Communiqué de presse

26 avril 2018

Les ménages plus riches grâce à la reprise mais toujours aussi prudents

Les ménages plus riches grâce à la reprise mais toujours aussi prudents

Si les ménages français n’ont jamais été aussi riches, ils n’ont cependant pas moins perdu le goût du risque. C’est ce que révèle ING dans son dernier rapport sur l’évolution récente du patrimoine des ménages français qui fait le point sur leurs finances et leur comportement d’épargne.

Le patrimoine net des Français atteint un niveau encore jamais égalé et ils détiennent plus d’actifs financiers que leurs voisins allemands. Cependant, un Français sur cinq ne parvient pas à épargner. L’essentiel du patrimoine est constitué de dépôts et d’assurances-vie alors que les actifs plus risqués ne représentent qu’une petite partie du patrimoine.

• Cette structure est compatible avec les principaux motifs d’épargne des Français (précaution et vieillesse) et avec le fait que 8 Français sur dix disent ne pas faire confiance aux placements en actions.

La part des livrets d’épargne semble stable mais on constate une baisse de l’importance des placements plus risqués dans le temps au profit des assurances-vie. L’immobilier occupe toujours la place la plus importante dans le patrimoine total (55%), mais sa part a baissé depuis 2008 au profits du patrimoine financier examiné ici.

Les ménages ont épargné 100 milliards d’euros en 2016 et près de 140 sur les trois premiers trimestres de 2017. Depuis 2014, la moyenne est de 260€ par mois et par ménage. Cela dit, seuls 35% des ménages déclarent épargner plus de 200€ par mois.

Les actifs financiers des ménages français produisent également de la valeur, mais leur concentration dans des actifs sans risque fait que ces actifs produisent moins de valeur qu’autrefois (2% de rendement par an sur les 5 dernières années contre 4,2% entre 1996 et 2000).

Depuis 2009, soit les suites de l’année 2008, exceptionnelle en destruction de valeur (390 milliards de valeurs d’actifs ont été rayés du patrimoine des Français, une somme qu’il leur a fallu deux ans pour récupérer), les Français ont épargné 722 milliards d’euros, ont plutôt désinvesti les actions et les fonds de placements (-28 milliards d’euros de flux effectifs) au profit des assurances-vie (+370 milliards d’euros de flux effectifs) et des livrets d’épargne (+232 milliards d’euros).

Les ménages ont également des dettes, surtout constituées de l’encours hypothécaire des particuliers (939,6 milliards d’euros au troisième trimestre 2017). Celles-ci représentent 70% du PIB, un niveau supérieur à celui observé chez les principaux pays voisins, surtout après le désendettement rapide observé en Espagne.

• Si la crise financière a stoppé net la tendance à l’accélération de l’endettement en 2008, la baisse des taux d’intérêt et la Loi Pinel ont ramené la croissance du passif des ménages à 54 milliards en 2017, rien que pour le crédit à l’habitat.

Le patrimoine financier des Français est moins bien réparti que leurs revenus : 5% des ménages possèdent près de 40% du patrimoine et les plus riches disposent d’un patrimoine moyen 5 fois supérieur à la moyenne.

1. Composition actuelle de l’actif financier des Français

Le patrimoine financier des ménages1 français a atteint 5.233 milliards d’euros au troisième trimestre 20172 soit son plus haut niveau historique (contre 4.820 milliards un an auparavant) en hausse de 8,5% sur un an (contre 4,1 % à la même époque l’an dernier). C’est l’équivalent de 178.200 euros par ménage. Avec 1.576 milliards d’euros de dettes à leur passif, les Français disposent d’un patrimoine financier net de 3.658 milliards d’euros (ou 124.600 euros par ménage). Les Français sont donc 15% plus riches que leurs voisins allemands qui disposent d’un patrimoine financier net de 107.700€ au 3ème trimestre de 2017. A noter qu’il faut ajouter au patrimoine financier des Français leur patrimoine non financier qui est estimé pour 2016 à environ 7.500 milliards d’euros, soit 255.400€ par ménage, dont 6.880 de logements et terrains non cultivés (patrimoine immobilier).

