Italie : le retour des vieux démons

Italie : le retour des vieux démons

États-Unis – Un marché du travail toujours plus solide

Aux Etats-Unis, la croissance du Q1 a été révisée légèrement à la baisse, à 2.2% qoq annualisé contre 2.3% précédemment estimé. D’autre part, l’indice PMI de l’institut ISM, qui indique la confiance des chefs d’entreprises dans le secteur manufacturier, a augmenté mai à 58.7 contre 57.3 en avril. Le rapport sur l’emploi du mois de mai indique que 223 000 emplois ont été créés, ce qui est plus qu’attendu, et que le chômage est tombé à 3.8%, soit le niveau le plus bas depuis avril 2000. En outre, la croissance des salaires a atteint 2.7% en glissement annuel et la pénurie de mains d’oeuvre s’intensifie. Nous pensons donc que la croissance des salaires pourrait atteindre 3% cette année. Ces données renforceront les prévisions d’une hausse des taux à la réunion de la FED en juin. Nous estimons qu’il y aura en outre deux autres hausses pendant la suite de l’année 2018. Le principal risque demeure l’escalade des tensions commerciales, surtout après que la fin de l’exemption temporaire fin pour l’Union Européenne, le Mexique et le Canada aux taxes sur l’importation de l’acier et l’aluminium (voir encadré page 3).

Zone euro – Politique et inflation en hausse

Selon la 2ème estimation, la France a connu une croissance du PIB de 0.17% qoq au Q1, alors qu’elle était précédemment estimée à 0.3%, suite à une dynamique des dépenses de consommation faible (0.1% au Q1) et ce malgré une confiance des consommateurs stable à un niveau élevé. En Belgique, la croissance au premier trimestre a atteint 0.3% qoq, alors qu’elle était estimée précédemment à 0.4%. D’autre part, en Allemagne, les ventes au détail du mois de mai ont enregistré une hausse de 2.3% en glissement mensuel en avril, contre une baisse de 0,4% en mars, ce qui pourrait augurer d’une nouvelle accélération de l’économie allemande au deuxième trimestre. En Espagne, Pedro Sanchez, le leader du parti socialiste, est le nouveau Premier ministre après que son vote de défiance contre Mariano Rajoy soit passé au parlement. Sans coalition formelle, il se trouve à la tête d’un gouvernement minoritaire (84 sièges 350), ce qui pourrait conduire à des élections anticipées dans les mois à venir. Les risques économiques et financiers de ce nouveau gouvernement sont faibles, Sanchez poursuivra en effet la politique budgétaire décidée par le gouvernement précédent. En outre, le soutien des espagnols à l’UE reste fort et l’activité économique continue d’être excellente, avec une croissance du PIB au Q1 2018 confirmée à 0.7% en glissement trimestriel (3% en glissement annuel). Dans la zone euro, l’indicateur composite sur le sentiment économique qui mesure la confiance des consommateurs et des producteurs (sur base d’enquête réalisées avant la saga italienne de la semaine passée) a légèrement diminué en mai à 112.5 contre 112.7 en avril. Il semble donc qu’une croissance modérée continue d’être le message principal de ce début d’année. D’autre part, l’inflation a augmenté plus fortement que prévue à 1.9% contre 1.2% en avril. L’inflation sous-jacente s’est établie à 1.1% contre 0.7% le mois précédent. L’inflation approchant de la cible et l’incertitude toujours présente, avec les tensions commerciales (voir encadré page 3) et la situation politique en Italie (voir topic), on pourrait penser que la BCE se trouve dans une position inconfortable. Néanmoins, nous pensons que la BCE fera abstraction de cette hausse des prix provoquée par l’augmentation du prix du pétrole, pour se focaliser sur la tendance sous-jacente.

Italie : Le retour des vieux démons

Après avoir joui d’une certaine stabilité politique depuis 2013, et économique depuis 2015, l’Italie devrait à nouveau présenter un danger pour la zone euro. La coalition gouvernementale à venir, avec ou sans nouvelles élections, sera en effet une coalition « des extrêmes » (à gauche le Mouvement 5 Etoiles et à droite la Ligue) bénéficiant d’une majorité des deux tiers dans les deux Chambres. De quoi transformer le visage de l’Italie et de l’Europe… d’où la période de volatilité que connaissent les marchés.

