Le Vénézuéla en défaut de paiement

Le Vénézuéla en défaut de paiement

 L’ING Eco, votre rendez-vous hebdo, vous propose un résumé des dernières actualités macroéconomiques, grâce aux experts d’ING Belgique.

États-Unis – L’inflation augmente

L’inflation sous-jacente (hors alimentation et énergie) a augmenté pour la première fois depuis huit mois. Elle est passée de 1,7% en septembre à 1,8% en octobre. Compte tenu de la dépréciation du dollar et de la hausse des prix énergétiques, de nouvelles pressions haussières devraient, selon nous, s’exercer prochainement sur l’inflation. Cette évolution accroît la probabilité d’un relèvement des taux en décembre et d’interventions supplémentaires en 2018. Le marché reste sceptique en ce qui concerne la probabilité que la Fed relève les taux plus d’une fois en 2018. La Fed a cependant déjà mentionné plusieurs raisons de poursuivre le resserrement de sa politique monétaire. Elle a ainsi cité les conditions de financement très souples et la valorisation élevée des actifs. La hausse de la production industrielle en octobre a également dépassé les attentes. La production a augmenté de 0,9% en glissement mensuel, contre des attentes de 0,5%. Il semble donc qu’après les ouragans, l’industrie fonctionne à nouveau normalement. Pour le troisième trimestre, la croissance de la production industrielle a en outre été revue à la hausse, de -1,5% sur une base annuelle à -0,3%. Le taux d’utilisation des capacités de production de l’industrie a aussi augmenté, passant de 76,4% en septembre à 77%, soit le niveau le plus élevé depuis mai 2015. Nous tablons sur deux relèvements des taux en 2018.

Zone euro – Solide activité

La croissance économique du troisième trimestre a été confirmée à 0,6% en glissement trimestriel. Le robuste marché du travail, la croissance des marchés d’exportations, une politique monétaire toujours très souple et une inflation modérée ont soutenu l’économie. Il est en outre probable que la croissance de la zone euro excède en 2017 celle des États- Unis et du Royaume-Uni. Pour plusieurs pays individuels, la croissance du troisième trimestre est déjà connue. L’Allemagne a ainsi crû de 0,8% en glissement trimestriel. Son expansion se poursuit donc et ne décélère pas. L’Italie a également bien performé avec une croissance de 0,5% en glissement trimestriel, alors que le marché ne s’attendait qu’à un chiffre de 0,4%. La croissance néerlandaise s’est élevée comme prévu à 0,4% en glissement trimestriel après un très solide deuxième trimestre. Globalement, les perspectives pour le quatrième trimestre demeurent très favorables. Notre estimation d’une croissance du PIB de 2,3% pour l’ensemble de 2017 pourrait s’avérer trop modeste.

En Allemagne, les entretiens préliminaires pour la formation d’une coalition ont été interrompus. Le parti libéral FDP a quitté la table des négociations en raison d’un désaccord sur la politique d’immigration. Les divergences d’opinion sur une éventuelle limitation de l’immigration constituaient une pierre d’achoppement depuis le début des négociations. Ce sujet ne semble toutefois pas le seul problème. Christian Lindner, le président du FDP, a déclaré qu’il se demandait s’il existait une vision commune pour l’avenir du pays au cours des quatre prochaines années. Il a ajouté qu’aucun parti ne voulait faire de concessions sur les sujets importants. La balle est désormais dans le camp d’Angela Merkel. Une possibilité est de former un gouvernement minoritaire. Organiser de nouvelles élections en est une autre. Ces deux options sont cependant sans précédent en Allemagne.

Le Vénézuéla en défaut de paiement

La semaine passée, il y a eu un nouveau rebondissement dans la crise au Vénézuéla. L’agence de notation Standard and Poors (S&P) a déclaré ce pays d’Amérique du Sud en défaut de paiement car il n’a pas pu payer à temps des intérêts de $200 millions sur deux emprunts obligataires. On ignore pour l’instant ce qui va se passer avec la dette vénézuélienne. La semaine passée, le président Maduro a lancé une invitation aux investisseurs pour éclaircir la situation, mais il n’y est pas parvenu. La crise humanitaire se poursuit entre-temps.

Sur le plan économique, cela fait longtemps que le Vénézuéla va mal. L’inflation est très élevée depuis un certain temps déjà et continue à croître fortement. Depuis 2014, l’économie n’a pas cessé de se contracter. La politique économique de Hugo Chavez, caractérisée par la nationalisation des entreprises et des programmes de bien-être social, s’est finalement soldée par un impact négatif. Cette politique a également rendu l’économie très dépendante du secteur pétrolier. Pas moins de 95% des revenus des exportations proviennent du pétrole. Les prix pétroliers élevés ont financé les programmes sociaux de Chavez, mais le pays est devenu très sensible aux chocs sur le marché pétrolier.

Après la mort de Hugo Chavez en mars 2013, Nicolas Maduro a repris les rênes du pouvoir. Il a poursuivi la politique de Chavez, mais est moins populaire que ce dernier. En outre, il a été confronté à une baisse des prix pétroliers peu de temps après son arrivée au pouvoir. Durant la seconde moitié de 2014, les prix pétroliers ont diminué de moitié, passant de près de $110 à environ $55 le baril. En 2015, les prix pétroliers ont continué à se replier et sont redescendus à $30 le baril. Le pays s’est donc retrouvé en difficulté. Maduro a en outre imprimé de l’argent pour financer les subsides et les programmes sociaux existants. Ceci n’a pas manqué de provoquer une flambée de l’inflation. Selon le FMI, l’inflation s’élève cette année à plus de 650% et on s’attend à un taux de pas moins de 2349% en 2018.

Sur le plan politique, il y a également des développements inquiétants. Maduro a adopté une ligne dure vis-à-vis des dissidents et essaie d’encore accroître son pouvoir. En juillet 2017, il a créé un organe destiné à modifier la constitution. Les opposants estiment que ceci est illégal. Sur le plan international, les critiques ont également été nombreuses. Les États-Unis ont ainsi réagi en adoptant des sanctions contre les membres du régime actuel, tandis que les banques américaines ne peuvent plus conclure de nouveaux accords

financiers avec le gouvernement ou la société pétrolière publique PDVSA. L’Union européenne a récemment approuvé un embargo sur les ventes d’armes au Vénézuéla.

En raison des problèmes économiques persistants, les spéculations sur un éventuel défaut de paiement du Vénézuéla vont bon train depuis quelque temps. La production pétrolière diminue depuis longtemps, ce qui pèse encore davantage sur les recettes. En octobre 2017, la production pétrolière est retombée sous 2 millions de barils par jour, soit le niveau le plus faible depuis les années 80. Sans investissement supplémentaire, la production continuera en outre à se contracter.

Le non-paiement des intérêts dus la semaine passée n’a pas manqué de faire augmenter l’inquiétude. Entre-temps, un accord a été signé avec la Russie sur la restructuration de $3,15 milliards de dettes à des conditions très avantageuses pour le pays. Le régime dispose ainsi d’un peu de répit.

La crise se poursuit dans le pays. La pauvreté y a fortement augmenté. Il y a également une pénurie de nourriture et de médicaments. Le pays ne peut en effet plus payer et donc importer ces biens.

Nous craignons pour l’instant pas de risque d’infection dans d’autres pays émergent. Le Venezuela a été considéré comme une valeur aberrante pendant un certain temps, de sorte que le choc d’un défaut sur le reste du monde devrait normalement rester limité.