Au troisième trimestre 2017, le patrimoine financier brut des ménages français (5.233 milliards d’euros) était pour l’essentiel constitué de dépôts (25,6%) et d’assurances vie (36,7%). Les dépôts se subdivisent en trois parts : les dépôts « plafonnés3 » (Livrets A, Livrets « développement durable et solidaire », Livrets « épargne-logement ») représentent 30% du total (390 milliards d’euros dont 244 sur les Livrets A fin 2016), les dépôts à vue (30%) et les autres dépôts d’épargne (40%).

Les actions non cotées, soit les parts détenues par les entrepreneurs dans leur propre entreprise, représentent 16% du patrimoine (leur valeur est estimée par l’INSEE en fonction des mouvements de marché et leur part dans le patrimoine est stable dans le temps). Les actifs plus risqués (actions cotées, obligations et fonds de placements) ne représentent qu’une part limitée du total du patrimoine (12%).

Il est intéressant de constater que cette structure, fortement orientée vers les produits d’épargne simples et classiques, est parfaitement confirmée par le Baromètre épargne de l’AMF4 paru en décembre dernier qui montre que les motifs d’épargne principaux touchent à l’épargne de précaution (faire face à un imprévu). Ainsi, l’enquête de l’AMF montre que c’est surtout la peur de l’imprévu qui motive 82% des épargnants (hors dépenses de santé), suivi par le risque d’éventuelles dépenses de santé (77%). Le troisième motif d’épargne le plus important concerne les dépenses prévisibles importantes (travaux ou automobiles). L’épargne en vue de la retraite et du vieillissement (perte d’autonomie) n’arrive globalement qu’en quatrième position mais concerne néanmoins deux tiers des épargnants. La France comptant près de 60%5 de propriétaires, l’épargne en vue de l’achat d’un bien ne concerne que 43% des épargnants.

Si 78% des Français déclarent épargner (près de 1 Français sur 5 serait donc dépourvu d’épargne – voir point 5), 52% d’entre eux refusent tout risque sur leurs placements quitte à endurer une rémunération faible (seuls un tiers est disposé à prendre « un peu » de risque). A la question de savoir où ils placeraient 10.000€ si on leur donnait, les carnets d’épargne et les assurances vie arrivent en effet en tête des réponses, seuls 17% choisiraient des placements financiers. La faible part occupée par les placements financiers se vérifie également dans l’enquête car même si l’épargne de long terme pourrait se matérialiser dans ce type de placements, l’enquête constate que l’immobilier et les assurances vie les devancent (voir Encadré 1).

Par rapport à cette « photographie » du patrimoine (à laquelle doivent s’ajouter un état des lieux de l’endettement – voir point 4 – et de la répartition – voir point 5), deux types d’évolutions peuvent être analysées. Premièrement les évolutions structurelles (comment la part de ces différents actifs ont évolué dans le temps – voir point 2), et deuxièmement les évolutions en volumes au sein de ces différentes catégories (livrets, assurances, placements financiers), évolutions pour lesquelles il convient de distinguer (voir point 3) les « flux effectifs » (ce qui est réellement extraits de leurs revenus par les ménages et investi ou épargné) des effets de valeur (liés aux changements de valorisation, en particulier sur les marchés financiers).

2. Modifications structurelles : diminution de la prise de risque

La structure du patrimoine financier des ménages, telle qu’elle est décrite plus haut, ne varie pas fortement d’une année à l’autre, mais n’en est pas pour autant figée dans le temps. On prendra ici trois années de référence : l’an 2000 (juste avant l’éclatement de la bulle technologique), l’année 2008 (le début de la crise financière) et la dernière année complète disponible (2016).

