L'Italie à la croisée des chemins

L’Italie à la croisée des chemins

Etats-Unis – La géopolitique en avant plan

Après être monté haut dans les tours, les relations entre la Chine et les Etats-Unis en matière de commerce international semblent s’être apaisées. En effet, même si les dispositions exactes ne sont pas encore connues, les Etats-Unis ont annoncé ne plus avoir l’intention d’imposer $150 milliards de taxes à l’importation de produits chinois. Cette annonce survient suite à la déclaration de la Chine qui se dit disposée à augmenter ses importations de produits agricoles américains et à baisser ses tarifs douaniers sur les importations de voitures. D’autre part, Trump annoncé avoir ouvert une enquête sur les importations américaines de véhicules et de pièces détachées, afin de voir si elles ne menaçaient pas la sécurité nationale. Cela pourrait déboucher sur une nette hausse des taxes sur les importations d’automobiles, mettant en péril l’industrie automobile au Mexique, au Canada et dans l’Union Européenne (principalement en Allemagne où 25% des exportations vers les Etats-Unis se font dans le secteur automobile). En outre, Donald Trump a décidé jeudi d’annuler la rencontre prévue avec le leader Nord-Coréen Kim Jong-Un, mais semble depuis vouloir le maintenir.

Zone euro – PMI en baisse

En Allemagne, l’indice Ifo du climat des affaires est resté inchangé en mai à 102.2, après cinq baisses consécutives, ce qui est une bonne nouvelle après la chute de nombreux indicateurs dans les mois précédents. D’autre part, l’indice PMI composite flash de la zone euro montre une nouvelle baisse en mai (54.1 contre 55.1 en avril), signalant toujours une croissance continue, mais aucune accélération pour le moment. Cette baisse est probablement due en partie à la hausse des prix des combustibles et de l’énergie, qui pèse sur les coûts de production des entreprises. D’autre part, la confiance des consommateurs de la zone euro a diminué en mai à 0.2 contre 0.3 en avril. Ces indicateurs suggèrent qu’il n’y a pas d’accélération de la croissance à attendre au deuxième trimestre. Certes, le niveau actuel de l’indice des directeurs d’achat reste compatible avec une croissance du PIB d’environ 0,4% en rythme trimestriel. Cependant, certains défis demeurent, parmi lesquels les prix élevés du pétrole qui sape le pouvoir d’achat des consommateurs, les problèmes commerciaux non résolus avec les États-Unis et les tensions sur les marchés financiers liés à la situation politique italienne (voir topic). Nous nous attendons toujours à une croissance du PIB de 2,2% cette année, mais nous pensons que la croissance a désormais plus de risques de ralentir plutôt que de s’accélérer à nouveau.

Royaume-Uni – Inflation en baisse et ventes au détail en hausse

Au Royaume-Unis, les ventes au détail ont progressé de 1,3% (MoM) au mois d’avril après avoir reculé de 0,5% au mois de mars. C’est donc une bonne nouvelle après un premier trimestre compliqué. L’horizon n’est pas complètement dégagé pour autant car les consommateurs restent vigilants quant au climat économique, sans oublier la hausse du prix du pétrole qui, même si elle ne devrait pas avoir un impact massif sur la consommation, peut altérer la confiance des consommateurs. D’autre part, l’inflation des prix à la consommation a diminué en avril à 2.4% contre 2.5% en mars et 3% en janvier, en dépit d’une augmentation de 1.2% du prix de l’essence. L’inflation CPI sous-jacente s’est établie à 2.1% en avril, également en baisse par rapport au 2.3% de mars. Sur base des données actuelles, une hausse des taux par la Banque d’Angleterre en août nous semble probable, mais encore loin d’être certaine.

Zone euro : L’Italie à la croisée des chemins

Après un week-end épique en Italie, la situation politique de la troisième économie de la zone euro semble dans l’impasse. Si des élections semblent être le scénario le plus probable, rien n’indique à ce jour qu’elles éclairciront davantage l’horizon italien. Quels sont les risques réels d’une telle situation ?

Les faits : Après de longues discussions, le président Mattarella avait accepté l’idée d’un gouvernement rassemblant le mouvement 5 étoiles (anti-système) et la Ligue (extrême droite). La nomination d’un Premier Ministre plutôt inconnu (M. Conte) avait également été avalisée par le président italien. Il revenait également à celui-ci d’entériner la nomination des ministres. Celle-ci s’est faite sans problème à une importante exception près. M. Mattarella a refusé la nomination de P. Savona au poste de ministre de l’économie en raison des positions ouvertement anti-euro de celui-ci. La Ligue refusant de proposer un autre nom, le dialogue s’est rompu. Il ne restait plus qu’à M. Conte de quitter son poste de Premier Ministre.

