allemande sont moins positives en ce moment, nous restons convaincus que tous les ingrédients sont présents pour une poursuite de la croissance.

En Espagne, la production industrielle a augmenté en septembre de 3,4% en glissement mensuel. Durant les deux premiers mois du troisième trimestre, juillet et août, la production industrielle a progressé chaque fois de 1,9%. Les chiffres de septembre confirment donc que l’économie espagnole a continué à se redresser à la fin du troisième trimestre. Précédemment, les indices PMI du secteur des services et de l’industrie manufacturière avaient suggéré une tendance similaire. Étant donné que la crise catalane n’a réellement débuté qu’en octobre, les chiffres du troisième trimestre n’ont pas été affectés. Les récents chiffres d’octobre montrent cependant déjà que la crise politique a un impact. L’indice PMI du secteur des services est ainsi passé de 56,0 en septembre à 54,6 en octobre. Il pourrait donc y avoir des conséquences négatives pour la croissance du quatrième trimestre.

Quels sont aujourd’hui les principaux thèmes sur le marché pétrolier ?

Les risques géopolitiques, les données économiques positives et l’attente d’un prolongement de l’accord entre les principaux pays producteurs de pétrole ont propulsé les prix pétroliers à la hausse ces derniers jours. Depuis la mi-septembre, le prix du baril1 de Brent fluctuait autour de $57, mais depuis la fin octobre, il a fortement augmenté. Le 6 novembre, ce prix a légèrement dépassé $64 et depuis lors, il fluctue autour de $63. C’est la première fois depuis 2015 que le prix du baril de Brent s’élève à plus de $60. Nous avons dès lors revu nos perspectives pour les prix pétroliers à la hausse. Nous avons porté nos prévisions de $52 à $57 le baril pour le quatrième trimestre de 2017 et de $46 à $51 le baril pour 2018, en considérant également que le risque de voir nos prévisions une nouvelle fois revues à la hausse domine. Notre Topic se penche sur les quatre principaux thèmes actuels sur le marché pétrolier.

1. Que va faire l’OPEP ?

L’accord de réduction de la production pétrolière conclu début 2017 entre l’OPEP et quelques pays n’en faisant pas partie prend fin en mars 2018. Aujourd’hui, le marché se demande surtout s’il sera prolongé. Étant donné que le prince héritier saoudien est favorable à un prolongement, ceci semble le scénario le plus probable. Les hausses de prix actuelles suggèrent que le marché le pense aussi. Nous sommes d’avis que l’accord sera prolongé jusque fin 2018.

L’accord de 2017 visant à diminuer la production a été mieux respecté qu’anticipé. Ceci ne garantit toutefois pas un bon respect en 2018. Plus les réductions de production dureront, plus la probabilité que certains pays commencent à rechigner augmentera.

2. Comment va évoluer la production pétrolière américaine ?

Le redressement de la production de pétrole brut aux États-Unis en 2017 a été remarquable et est surtout imputable aux producteurs de pétrole de schiste. La production pétrolière est passée de 8,77 millions de barils par jour à la fin de 2016 à 9,56 millions de barils par jour fin septembre. L’Energy Information Administration (EIA), un service d’étude indépendant pour le marché de l’énergie aux États-Unis, prévoit une production moyenne de 9,24 millions de barils par jour en 2017 (contre 8,86 millions de baril par jour en 2016) et pour 2018, elle table sur une production moyenne de 9,92 millions de barils par jour. La production américaine restera donc un facteur important pour le marché pétrolier en 2018.

3. Quelles sont les perspectives pour la demande de pétrole ?

La demande de pétrole a également été très forte en 2017 : elle a crû de 1,6 million de barils par jour. Les bons chiffres du PIB mondial, combinés à la solide activité des usines, suggèrent que la demande de pétrole devrait rester forte. Pourtant, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que la demande de pétrole ne devrait augmenter que de 1,4 million de barils par jour en 2018 (soit une croissance plus faible qu’en 2017). En outre, l’AIE pense que la demande de pétrole proviendra surtout de pays hors OCDE, avec une hausse de 1,35 millions de barils par jour pour ceux-ci. Près de la moitié de cette hausse sera imputable à la Chine et à l’lnde, avec pour chacun de ces pays une augmentation de 320.000 barils par jour.

4. Risque géopolitique croissant

Nous assistons à une recrudescence des tensions géopolitiques en cette fin d’année et ces tensions devraient se poursuivre en 2018. Il y a tout d’abord des doutes sur l’offre de pétrole du nord de l’Irak. Après le référendum kurde sur l’indépendance, les tensions ont augmenté entre les Irakiens et les Kurdes. La production est actuellement déjà affectée et les autorités irakiennes tentent de compenser ceci par une hausse des exportations du sud du pays. Deuxièmement, les inquiétudes relatives à l’accord nucléaire iranien continuent à peser sur le marché pétrolier. Le président Trump n’a pas entériné l’accord en octobre. Le Congrès doit désormais décider s’il va introduire de nouvelles sanctions à l’égard de l’Iran. Nous pensons toutefois que cela ne sera pas le cas. Plusieurs pays ont déjà déclaré qu’ils estimaient que l’Iran respectait les conditions de l’accord et que de nouvelles sanctions n’étaient pas nécessaires. Enfin, l’incertitude augmente en Arabie Saoudite après l’adoption de mesures de lutte contre la corruption. Il semblerait que plusieurs princes et hauts fonctionnaires saoudiens aient déjà été arrêtés.


1 Un baril de pétrole correspond à 158,99 litres de pétrole.