Guerre commerciale : où en est-on ?

Guerre commerciale : où en est-on ?

États-Unis – La FED a relevé ses taux

La confiance des consommateurs américains s’est nettement renforcée en septembre pour atteindre 138,4, soit son meilleur niveau depuis septembre 2000. Les dépenses personnelles de consommation ont continué d’augmenter fortement, de 0,3% mom en août, contre 0,4% en juillet. Ces éléments, ainsi que la baisse des impôts mise en place par Trump et la hausse des salaires (2,9% de croissance sur un an en août) permettent d’anticiper une croissance forte de la consommation des ménages au troisième et quatrième trimestre 2018. Par ailleurs, la FED a relevé son taux directeur de 25 points de base lors de sa réunion de septembre, pour le porter à la fourchette comprise entre 2% et 2,25%. Etant donné que l’inflation est toujours au niveau ciblé par la FED, l’indice de prix des dépenses de consommation privée sous-jacente (core PCE) ayant augmenté de 2% en août (stable par rapport au mois de juillet), la FED devrait continuer à resserrer sa politique monétaire dans les prochains trimestres. En outre, la FED ne caractérise plus sa politique monétaire comme « accommodante ». Nous prévoyons une hausse de taux par la FED en décembre, et encore trois hausses de taux en 2019.

Zone Euro – Inflation faible et confiance en baisse

L’indicateur du climat économique dans la zone euro a continué sa baisse entreprise depuis le début de l’année en passant à 110,9 en septembre contre 111,6 en août. La baisse continue du sentiment économique montre que la croissance du PIB de la zone euro ne dépassera probablement pas le rythme de croissance actuel de 0,4% en glissement trimestriel cette année. La croissance des prêts aux entreprises non financières est passée de 4% à 4,2% en août, alors que la croissance des prêts aux ménages est passée de 3% à 3,1% yoy. Après la stagnation de la croissance des prêts en début d’année, une accélération modérée a donc repris, mais il est peu probable qu’elle entraîne une accélération de la croissance des investissements dans les mois à venir. En Allemagne, l’indicateur Ifo du climat des affaires n’a que légèrement baissé en septembre, à 103,7, contre 103,9 en août. Le niveau absolu de toutes les composantes laisse entrevoir une forte croissance continue pour l’ensemble de l’économie allemande au cours des prochains mois. En Italie, le gouvernement a décidé de fixer un objectif de déficit de 2,4% du PIB pour les trois prochaines années. Malgré que le ministre des Finances, Giovanni Tria, ait voulu promouvoir la discipline budgétaire, les leaders des partis des gouvernements, Matteo Salvini et Luigi Di Maio, ont décidé qu’il fallait laisser plus de marge de manoeuvre budgétaire afin de pouvoir mettre en application leur programme électoral. En l’absence de détails sur le budget et la croissance, il est impossible d’évaluer dans quelle mesure les exigences budgétaires de l’UE ne seront pas satisfaites, mais il n’est pas exclu qu’une procédure de déficit excessif à l’encontre de l’Italie soit ouverte. Cette annonce a eu pour conséquence d’augmenter les inquiétudes quant à la viabilité de la dette et les marchés ont montré leur inquiétude.

Par ailleurs, l’inflation en zone euro a légèrement augmenté à 2,1% en septembre, contre 2% en août, suite à la hausse du prix du pétrole. L’inflation sous-jacente, qui importe pour la BCE, a diminué à 0,9% contre 1% le mois précédent. Le retour des pressions inflationnistes n’est donc pas encore vraiment d’actualité, et ce malgré que Mario Draghi a évoqué “un redressement relativement vigoureux de l’inflation sous-jacente”. La BCE devrait donc continuer sa politique monétaire comme annoncé et la première hausse de taux n’aura pas lieu avant l’été 2019.

Guerre commerciale : où en est-on ?

Les annonces se succèdent dans la guerre commerciale en cours. Donald Trump s’oppose au reste du monde en annonçant des mesures protectionnistes dans tous les sens… que se passe-t-il ? Où en est-on ? Quels sont les impacts observés et prévus de ces tensions ?

          1. Contexte

Quand on parle de guerre commerciale, il convient d’abord de faire la différence entre les différentes batailles qui sont engagées actuellement.