Les scénarios possibles : Puisqu’un revirement de dernière minute semble improbable, il n’y a, à court terme, pas énormément de scénarios possibles : seul un retour aux urnes permettra d’avancer. D’ici-là, le mouvement 5 étoiles a demandé que soit lancée une procédure de destitution du président pour haute trahison et non-respect de la constitution. Si une telle demande pourrait trouver un écho favorable dans les deux Chambres (mais il faudra encore attendre la réaction des leaders de la Ligue), la procédure est bien plus compliquée et nécessitera l’intervention de la Cour constitutionnelle. In fine, une telle procédure a peu de chance d’aboutir.

Le président Mattarella a nommé Carlo Cottarelli, un technocrate, au poste de premier ministre. Mais il est peu probable que celui-ci obtienne le moindre appui du parlement. La situation sera donc figée jusqu’aux prochaines élections.

Après les élections, plusieurs scénarios se profilent : M. Matarella a justifié son refus de M. Savona en argumentant qu’il n’était pas question, pour lui, de préparer en secret une sortie de l’euro. Ceci devait faire l’objet d’un débat ouvert. Le président italien met donc la poursuite de l’adhésion à l’euro au centre des prochaines élections. M. Salvini, leader de la Ligue, vient d’ailleurs de déclarer qu’en effet, les prochaines élections feront office de referendum sur la position de l’Italie au sein de la zone euro.

Il reviendra donc à chaque parti de se prononcer clairement. Cette stratégie devrait permettre de casser certaines idées populistes, un peu à l’image de Mme. Le Pen s’emmêlant les pinceaux une fois qu’il s’agissait d’expliquer concrètement comment la France pourrait vivre sans l’euro. Mais c’est une stratégie qui peut aussi s’avérer dangereuses, si les populistes capitalisent sur le sentiment anti-européen et anti-marchés financiers.

Un retournement drastique de l’opinion d’ici les prochaines élections, provoquant une diminution forte du pouvoir des deux partis victorieux des précédentes élections, semble un scénario peu probable : les derniers sondages ne vont en tout cas pas dans ce sens. Il faut donc considérer que l’avenir de l’Italie, et donc de la zone euro, risque de se jouer à quelques points de pourcent lors des prochaines élections.

Une victoire de la Liguer ET du mouvement 5 étoiles pourrait être vue par les marché comme une volonté affichée des italiens de sortir de la zone euro, générant alors une crise existentielle majeure de la zone euro.

Mais une victoire de la Ligue associée au bloc de droite (Forza Italia et Fratelli d’Italia) modifierait un peu les équilibres, ce qui pourrait (un peu) calmer les velléités de la Ligue contre l’euro. Peut-être est-ce sur ce scénario que table M. Mattarella.

Quelles conséquences sur les marchés ? D’ici-là, il est fort possible que l’Italie soit malmenée sur les marchés, au gré des déclarations de chacun et des événements politiques. Paradoxalement, les partis populistes peuvent trouver un certain intérêt à cette situation : au plus l’Italie soufre, au plus ils peuvent pointer du doigt la finance et l’Europe comme responsable de la situation.

Il faut cependant noter que le surplus du compte courant de l’Italie réduit, théoriquement, sa dépendance aux financements extérieurs. C’est une différence fondamentale par rapport à la Grèce par exemple qui, en 2010, était fortement dépendante de l’afflux de capitaux extérieurs pour financer son économie et sa dette publique en particulier. En Italie, un taux d’épargne des ménages de près de 10% et un stock d’épargne liquide des ménages de plus de 68% du PIB (proche de la moyenne de la zone euro), permettrait de mettre l’épargne des Italiens à contribution pour combler le manque de financements internationaux, à l’image des obligations « Leterme » lancées en 2011 par le gouvernement belge pour juguler la hausse du spread vis-à-vis de l’Allemagne.

Mais ces considérations restent très théoriques, car les liens restent profonds entre l’Italie et les autres membres de la zone euro. Tout risque de sortie de la zone euro ou de solution intermédiaire provoquerait des turbulences importantes sur les marchés. Il ne faut pas s’en cacher.

En conclusion, la situation de l’Italie vient clairement en tête de liste des risques pour la zone euro. Dans le contexte de léger ralentissement économique observé depuis le début de l’année, ce n’est évidemment pas une bonne nouvelle.