Le pari commercial de Trump

Le pari commercial de Trump

États-Unis – Un marché de l’emploi en bonne forme

L’emploi aux États-Unis a augmenté de 213 000 unités en juin, et 37 000 emplois de plus qu’estimé précédemment ont été créés en avril et en mai. En outre, environ 600 000 nouveaux travailleurs sont entrés sur le marché du travail. Cet afflux a fait légèrement augmenter le taux de chômage de 3,8% en mai à 4% en juin et a permis à la croissance des salaires de rester stable à ,7% en glissement annuel. Etant donné que 21% des entreprises déclarent que trouver des travailleurs qualifiés est le plus gros problème auquel elles sont confrontées, le taux de chômage devrait très rapidement retomber et les pressions salariales devraient continuer à se renforcer. D’autre part, l’indicateur PMI de l’institut ISM pour le secteur non-manufacturier a augmenté au mois de juin à 59,1 contre 58,6 en mai. Le flux récent de données américaines suggère donc que le marché du travail est tendu et que la croissance du PIB pourrait atteindre environ 4% en glissement trimestriel annualisé au deuxième trimestre 2018. Néanmoins, l’escalade des tensions commerciales constitue une menace évidente. Selon la dernière enquête ISM, «les répondants sont extrêmement préoccupés par la façon dont les activités liées aux droits de douane affectent et continueront d’affecter leurs activités». Par ailleurs, le compte rendu de la réunion de la FED de juin indique que certaines entreprises reportent leurs investissements en raison de l’incertitude due au protectionnisme. Cela pourrait mener à un ralentissement de la croissance des dépenses en capital et de la création d’emplois.

Zone euro – PMI meilleurs que prévus

Dans la zone euro, les prix à la production ont augmenté de 3% en glissement annuel, contre 2% en avril, suite à une hausse des prix de l’énergie (+7,6% yoy), la croissance des prix des autres catégories de biens produits restant atone. D’autre part, le volume des ventes au détail, qui donne une indication sur l’évolution de la consommation, a stagné en mai par rapport à avril. En glissement annuel, il a augmenté de 1,4%, contre 1,6% en avril (chiffre révisé à la baisse par rapport à la première estimation). Par ailleurs, l’estimation finale des indices PMI pour le mois de juin s’est révélée plus positive qu’estimée précédemment dans la zone euro. L’indice du secteur des services s’est ainsi établi à 55,2, contre 55,0 lors de la précédente estimation et l’indice PMI composite définitif a atteint 54,9 en juin (estimation précédente 54,8), après 54,1 en mai, mais inférieur aux niveaux qui prévalaient pendant les 4 premiers mois de l’année. La révision positive pour la zone euro est liée à la situation en Allemagne où les indices PMI du mois de juin se sont révélés meilleurs que prévus (indice composite à 54.8 contre une première estimation à 53,9, bien meilleur que le 53,4 de mai) suite à une hausse de l’activité dans le secteur des services. Toujours en Allemagne, les nouvelles commandes industrielles ont augmenté de 2.6% en glissement mensuel en mai, après -2,5% en avril (+4,4% yoy contre 0.8% en avril) et la production industrielle a enregistré une hausse de 2.6% en mai en glissement mensuel (+3,1% yoy), contre une baisse de 1,3% en avril. Les PMI meilleurs que prévu, le rebond des nouvelles commandes et la production industrielle en hausse sont de bon augure pour une nouvelle accélération de l’économie allemande au second semestre. De manière générale dans la zone euro, il semble de plus en plus que l’économie est en transition vers des taux de croissance plus normaux. Nous prévoyons une croissance du PIB de la zone euro de 2% en 2018.

Le pari commercial de Trump

Donald Trump avait promis de rendre à l’Amérique sa splendeur, «Make America Great Again». Depuis, l’économie américaine s’est avérée forte et le taux de chômage faible. Ce succès a encouragé Trump à lancer une bataille commerciale avec ses partenaires. Les entreprises se préparent donc à une intensification des politiques protectionnistes au cours de l’été, bien que l’Union Européenne et les États-Unis soient toujours à la recherche de solutions possibles pour éviter que la bataille ne s’envenime davantage. L’incertitude engendrée par ces craintes implique un risque baissier pour les marchés financiers et pour la confiance des entreprises et ménages. Cela pourrait s’avérer plus dommageable pour l’économie mondiale que l’impact direct des tensions sur les flux de commerce à travers le monde.

