Les marchés des changes à l'affût

Les marchés des changes à l’affût

L’ING Eco, votre rendez-vous hebdo, vous propose un résumé des dernières actualités macroéconomiques, grâce aux experts d’ING Belgique.

États-Unis – Confiance en hausse

Au mois du février, les indices PMI (« Purschasing Managers index ») aux Etats-Unis ont augmenté plus que prévu, aussi bien dans le secteur manufacturier que dans celui des services. L’indice composite a atteint 55,9 contre 53,8 en janvier, indiquant une accélération de l’activité économique. En outre, l’indicateur composite avancé du Conference Board est en augmentation au mois de janvier à 1% contre 0,6% le mois précédent. Ensemble, ces deux indicateurs sont des signes indicateurs d’une croissance économique robuste au premier semestre 2018. Nous prévoyons une croissance de 3% du PIB américain en 2018.

La FED a publié cette semaine le procès-verbal de sa réunion de janvier. Celui-ci indique que, compte tenu de la bonne condition du marché du travail, de l’impact probable de la réforme de l’impôt sur l’activité économique et de l’affaiblissement du dollar qui pousse l’inflation à la hausse, la FED pourrait augmenter quatre fois ses taux en 2018, au lieu des trois hausses prévues précédemment. Notre scénario prévoit une hausse de 0,25% en mars et trois hausses de 0,25% pour la suite de l’année.

Zone euro – PMI en baisse mais bonnes perspectives

La confiance des consommateurs dans la Zone Euro a diminué plus que prévu en février (0,1 contre 1,4 en janvier). Cette baisse est probablement due à la volatilité observée sur les marchés financiers au début du mois, les fondamentaux économiques restants bons. En outre, l’indicateur de confiance reste à un niveau très élevé, qui n’avait plus été atteint depuis début 2001. Les indices PMI pour l’ensemble de la zone euro sont également en baisse en février (57,5 contre 58,8 en janvier pour l’indice composite) suite à un ralentissement de la croissance des nouvelles commandes. Néanmoins, les entreprises continuent de se heurter à des contraintes de capacité et les intentions d’embauches sont encore proches des records. Les perspectives pour les mois à venir restent donc bonnes, la consommation et l’investissement devraient augmenter. Nous tablons sur une croissance de 2,4% de croissance du PIB en 2018.

En Allemagne, l’indicateur ifo, qui mesure la confiance des entrepreneurs, est descendu en février à 115,4 contre 117,6 en janvier, mais reste à un niveau historiquement haut, qui n’avait jamais été atteint avant 2017. Selon nous, l’économie allemande a encore un potentiel de hausse et n’est pas encore au bord de la surchauffe. Nous prévoyons une croissance de 2,3% du PIB allemand en 2018.

Le procès-verbal de la réunion de janvier de la BCE a également été publié la semaine dernière. Il semble également mettre en avant de nouvelles preuves d’une division croissante au sein du Conseil des gouverneurs de la BCE concernant la communication à adopter dans les prochains mois. Cependant, nous continuons de penser que la BCE s’abstiendra de modifier, même d’une petite façon, sa communication aussi longtemps que possible. En outre, l’inflation dans la zone euro ayant augmenté mois vite en janvier qu’en décembre (1, 3% yoy contre 1,4%), nous pensons que l’assouplissement quantitatif devrait continuer jusqu’au mois septembre 2018, et probablement décembre. De plus, les taux ne devraient pas augmenter avant juin 2019.

Les marchés des changes à l’affût

La semaine qui commence s’annonce importante, non pas en raison de la publication d’indicateurs importants, mais en raison des nombreux discours qui seront prononcés et des votes importants qui auront lieu la semaine prochaine. Cela pourrait avoir un impact non négligeable sur les taux de change.