Dans notre analyse des élections italiennes de mars, nous signalions que le risque principal pour l’Italie et l’Eurozone serait un Gouvernement « des extrêmes » (gauche et droite). Si ces extrêmes avaient de prime abord peu de choses en commun, il semble qu’ils aient décidé de mettre de côté leurs différends. Même si ce ne sera sans doute que temporaire, c’est suffisant pour mettre la zone euro dans l’impasse.

Après que le président Mattarella ait refusé d’approuver un gouvernement de la Ligue et du Mouvement des cinq étoiles avec Paolo Savona comme ministre des Finances eurosceptique, il a essayé de former un gouvernement de technocrates. Le Président a alors nommé comme Premier Ministre un ancien du FMI pour former un gouvernement temporaire en attendant de nouvelles élections. Il espérait calmer les marchés en écartant Paolo Savona, mais ce ne fut pas le cas : l’écart des taux entre l’Italie et l’Allemagne est revenu à des niveaux plus observés depuis 2014, alors que la BCE est encore en train d’acheter des obligations, et la courbe des taux italienne s’est rapidement déplacée (Graphiques 1 et 2).

Finalement, le M5S et la Ligue ont repris les négociations et un nouveau gouvernement d’extrêmes fut proposé au Président, avec cette fois Paolo Savona comme ministre des affaires européennes et plus comme ministre des finances.

Malgré la formation du gouvernement, il est difficile de savoir comment la Ligue et le Mouvement 5 étoiles vont gouverner ensemble. Après tout, les résultats des élections révèlent en effet un pays coupé en deux, entre le nord où l’extrême droite (la Ligue du Nord – LN) domine et le sud où l’extrême gauche (Mouvement 5 étoiles – M5S) l’emporte largement. Les deux mouvements ont des programmes très différents : les défenseurs des pauvres du sud vont-ils réussir à s’allier avec un parti fondé sur le principe de la séparation de l’Italie ?

Ce nouveau gouvernement implique que les tensions avec l’Europe, et sur les marchés devraient rester très élevées dans les prochains mois, ce qui a poussé plusieurs analystes à faire un bilan des expositions des banques européennes à la dette italienne, qu’elle soit publique ou privée.

Il semble que depuis la crise de 2012, les banques européennes aient fortement diminué leur exposition (Graphique 3) à la dette publique italienne (celle-ci est détenue majoritairement par les banques italiennes et le programme d’achat d’actifs de la BCE). Quant à la dette privée, un secteur où les taux de défaut diminuent fortement (Graphique 4), il semble que les banques françaises soient les seules, via leurs filiales italiennes, à avoir gardé une exposition élevée, même si elle a diminué depuis lors.

L’Europe subit les premières salves de la guerre commerciale américaine depuis le 1er juin

Bien que la nouvelle ait été quelque peu cachée derrière la débâcle italienne cette semaine, il convient de signaler que le premier coup de semonce de la guerre commerciale voulue par Donald Trump ont été tirés vers l’Europe en fin de semaine dernière. L’acier et l’aluminium seront les plus touchés. Cependant, 88% des exportations européennes de ces métaux ne vont pas aux Etats-Unis. Les exportations visées sont seulement de 6,4 milliards d’euros mais les taxes seraient de 25% sur l’acier et 10% sur l’aluminium.

L’Europe devrait riposter avec des taxes à l’importations sur 185 biens exportés par les Etats-Unis, comme le bourbon, les Harley Davidson ou les yachts, des produits essentiellement choisis soit comme symboles, soit pour prendre pour cible certains Etats américains gouvernés par des proches alliés du Président. Là aussi, les exportations touchées ne représentent que 0,1% des exportations américaines et 2,8 milliards d’euros.

Si ce premier échange de tir reste peu coûteux, il n’en reste pas moins dangereux. Les Etats-Unis envisagent en effet de poursuivre avec une taxe de 25% sur les voitures européennes importées, soit 32 milliards d’euros d’exportations par an, une assiette taxable nettement plus imposante. Ce serait là le vrai début de la guerre commerciale.

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