La confiance des ménages sème le doute

La confiance des ménages sème le doute

À l’heure des 50 ans de mai 1968, des Français manifestent à nouveau. La comparaison s’arrête là. Pas de révolution à l’horizon : le vent de contestation face à la réforme des services publics reste modéré. Dans le même temps, la reprise du marché de l’emploi ne semble pas remonter le moral des consommateurs français, si l’on en croit les statistiques. Récemment, les baromètres de confiance des ménages dépassaient tout juste la moyenne à long terme. Alors que la performance du premier trimestre laissait présager un rebond de la consommation des ménages, les dernières données publiées sèment le doute.

Tout juste 50 ans après les protestations de mai 1968, une partie du peuple français descend dans la rue. À l’époque, ils étaient demandeurs de réformes. Aujourd’hui, les manifestants sont vraisemblablement de ceux qui n’ont pas voté pour le programme de réformes d’Emmanuel Macron l’an dernier. Les cheminots, dont le statut spécial (notamment en matière de retraite) est remis en question par une proposition de réforme en cours d’examen au Parlement, semblent être à l’origine de ce mouvement. Confrontés à une modération salariale depuis 2010, d’autres fonctionnaires les ont rejoints, craignant que le programme « Action publique 2022 » du gouvernement ne leur réserve de nouvelles surprises. À moins de gonfler leurs rangs, les contestataires ont toutefois peu de chances de réussir. Ils rencontrent un faible soutien au niveau national et les grèves ferroviaires prévues pendant les longs week-ends de mai risquent encore de l’amenuiser.

Cependant, on peut s’attendre à un blocage de longue durée. Les positions sont en effet symboliques et font revivre la nette séparation, au sein de la société civile française, qu’avaient fait naître l’an dernier le premier tour de l’élection présidentielle entre partisans des réformes et partisans du statu quo. Les mêmes soutiennent aujourd’hui les deux camps qui sont prêts à une guerre d’usure dans des dossiers pour le moins symboliques.

Optimistes concernant le marché de l’emploi, mais inquiets pour leurs finances, les consommateurs continuent de se restreindre

Pourtant, les Français semblent inquiets. Les dernières données sur la confiance des ménages indiquent une légère reprise en mars, à 100,2. La moyenne du premier trimestre s’établit ainsi à 100,4, le plus bas niveau observé depuis le deuxième trimestre 2017. Le marché de l’emploi n’est pas vraiment une préoccupation pour les Français, satisfaits par la reprise économique. Ils craignent toutefois pour leurs finances personnelles et limitent leurs intentions d’achat, en recul depuis décembre. Ce constat est inattendu, car le budget de l’État français pour 2018 prévoyait plusieurs mesures fiscales favorables aux ménages. Le prélèvement mensuel des impôts à la source qui entrera en vigueur en 2019 pourrait être en cause, mais 70 % des Français sont déjà mensualisés. L’impact devrait donc tout au plus être psychologique.

Si son origine reste indéterminée, cette tendance pourrait néanmoins peser sur la croissance, compte tenu d’une consommation déjà relativement faible au quatrième trimestre 2017, à 0,2 % en glissement trimestriel. Le moral actuel des ménages ne laisse pas entrevoir de réelle amélioration dans un avenir proche. Si les dépenses privées sont encore susceptibles d’augmenter de 1,8 % cette année, contre 1,3 % en 2017, un regain d’optimisme s’impose. Pour l’heure, la reprise du marché de l’emploi et l’assouplissement du régime d’impôt ne suffisent pas à convaincre les ménages français.