[ING Eco #4] En attendant la remontée

[ING Eco #4] En attendant la remontée

L’ING Eco, votre nouveau rendez-vous hebdo, vous propose un résumé des dernières actualités macroéconomiques, grâce aux experts d’ING Belgique.

Aux USA, les indicateurs de croissance restent bons malgré les déboires du Président…

Aux Etats-Unis, après plusieurs tentatives infructueuses de soumettre au vote du Congrès un agenda de dépenses en infrastructures et de baisses de taxes, la Maison Balnche a proposé le 23 mai le « President’s budget ». En fait, de « nouvelle fondation de la grandeur américaine », c’est un document peu détaillé qui concentre l’augmentation des dépenses sur le Pentagone, fait disparaître bon nombre de dotations publiques et n’offre pas plus de baisses de taxes que ce qui avait déjà été annoncé. Un peu court pour les marchés, et probablement indigeste pour le Congrès qui risque de recaler cette tentative comme les précédentes. Il est donc encore loin d’être acquis qu’un budget 2018 sera atteint pour octobre, moment où a été reporté la renégociation du plafond de la dette américaine (une limite à l’endettement qui avait été suspendue jusqu’en mars 2017 et qui met beaucoup de limites à l’action gouvernementale), un sujet qui sera sensible pour Donald Trump.

La « prime Trump » sur les marchés est donc en train de baisser, notamment sur les bons du Trésor à 10 ans. Cependant, l’économie reste proche du plein emploi et de son rythme de croissance potentielle. La croissance au second trimestre rattrapera sans doute le premier et la production pourrait s’accélérer encore dans l’industrie dans les prochains mois. Le besoin d’un gros stimulus fiscal est donc limité dans cette phase du cycle, un échec de Trump sur la fiscalité ne serait donc qu’un demi problème.  Par contre, l’isolationnisme américain et la perspective d’une révision du traité de libre-échange nord-américain pourrait être de nature à ralentir la dynamique du commerce extérieur américain dès 2018. Il y a donc peu d’argument pour la FED de ne pas agir en juin. Il se pourrait d’ailleurs qu’elle répète ce mouvement en septembre.

En zone euro, l’environnement économique est toujours porteur

La zone euro continue d’afficher des niveaux de confiance au plus haut depuis six ans, tant dans les services que dans l’industrie, et les créations d’emplois se maintiennent à un haut niveau. Cependant, à l’échelle européenne, il y a déjà des signes que la croissance n’accélère plus. L’indicateur avancé Eurocoin a en effet fléchi en mai, signe que la fin de l’année pourrait être moins dynamique. La croissance devrait néanmoins atteindre 1,8% cette année, sans accélérer l’an prochain (1,7% en 2018). Il ne tient qu’aux risques politiques qui pèsent sur la croissance d’avoir un taux de 2% plutôt qu’1,8% cette année. S’ils se matérialisaient, cela pourrait bien entendu être, pire, on pense notamment à un vote populiste en Italie si des élections étaient décidées, à une Présidence sans majorité en France, un sabotage parlementaire des Socialistes espagnols, une coalition trop hétéroclite en Allemagne ou à plus d’incertitudes sur le Brexit en cas de victoire des Travaillistes en Grande-Bretagne.

Dans ce contexte, la BCE fait très attention à ne pas provoquer la même réaction que la FED en 2013 lorsqu’elle avait annoncé la fin de son assouplissement quantitatif (ce qui avait d’emblée créé un resserrement monétaire via une hausse des taux et de l’USD sur les marchés). Les changements de communication dans les prochains mois devraient donc être minutieux. Nous attendons cependant toujours une fin progressive de l’assouplissement en 2018, avec une première remontée des taux vers la fin de 2018. Il faudra en effet attendre la fin 2018 pour voir une hausse des salaires avoir des effets sur l’inflation sous-jacente (Cf. Graphique 2).

Gr 1 US: on ne peut pas parler d’invasion de produits importés venant d’Amérique du nord aux USA depuis le NAFTA…

Gr 2 Zone euro : la reprise de la hausse des salaires pourrait intervenir en 2018

Source: Betdata

Source: Thomson Reuters DataStream

Au Royaume-Uni, la croissance ralentit avant les élections 

Au Royaume-Uni, les élections du 8 juin diront à quel point Theresa May aura les coudées franches pour négocier un accord sur la sortie du Royaume-Uni. Même si les sondages se sont récemment resserrés, cette élection ne devrait pas changer grand-chose à la situation actuelle. Les négociations commenceront le 19 juin. En attendant, la croissance en Grande-Bretagne commence à faiblir : avec seulement 0,2% QoQ au premier trimestre contre 0,5% dans l’Eurozone, il y a peu de chance de voir la BoE agir avant que les négociations aient abouti.

La dette chinoise a été dégradée

En Chine, Moody’s a dégradé la dette souveraine d’un cran, à A1, car selon ses projections la dette chinoise devrait atteindre 45% du PIB à la fin de la décennie contre 36% aujourd’hui. S&P a mis la Chine sous « negative watch » (son AA- est le score le plus élevé donné à la Chine par les agences). Il est vrai que la croissance chinoise reste très dépendante des stimuli budgétaires à l’heure ou la PBOC resserre sa politique monétaire pour limiter l’expansion du crédit et les capacités de production excédentaires de certains secteurs. La Chine devrait dès lors avoir une croissance de 6,7% en 2017, mais elle devrait ralentir dès 2018 (le FMI prévoit même seulement 6,2% alors). 

Au Japon, le marché du travail laisse peu d’espace aux hausses de salaire

Au Japon, l’activité continue de croître plus rapidement, notamment du côté des exportations. La croissance pourrait dès lors atteindre 1,2% cette année. Elle sera sans doute appelée à ralentir en 2018 où les investissements liés aux JO de Tokyo ne seront sans doute pas suffisant pour combler le vide laissé par un moindre stimulus budgétaire. La BoJ continue cependant de se gratter la tête : l’inflation reste basse, ainsi que la croissance des salaires, malgré un taux de chômage au plus bas depuis le boom des années nonante. C’est probablement dû à la flexibilité du marché du travail : la croissance de l’emploi a en effet surtout été le fait de contrats non-conventionnels (à temps partiel ou temporaires), moins sujets à des hausses de salaires. C’est pourquoi nous n’attendons qu’un rebond modéré de l‘inflation japonaise en 2017, à 0,6%.

Trump « makes € great again »

Sur le marché des changes, les résultats du premier tour de l’élection française ont redonné des coulmeurs à l’euro. Parallèlement, les chiffres du premier trimestre aux USA et les revers de Trump au Sénat ont affaibli l’USD. Nous pensons dès lors que la probabibilité d’atteindre la parité à court terme est maintenant réduite à zéro. A mesure que les risques politiques diminuent et que la fin de l’assouplissement s’annonce en Eurozone, l’EUR devrait se renforcer face à l’USD. Nous pensons qu’il devrait finir 2017 autour de 1,15 avant d’atteindre 1,2 à la mi-2018. La GBP a quant à elle été victime de la chute dans la remontée dans les sondages des Travaillistes et se rapproche des 0,9 pour 1€. Le changement de cap de la BCE pourrait l’y maintenir au second semestre, mais nous pensons qu’en 2018, si les modalités du divorce peuvent être négociées, la Livre pourrait reprendre des couleurs et terminer 2018 à 0,8 pour 1€.