Premièrement, on constate que si le patrimoine des ménages (financier et non financier) est essentiellement constitué d’immobilier, cette part était encore limitée à 45% en 2000 et a atteint un pic de 60% après huit ans de hausses de prix rapides (+120% des prix en 8 ans) avant de revenir à 55% en 2016 (soit 6.880 milliards d’euros ou 183.200€ par ménage). Les 8 années de stagnation des prix de l’immobilier (-0,2% des prix par an en moyenne sur 2009-2016 – voir annexe) ont stoppé la hausse de la part du patrimoine immobilier. On peut aussi noter que 5% du patrimoine total des ménages est constitué d’autres actifs non financiers (objets de valeur, propriété intellectuelle, machines et équipements). Cette part est stable dans le temps.

Le patrimoine financier a donc vu sa part diminuer de 47% à 40% du total entre 2000 et 2016. Au sein des actifs financiers décrits au point 1, on constate que la part des livrets d’épargne est stable entre 19% et 20% entre 2006 et 2015 et a légèrement baissé en 2016 (18% – Cf. Graphique 3). Une explication peut être que les taux d’intérêt faibles ont conduit les ménages à moins différencier les livrets d’épargne et les comptes à vue dont la part dans le patrimoine financier a augmenté de 6,8% à 7,6% entre 2007 et 2016.

Le point le plus frappant du Graphique 3 est sans doute la variation importante de la part des placements dans le total. Après une stabilisation autour de 20% des actifs financiers dans les années 90, ils sont revenus à 15% après l’éclatement de la bulle technologique de 2001, ne se sont pas relevés et ont vu leur part se réduire encore à un minimum historique de 11,3% en 2011. Leur part dans le portefeuille des Français a donc baissé de moitié en vingt ans. A l’inverse, les assurances-vie ont vu leur part doubler dans le patrimoine sur la même période. On constate que la hausse est continue jusqu’à la crise financière : la part s’est stabilisée entre 2008 et 2015 avant de rebondir quelque peu en 2016. Leur réputation de placements sûrs et de long terme, accentuée par leur traitement fiscal avantageux, surtout en matières de droits de succession, en fait un des actifs favoris des Français pour préparer leur retraite, surtout sur le plan individuel. En effet, les plans d’épargne collectifs prévus par les entreprises, s’ils couvrent plusieurs millions de salariés, représentent moins de 100 milliards sur les 1.920 milliards d’assurances-vie détenus par les ménages.

 Encadré 1 – Les actions souffrent d’un déficit de confiance

Si les actualités économiques et financières prennent de la place dans les médias, il semble qu’elles ne soient destinées qu’à une minorité des Français. La faible part des actions cotées dans le total du patrimoine financier (5%) le laisse supposer. Et le baromètre de l’AMF4 le confirme: seul 1 épargnant dur 10 dit se tenir informé régulièrement de l’évolution de la bourse et 8 sur 10 ne font pas confiance aux placements en actions (y compris les fonds, même mixtes). En fait, si 56% des épargnants déclarent que les actions sont une bonne solution de diversification, plus de 65% pensent que ce n’est pas pour eux (cela nécessite du temps, des connaissances et un capital dont ils ne disposent pas).

Pourtant, les enquêtes menées par la BCE5 montrent que les Français sont en Europe les ménages qui détiennent en moyenne le plus d’actions, après les Belges (Cf. Graphique 4). Ainsi, 11,7% des Français détiennent des actions. Il en ressort donc que le portefeuille d’actions cotées est très concentré : la détention d’actions est beaucoup plus élevée chez les hauts revenus (respectivement 37,3% et 20% pour les déciles 10 et 9 de la population) que chez les bas revenus (2,5% seulement pour le premier quintile). Les hauts revenus français sont ainsi plus nombreux à posséder des actions que les hauts revenus des autres pays européens. Enfin, il semble qu’il n’y ait pas d’âge pour investir en bourse puisque les actions cotées sont présentes dans les mêmes proportions dans les tranches d’âge entre 35 et 75 ans (13%), alors que seuls 7,5% des 16-34 ans et 9,2% des 75 ans et plus possèdent des actions cotées.