Même si, jusqu’à présent, les preuves que les mesures protectionnistes font dérailler l’économie mondiale sont limitées, les risques pesant sur la croissance sont orientés à la baisse pour cet été. En effet, 600 milliards de dollars d’échanges commerciaux entre les Etats-Unis et la Chine pourraient être impactés par des droits de douane supplémentaires au cours des prochains mois. La situation pourrait s’empirer encore car, pour l’Europe, il y a la possibilité que des droits de douane d’environ 20% soient instaurés sur les importations d’automobiles européennes vers les États-Unis.

L’impact des seuls droits de douane sur la croissance mondiale est probablement limité à seulement 0,1 ou 0,2 points de pourcentage. Cependant, l’impact sur les marchés financiers et la confiance économique pourraient être beaucoup plus important et entraîner un plus grand ralentissement de l’activité. On pourrait penser que la chute brutale des marchés boursiers, ainsi que le ralentissement de l’investissement et de la création d’emplois conduiraient à une plus grande volonté de compromis. Mais nous en doutons, il est peu probable que Donald Trump ait l’intention de changer de tactique avant les élections de mi-mandat du 6 novembre prochain. En effet, ses taux d’approbation personnels sont en train d’augmenter et certains sondages indiquent que les Républicains ont un peu plus d’intentions de vote en leur faveur que précédemment. Malgré cette amélioration, les Républicains sont toujours derrière les Démocrates dans les sondages et semblent en voie de perdre le contrôle du Congrès, ce qui pourrait, après les élections, ouvrir la porte à un éventuel changement de politique.

L’économie américaine
elle-même se porte bien. La croissance du PIB au deuxième trimestre 2018 devrait atteindre environ 4% en glissement trimestriel annualisé, tandis que l’inflation devrait dépasser les 3% au cours des prochains mois. Avec un chômage à son plus bas niveau depuis 50 ans, nous estimons que la Réserve fédérale (FED) continuera son programme de resserrement «progressif» de la politique, en augmentant ses taux une fois par trimestre en 2018. Néanmoins, s’ils perdurent, les ralentissements de l’activité liés aux tensions commerciales pourraient ralentir le rythme des hausses l’année prochaine.

Malgré la chute des indicateurs de confiance, les tensions politiques dans plusieurs pays et des craintes de guerre commerciale, l’économie de la zone euro poursuit sa reprise. Nous estimons que l’économie de la zone euro n’est ni au sommet ni dans un état défavorable et que la période actuelle est simplement une période de transition vers des taux de croissance plus modérés. En effet, malgré leur baisse progressive depuis le début de l’année, les niveaux absolus des indicateurs de confiance restent élevés et laissent présager une croissance solide et continue. Dans le même temps, de solides fondamentaux, des taux d’intérêt bas et l’affaiblissement du taux de change de l’euro devraient soutenir la reprise de la zone euro dans les mois à venir, même si les risques baissiers, dont les tensions politiques dans certains pays et la montée du protectionnisme, restent importants. En conséquence, la Banque centrale européenne (BCE) semble déterminée à mettre fin à son programme d’assouplissement quantitatif (QE) à la fin de cette année, mais ses taux d’intérêt directeurs resteront vraisemblablement inchangés jusqu’à la fin de l’été 2019.


Les craintes de guerre commerciale et la réforme qui pousse au désendettement sont clairement des risques à la baisse pour la croissance chinoise, ce qui nous a conduits à diminuer légèrement notre prévision de croissance pour le PIB en 2018 à 6,7% (contre 6,8% précédemment). Cependant, l’économie pourrait être boostée par l’assouplissement de la politique budgétaire et de la politique monétaire menées actuellement par les autorités chinoises. En effet, la Banque populaire de Chine a cessé d’augmenter ses taux et a réduit ses ratios de réserves obligatoires, tandis que la hausse des dépenses publiques s’accélère. Dans le même temps, la monnaie est en train de s’affaiblir, grâce aux forces du marché, ce qui devrait contribuer à limiter la diminution de la croissance économique.

La croissance économique du Japon ne progresse pas aussi vite que les autres économies et ne sera pas à l’abri d’un ralentissement imminent du commerce mondial. Mais l’économie nationale semble un peu plus robuste qu’avant, ce qui pourrait contribuer à compenser un contexte d’exportation moins favorable. L’inflation reste néanmoins très basse et l’objectif de la Banque du Japon (BoJ) d’atteindre une croissance des prix à 2% semble, pour le moment, inatteignable. Nous prévoyons que les taux de la BoJ resteront en territoire négatifs jusqu’en 2020.

Les marchés des changes continuent d’être impactés par les tensions commerciales et les taux d’intérêt américains. C’est un cocktail dangereux pour les marchés émergents en tant que classe d’actifs et favorable au dollar en général. Les risques liés à nos prévisions EUR / USD sont fortement orientés à la baisse.