Baptême du feu pour M. Powell

Ce mardi, le nouveau président de la Fed fera son entrée sur la scène nationale et internationale, non pas lors d’une réunion de politique monétaire (la prochaine aura lieu le 21 mars prochain) mais à l’occasion de son allocution devant le comité des services financiers de la Chambre des Représentants américaine. Son discours devait être en ligne avec les allocutions précédentes (J. Yellen), mais il devrait suggérer 4 hausses de taux cette années, ce qui est en grande partie, mais pas totalement, déjà intégré dans les marchés.

On ne devrait donc pas voir de réaction importante du dollar, du moins si M. Powell s’en tient à un discours mesuré et entérinant les communications précédentes. Rappelons néanmoins que les premières interventions d’un nouveau président de la Fed sont toujours très attendues. Il faut en effet que la rhétorique utilisée soit comprise correctement par les marchés. Son discours n’est donc certainement pas dénué d’importance.

Un Dimanche très politique

La publication la semaine dernière du procès-verbal de la réunion de politique monétaire de la BCE a montré une certaine dissidence au sein du Governing Council à propos de l’assouplissement quantitatif. Mais malgré la réticence de certains, on ne peut pas dire que la BCE se montre très pressée à modifier son discours. Dès lors, le marché des changes ne trouvera pas, à la BCE, des raisons d’anticiper un euro plus fort. A ce titre, le discours de M. Draghi devant le parlement européen aujourd’hui ne devrait pas non plus changer la donne. Il est d’ailleurs fort possible que le sujet principal en sera la situation en Lettonie et en particulier celle du gouverneur Ilmars Rimsevics, dans la tourmente depuis l’annonce de la fermeture possible d’une banque.

Par contre, les élections italiennes qui auront lieu dimanche prochain, risquent de mettre une pression baissière sur l’euro cette semaine. A ce sujet, nous n’attendons pas un raz de marée des populistes à l’occasion de ces élections. Par contre, le résultat pourrait être très éclaté entre les différentes formations politiques, rendant difficile la formation d’un prochain gouvernement. D’un côté, le mouvement 5 étoiles, qui caracolait en tête des sondages il n’y a pas si longtemps que cela, a été pris dans plusieurs scandales politico-financiers qui l’ont affaiblit. D’un autre côté, le parti de S. Berlusconi semble prendre de plus en plus de poids. Sachant par ailleurs que le mode de scrutin est une combinaison d’élection proportionnelle et de majoritaire, il est très difficile de prédire ce que sera la configuration du parlement italien la semaine prochaine.

Il faut y ajouter que les membres du SPD, le parti social-démocrate allemand, devront ce dimanche se prononcer sur l’accord de gouvernement entre leur parti et la CDU/CSU. Les marchés sous-estiment quelque peu la probabilité d’un vote négatif. Un tel résultats, que l’on ne peut pas totalement exclure, serait dès lors un coup de tonnerre important dans le ciel politique européen. Il n’entrainera pas nécessairement de nouvelles élections. La CDU/CSU pourrait se lancer dans l’exercice, hasardeux, de mener un gouvernement minoritaire supporté, sur certains dossiers, par le SPD. Mais il est clair que la probabilité de nouvelles élections (au cours desquelles le même SPD risque de perdre beaucoup de poids) en serait relevée. Ceci entrainerait très probablement une pression baissière sur l’euro.

Quelle union douanière ?

Enfin, tant le leader de l’opposition britannique J. Corbyn que la Première ministre Th. May se prononceront cette semaine sur leur vision des relations commerciales entre le Royaume-Uni et l’Union européenne après le Brexit. Le parti travailliste reste en faveur de la négociation d’un accès au marché européen sans aucun tarif douanier (Union douanière). Th. May pourrait quant à elle se prononcer (vendredi) en faveur d’un accord de libre-échange proche de cette solution.

Ces discours ne manqueront pas d’alimenter les commentaires des uns et des autres sur le Brexit, ce qui pourrait impacter la Livre Sterling. Mais fondamentalement, il faudra attendre la réaction de la Commission à la proposition finale du Royaume-Uni avant de pouvoir donner une direction claire au GBP.