Juste quand l'optimisme avait pris le dessus ...

Juste quand l’optimisme avait pris le dessus …

États-Unis – De nouveaux droits de douane

Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine ont connu une nouvelle escalade ces derniers jours. La semaine passée, les négociations ont été interrompues et Trump a annoncé une augmentation des droits de douane de 10% à 25% sur des marchandises chinoises qui représentent 200 milliards de dollars d’importation. En conséquence, la Chine a décidé de mettre en place des représailles en imposant dès le 1er juin des droits de douanes sur 60 milliard de dollars d’importation annuelles. Par ailleurs, D. Trump a également ordonné le lancement d’une procédure pour imposer des tarifs douaniers sur les quelque 300 milliards de dollars d’importations restantes, promettant ainsi de viser l’ensemble des produits venus de Chine commercialisés aux États-Unis. Cela indique donc que les relations entre les deux puissances ne sont pas vraiment bonnes et que la guerre commerciale est loin d’être terminée. Notons par ailleurs que l’inflation (CPI) américaine a légèrement augmenté, passant de 1,9% en mars à 2,0% en avril. L’inflation sous-jacente est, pour sa part, passée de 2,0% en mars à 2,1% en avril.

Zone euro – Une accélération de la croissance semble improbable

Dans la zone euro, les ventes au détail sont restées stables en mars par rapport à février. Par rapport à l’année passée, elles ont crû de 1,9%. Ces chiffres suggèrent qu’une accélération de la croissance de la zone euro est peu probable.

En Allemagne, la production industrielle a augmenté en mars de 0,5% en glissement mensuel, ce qui signifie que la production est orientée à la hausse pour le quatrième mois consécutif déjà. La production demeure toutefois 0,9% sous son niveau de l’année dernière. Les nouveaux chiffres de la production industrielle allemande incitent à l’optimisme pour la croissance du premier trimestre, qui sera publiée la semaine prochaine. L’avenir semble également prometteur pour l’économie allemande étant donné que les commandes industrielles se sont stabilisées en mars. Globalement, la situation de l’industrie allemande nous semble moins mauvaise que ce que certains indicateurs avancés annonçaient.

Chine – Les mesures de stimulation portent des fruits

La croissance du crédit s’est repliée davantage que prévu en avril. En mars, les nouvelles relatives aux négociations commerciales avec les États-Unis étaient encourageantes, ce qui a incité la banque centrale à limiter la croissance du crédit. Selon nous, le repli de la croissance du crédit n’est aucunement lié à une pénurie du côté de la demande. La demande de crédit est forte depuis un certain temps déjà en Chine (en raison des projets d’infrastructure et des investissements des petites et moyennes entreprises). En mai, nous nous attendons dès lors à une croissance du crédit plus forte, a fortiori avec l’introduction des nouveaux droits de douane. Les entreprises exportatrices chinoises auront alors besoin de davantage de fonds pour surmonter ces difficultés et limiter les pertes d’emploi. Sachant que la stabilité sur le marché du travail est une priorité pour les autorités chinoises, l’offre de crédits devrait être moins limitée. Par ailleurs, en avril, les exportations chinoises se sont repliées de 2,7% en glissement annuel, en raison surtout du secteur automobile et du secteur des « appareils intelligents ». Les importations ont augmenté de 4,0%. Ceci semble beaucoup, mais les chiffres désagrégés montrent que la plupart des segments ont enregistré un recul par rapport à l’année dernière. Il y a cependant une exception importante : le pétrole, dont les importations ont grimpé de 16% en glissement annuel. Cette forte hausse est probablement imputable à des considérations stratégiques des autorités.

Juste quand l’optimisme avait pris le dessus…

… les tensions commerciales ont fait leur retour. Le président Trump a durci la guerre commerciale en imposant de nouveaux droits de douane sur les marchandises chinoises, ce qui amène à se questionner sur l’éventualité de l’introduction de droits de douane sur les voitures européennes. Nous pensons toujours qu’un accord entre les États-Unis et la Chine est probable, surtout parce que le président Trump ne veut pas d’un impact négatif sur l’économie et les marchés boursiers avant les élections de 2020. Entre-temps, l’incertitude relative au commerce et les risques liés aux élections européennes et au Brexit suggèrent que les marchés financiers resteront probablement prudents pendant un certain temps.

La réapparition des tensions entre les États-Unis et la Chine a effrayé les marchés financiers, mais nous sommes toujours d’avis qu’un accord est possible. Un échec des négociations, allant peut-être de pair avec des nouvelles mesures de représailles, serait dommageable pour les deux économies, ce qui aurait des conséquences néfastes sur les marchés boursiers. Une telle situation porterait largement atteinte aux chances du président Trump d’être réélu en 2020. Nous supposons que la nouvelle décision d’imposer des droits de douane supplémentaires a pour objectif de mettre la pression sur la Chine et de l’obliger à faire des concessions de dernière minute.

La croissance supérieure aux attentes en Chine, après la mise en oeuvre de mesures de stimulation budgétaires et monétaires, offre au gouvernement chinois une marge de manoeuvre supplémentaire dans les négociations avec les États-Unis. Les discussions portent en outre sur davantage que le commerce. La possibilité pour la Chine d’exporter son réseau 5G et les tensions géopolitiques dans la Mer de Chine méridionale sont également abordées.

En dépit de l’incertitude persistante, l’économie américaine continue à prouver que les sceptiques ont tort, avec une solide croissance du PIB au premier trimestre de 2019. Les créations d’emplois demeurent robustes, tandis que les conditions financières continuent de s’améliorer grâce au rebond des marchés boursiers, au dollar fort et stable et au repli des taux hypothécaires. L’inflation pourrait augmenter plus rapidement que les attentes du marché compte tenu de la hausse des prix des combustibles et des pressions salariales résultant du marché du travail très serré. Alors que les marchés financiers prévoient toujours une baisse des taux de la Fed, la banque centrale américaine conserve un ton prudemment positif suggérant une politique monétaire stable en 2019. Nous estimons que la FED ne modifiera pas ses taux en 2019.

La zone euro a également affiché une croissance dépassant les attentes au premier trimestre, probablement grâce à la disparition des facteurs temporaires qui avaient pesé sur la croissance au second semestre de l’année passée. Mais bien qu’une récession soit, selon nous, peu probable, une accélération de la croissance dans les prochains mois ne semble guère vraisemblable non plus. Nous prévoyons une croissance de PIB de l’ordre de 1,2% en 2019 et en 2020. La hausse de l’inflation en avril est largement imputable à des effets de calendrier et il n’y a donc guère de signes de tendance haussière. Nous pensons que les taux de la BCE resteront stables au moins en 2019 et en 2020 et probablement encore plus longtemps.

Au Royaume-Uni, il y a de bonnes raisons de penser que l’impasse du Brexit ne sera pas résolue avant la nouvelle échéance d’octobre. Les négociations entre les différents partis ne semblent guère progresser, tandis qu’au niveau du parti conservateur, le risque d’un changement de leadership durant l’été subsiste. Un nouveau report de l’article 50 semble probable. Bien que nous pensions qu’une sortie sans accord sera évitée, les entreprises devront continuer à s’y préparer, ce qui pèsera sur la croissance économique durant l’été.