La première bataille concerne l’acier et l’aluminium sur lesquels l’administration américaine impose des droits de douane supplémentaires de 25% et 10% respectivement, car leurs importations aux Etats-Unis « menacent la sécurité nationale ». Alors que l’Union Européenne (6,4 milliards de dollars d’exportation d’acier et d’aluminium vers les Etats-Unis) , le Canada et le Mexique étaient dans un premier temps exemptés de ces droits de douane, l’exemption a pris fin et ils sont désormais soumis aux taxes supplémentaires, comme la plupart des autres pays, en ce compris la Chine qui exporte 2,8 milliards de ces produits vers les Etats-Unis (mais pas la Corée du Sud, le Brésil et l’Argentine qui ont accepté de s’auto-infliger des quotas, en réduisant leurs exportations vers les Etats-Unis, ni l’Australie qui a été épargnée inconditionnellement). Les partenaires commerciaux des Etats-Unis ont contrattaqué en imposant à leur tour des droits de douane sur certains produits américains importés. L’UE a ainsi décidé de taxer davantage des biens américains iconiques tels que les jeans, le bourbon, les motos, l’acier, l’aluminium, … pour un total de 3,2 milliards de dollars de produits impactés. La China a imposé des droits de douane supplémentaires sur 2,4 milliards de dollars de produits américain importés et le Canada a fait de même sur 12,8 milliards de dollars de produits.

La deuxième bataille est exclusivement sino-américaine et porte sur les droits de propriétés et les technologies considérés par l’administration américaine comme volés par les Chinois. Les Etats-Unis ont dans un premier temps décidé de taxer davantage 50 milliards de dollars de produits importés depuis la Chine (principalement des biens intermédiaires). Cela a conduit la Chine à faire de même et à imposer des droits de douane sur 50 milliards de dollars de produits américains importés. La bataille s’est envenimée en septembre quand Donald Trump a décidé de mettre en place des droits de douane supplémentaires sur 200 milliards de dollars de produits importés depuis la Chine (10%, qui deviendront 25% en 2019 si les progrès dans les négociations ne sont pas suffisants). Ces taxes, en vigueur depuis le 24 septembre, s’appliquent principalement sur des biens intermédiaires, mais également sur certains produits de consommation. Le gouvernement chinois a déjà annoncé qu’il allait rétorquer en taxant davantage 60 milliards de dollars de biens américains. Cette riposte pourrait pousser Trump à riposter à son tour et à passer à la troisième phase de son plan, qui consiste à taxer 267 milliards de dollars de produits chinois, en plus de toutes les autres taxes déjà mises en place.

La troisième bataille concerne les automobiles et elle n’a pas encore vraiment commencé. L’administration américaine a lancé une enquête sur les importations d’autos et l’impact de celles-ci sur la sécurité nationale. Les résultats de l’enquête n’ont pas encore été publiés, mais Trump a annoncé avant l’été qu’il souhaitait imposer des taxes supplémentaires de 25% sur les importations de véhicules. Même si Juncker et Trump se sont mis d’accord sur un « cessez-le-feu » fin juillet, il n’est pas certain qu’aucune taxe ne sera imposée sur les voitures européennes. Suite à la signature d’un nouvel accord commercial nord-atlantique (USMCA, qui remplace le NAFTA), le Mexique et le Canada seront exemptés de ces taxes. Ils ont accepté de limiter leurs exportations vers les Etats-Unis à 2,6 millions de véhicules par an, ce qui est plus élevé que les exportations actuelles.

En outre, une plus grande proportion des véhicules doit être construite dans des usines qui payent les ouvriers au moins 16$ à l’heure en moyenne. Le but est d’éviter que toutes les voitures soient construites dans des usines mexicaines où les coûts de main d’oeuvre sont faibles. Cet accord doit encore être approuvé par le Congrès américain.

          2. Impact sur le commerce mondial

On estime que 2,5% du commerce mondial est directement affecté par l’ensemble de la guerre commerciale pour le moment. Si les Américains mettent leur menaces à exécution et imposent encore plus de taxes à la Chine, environ 4% de l’ensemble du commerce mondial serait impacté. Si la troisième bataille, portant sur les voitures, est lancée, 8% du commerce mondial pourrait être directement atteint. Il faut néanmoins noter que ces taxes douanières n’auront pas comme effet d’arrêter complètement les flux commerciaux concernées, mais qu’elles conduiront probablement à une contraction de ces flux. Notons que cette contraction touchera différemment les secteurs, certains pourraient y gagner, tandis que d’autres y perdront. Selon les dernières estimations de l’OMC, le commerce mondial devrait progresser de 3,9% en volume en 2018 (au lieu 4,4% estimé avant le début de la guerre commerciale) et de 3,7% l’an prochain (contre 4%). Mais l’OMC insiste sur le fait que ce ne sont pas les effets directs sur le commerce mondial qui ont réellement de l’importance, mais plutôt les effets indirects sur la confiance, les prix, les investissements et au final la croissance économique mondiale qui importent.

