Grèce : sortie (temporaire) de crise

Grèce : sortie (temporaire) de crise

États-Unis – Construction solide et PMI en baisse

Aux Etats-Unis, la confiance dans le secteur de la construction a légèrement baissé en juin, à 68 (indice NAHB), contre 70 en mai, soit son niveau moyen depuis le début 2017. Le secteur devrait néanmoins continuer de contribuer à la création d’emploi puisque son activité reste orientée à la hausse. Ainsi, les débuts de construction au mois de mai s’élevaient à 1,35 million en base annuelle, contre 1,2 en 2017. Les permis de bâtir confirment également que le secteur devrait continuer de bénéficier de la haute confiance des ménages : sur les cinq premiers mois de l’année, les permis de bâtir délivrés sont en effet en hausse de 6,6% sur un an, malgré la baisse en mai (-4,6% mom). L’indice Philly Fed, qui indique la confiance des entrepreneurs dans le secteur manufacturier au Nord-Est des Etats-Unis, est en baisse en juin à 19,9 contre 34.4 en mai. De plus, l’indicateur PMI composite a diminué en juin à 56,0, contre 56,6 en mai. Cette diminution est due à une baisse du sous-indice du secteur manufacturier, qui est descendu à 54,6 contre 56,4 en juin, alors que le sous-indice pour le secteur des services est resté presque stable (56,5 contre 56,8 en mai).

Zone euro – Légère hausse du PMI

Dans la zone euro, la confiance des consommateurs a chuté à -0,5 en juin, contre 0,2 en mai, atteignant son plus faible niveau depuis octobre dernier. Même si elle demeure bien au-dessus de la moyenne à long terme, la confiance s’estompe donc à mesure que l’incertitude entourant la situation économique persiste. L’indicateur PMI composite a légèrement augmenté en juin à 54,8, après le point bas de mai à 54,1. Cela montre que les effets de calendrier (grand nombre de jours fériés) ont peut-être surestimé le ralentissement en mai, mais cela n’indique pas pour autant que la phase de ralentissement de l’économie européenne est terminée. Dans le détail, le résultat de l’enquête PMI montrent que la croissance de la production s’est accélérée dans le secteur des services, tandis que la production manufacturière a continué de baisser, probablement suite à la hausse des droits de douane décidée par D. Trump. Il semble donc que le deuxième trimestre de 2018 ne permettra pas de monter au-dessus de la croissance du PIB du premier trimestre (+0,4% qoq). Dans l’enquête, les entreprises du secteur des services ont également indiqué observer une augmentation rapide des prix, ce qui pourrait amener l’inflation sous-jacente à augmenter dans les mois à venir, confirmant la trajectoire de la BCE vers la sortie de l’assouplissement quantitatif.

Royaume-Uni – Politique monétaire inchangée

La Banque d’Angleterre (BoE) a maintenu inchangé sa politique monétaire jeudi et a laissé son principal taux directeur à 0,5%. Les gouverneurs de la BoE ont en outre indiqué être confiant sur la reprise de l’économie, après le faible 1er trimestre. Ils sont également confiants concernant la croissance des salaires, qui est toujours à 2,5% en glissement annuel, et ils pensent que la pénurie de main d’oeuvre va faire augmenter les salaires dans les prochains mois. Pour nous, cela implique qu’une hausse des taux en août est toujours plus probable qu’improbable, même si rien n’est garanti et que ça dépendra des données qui seront publiées dans les deux prochains mois.

Grèce : sortie (temporaire) de crise

La semaine dernière, un accord a été trouvé entre la Grèce et ses partenaires de l’Eurogroup pour mettre un point final au troisième plan d’aide intervenu durant la crise de l’endettement. Ce plan se terminera donc en août prochain et devrait assurer un financement autonome de la Grèce dans les prochaines années…en théorie du moins.

Le résultat le plus évident de la réunion de l’Eurogroup intervenue la semaine dernière est que le programme d’aide à la Grèce (le 3ème pour être précis) qui avait permis de mettre le pays à l’abri des marchés financiers prendra fin, comme prévu, en août prochain. Les partenaires-créanciers reconnaissent dans leur quatrième et dernier rapport d’évaluation que la Grèce a rempli toutes les actions requises, ne nécessitant plus de nouveau programme. Ceci permet donc à la Grèce de sortir du programme d’aide mis en place.

Ceci étant, sans mesure supplémentaire, la lourdeur de la dette existante (178% du PIB) aurait assuré à la Grèce des sueurs froides dans les prochaines années, car la masse de dette venant à échéance aurait été trop importante. Cela aurait imposé plus d’une fois au pays un besoin de financement annuel de plus de 20% du PIB, ce qui est difficilement finançable.

C’est pourquoi une extension de 10 ans de la dette vis-à-vis de l’EFSF (European Financial Stability Facility) a été décidée. En fait, il faut davantage parler d’un gel de la dette, puisque tant les intérêts que le principal sont neutralisés jusqu’en 2032. De plus, les pénalités d’intérêt sur le rachat des prêts du deuxième plan d’aide sont abolies et les bénéfices obtenus dans le cadre du programme SMP (achats direct d’obligations par la BCE) seront rétrocédés à la Grèce (on parle quand même de 4 milliards €). Il faut cependant noter que ces deux dernières mesures sont assorties de conditions : sur base des rapports d’évaluations trimestrielles menés par la Commission européenne, les montants seront versés à la Grèce sur base semestrielle durant les 4 prochaines années. Ainsi, les partenaires européens s’assurent une surveillance prolongée sur la Grèce. Il faut néanmoins noter que le FMI ne prendra pas une part active à cette surveillance ni aux mesures de suivi. En effet, l’implication de l’institution internationale a toujours été conditionnée à une soutenabilité de la dette à long terme du pays. Or, les conditions actuelles d’extension de la dette grecque ne représentent pas, aux yeux du FMI, une garantie suffisante de soutenabilité.

Il faut l’avouer, les trajectoires de long terme en matière de croissance économique et de finances publiques sont difficiles à prévoir, et laissent la place à des interprétations très différentes. Une dette gelée pour 10 ans reste une dette, qui appellera à de nouvelles négociations…en 2032. Par ailleurs, l’objectif de la Grèce de maintenir un surplus primaire (différence entre les recettes de l’Etat et ses dépenses HORS charges d’intérêt) de 3,5% du PIB jusqu’en 2022 puis de 2,2% de 2023 à 2060 reste très ambitieux.

Dès lors, le point le plus important de l’accord est probablement le fait que l’ESM (European Stability Mechanism) versera 15 milliards € à la Grèce au titre de dernière tranche du plan d’aide. 5,5 milliards € de cette cagnotte serviront à rembourser de la dette venant à échéance. Les 9,5 milliards € restant serviront de buffer de liquidités, au cas où… Dès lors, selon le communiqué de l’Eurogroup, la Grèce sortira du plan d’aide avec un total de 24,1 milliards € de cash, ce qui devrait couvrir les besoins de refinancement de la Grèce des 22 mois suivant la fin du programme.

Au-delà des projections à très long terme, qui fondamentalement annoncent d’autres négociations dans le futur, on retiendra donc surtout de cet accord que (i) la Grèce quitte avec succès le troisième plan d’aide européen qui lui était dédié et que (ii) ses financements sont assurés, même en dehors des marchés, durant presque 2 ans. Ceci devrait donc mettre, quoi qu’il advienne, le dossier grec au frigo durant cette période.

Mais on n’oubliera pas que c’est lors du prochain retournement du cycle, lorsque la situation économique sera plus difficile, que la résistance de tous les progrès engrangés au cours des dernières années, et de tous les mécanismes de surveillance mis en place, sera véritablement testée.