          3. Impact sur la croissance mondiale

Les effets de la hausse du protectionnisme sur l’activité économique sont nombreux. De nouveaux, il est possible de différencier les effets directs et indirects. Les effets directs de la hausse des droits de douane sur l’activité économique dépendent de deux principaux éléments: (i) la façon dont les consommateurs et les entreprises substituent leur consommation vers des biens nationaux et (ii) la façon dont les droits de douane impactent le revenu. En effet, d’une part, des droits d’importation plus élevés réduisent le pouvoir d’achat des ménages en diminuant les revenus disponibles réels, décourageant ainsi la consommation et l’investissement. D’autre part, la hausse des prix des produits importés pourrait inciter les consommateurs et les entreprises à opter pour des produits d’origine nationale, ce qui augmenterait la demande intérieure et réduirait les importations. L’importance relative des deux éléments, et par conséquent leur impact combiné sur le PIB, est difficile à mesurer car dépend essentiellement du degré de substituabilité entre les produits d’origine nationale et les produits importés. En outre, les mesures commerciales de rétorsion peuvent réduire les exportations et exacerber les effets négatifs. Les effets négatifs indirects résultant d’une détérioration de la confiance des entreprises et des consommateurs pourraient en outre amplifier l’impact sur l’activité économique. En effet, l’incertitude et les effets de confiance peuvent avoir un impact négatif considérable sur l’investissement mondial, la consommation, les embauches et l’activité économique. En outre, les marchés financiers peuvent réagir, ce qui entrainerait une réévaluation des cours des actions et des obligations, une hausse des primes de risques et un resserrement des conditions financières, amplifiant ainsi les effets négatifs. Les tarifs douaniers ont également tendance à augmenter les prix des biens à la consommation, réduisant le pouvoir d’achat des ménages et poussant la politique monétaire à se faire plus restrictive.

Une escalade des tensions commerciales pourrait avoir des effets mondiaux négatifs importants. Afin d’avoir une indication de ces effets, la BCE a construit un scénario hypothétique dans lequel les États-Unis augmentent leurs droits de douane de 10 points sur toutes les importations et leurs partenaires commerciaux contrattaque en imposant à leur tour de droits de douane supplémentaires de 10 points de pourcentage sur leurs importations américaines. Il ressort de l’étude que l’activité économique réelle aux États-Unis pourrait diminuer de plus de 2% chaque année par rapport à une situation sans guerre commerciale. Pour la BCE, il n’y a aucune ambiguïté : la croissance et le niveau de vie baisseront et des emplois seront perdus aux Etats-Unis suite à la guerre commerciale. Etant donné l’importance du commerce automobile avec les Etats-Unis pour l’Union Européenne (la part du PIB qui dépend directement de la demande américaine pour les voitures européennes atteint plus de 0,6% dans les pays qui exportent beaucoup d’autos comme l’Allemagne), l’impact de la guerre commerciale sur l’activité économique européenne dépendra fortement de la troisième bataille et de la façon dont les voitures européennes seront taxées. Une diminution de la croissance du PIB européen comprise entre 1 et 2% chaque année ne peut pas être exclue.

Le contexte protectionniste risque de rester défavorable dans les prochaines semaines, en tous cas jusqu’aux élections américaines de mi-mandat prévue le 6 novembre. Donald Trump compte en effet sur ses politiques protectionnistes pour aider les Républicains à remporter les élections et à rester majoritaires à la Chambre et au Sénat. Il est peu probable que Donald Trump ait l’intention de changer de tactique avant les élections, ses taux d’approbation personnels sont en train d’augmenter et certains sondages indiquent que les Républicains ont un peu plus d’intentions de vote en leur faveur que précédemment. Malgré cette amélioration, les Républicains sont toujours derrière les Démocrates dans les sondages et semblent en voie de perdre le contrôle du Congrès, ce qui pourrait, après les élections, ouvrir la porte à un éventuel changement de politique. Le résultat de ses élections influencera donc la politique commerciale américaine (voir figure).