Globalement, la plupart des Français ont donc peu d’appétit pour ce type d’actifs, auxquels seuls quelques-uns font confiance : et il semble que ce soit plus une question de revenus qu’une question d’âge.

Les modifications structurelles du patrimoine financier des ménages décrites au point 2 s’expliquent par deux types de mouvements décrits au point 3 : les flux effectifs d’épargne et les effets de valeurs. Par exemple, certaines années pourraient montrer des ventes nettes de placements financiers sans que la part de ceux-ci ne baissent grâce à des marchés en hausse qui ont soutenu la valeur des actifs conservés.

3. Evolutions en volumes au sein des différentes catégories

On peut déterminer un flux d’épargne effectif pour l’ensemble du patrimoine financier des ménages. C’est le pendant dans la comptabilité nationale du taux d’épargne. On constate ainsi (Graphique 5) que les ménages ont eu un flux effectif d’épargne de 100 milliards d’euros en 2016 et de près de 140 sur les trois premiers trimestres de 2017. Depuis 2014, cela représente un total de 260€ par mois et par ménage en moyenne. Pour reprendre l’enquête de l’AMF3, elle indique que 35% des ménages (qui épargnent, soit 82% des Français) épargnent plus de 200€ par mois alors que 35% épargnent moins de 100€. A cet égard, rappelons que tout le monde n’épargne pas : la même enquête montre que 18% des ménages n’épargne pratiquement jamais et que la moitié des ménages épargne occasionnellement (« dès qu’ils le peuvent ») : un tiers des ménages seulement épargne donc régulièrement.

Quoi qu’il en soit, au niveau de l’agrégat macroéconomique, cet argent épargné vient se loger dans les catégories décrites plus haut. De plus, en dehors du numéraire (pièces et billets), cet argent produit de la valeur (les intérêts perçus nets des frais pour les dépôts et certains produits d’assurance, l’augmentation des cours pour les actifs financiers). Bien entendu, moins le patrimoine est investi dans des actifs comportant des risques, moins ces effets de valeur ont des chances d’être élevés. Ces effets sont donc proportionnellement moins élevés qu’il y a 20 ans (90 milliards d’euros par an en moyenne sur les 5 dernières années, soit 2% par an contre 95 milliards entre 1996 et 2000, soit 4,2% par an en moyenne – Cf. Graphique 6).

Le Graphique 7 présente les placements effectués en assurances-vie. On constate des flux effectifs d’environ 40 milliards sur les dernières années et 2017 devrait suivre la tendance. Les effets de valeurs ont été limités sur les dernières années, sauf en 2012 où la partie obligataire des assurances-vie a connu des effets de valeur élevés pendant la crise de la dette. Pour 2016, la statistique (230 milliards d’effets de valeur) n’est pas affichée. En effet, le phénomène est dû à la revalorisation de certains actifs opérée dans le cadre des mesures des nouvelles normes Solvency II qui imposent entre autres choses aux assureurs d’estimer leurs portefeuilles obligataires au prix du marché.

L’Annexe présente les mêmes évolutions pour les obligations et les actions/fonds de placements. On y constate un désinvestissement constant du marché obligataire par les ménages français (19 milliards cumulés depuis 2013), accentué en 2015 et 2016 par des effets de valeur négatifs. Au contraire, les actions cotées et les fonds de placements, si ils ne font l’objet que d’un flux d’épargne limité, voir le plus souvent négatif, ont connu des effets de valeurs positifs : au total 130 milliards en 5 ans.

A cet égard, rappelons que l’année 2008 a marqué car elle était exceptionnelle en termes de destruction de valeur (390 milliards de valeurs d’actifs ont été rayés du patrimoine des Français, une somme qu’il leur a fallu près de deux ans pour la récupérer). On peut ainsi noter que, globalement, entre 2009 et 2016, les Français ont épargné 722 milliards d’euros, ont plutôt désinvestis les actions et fonds de placements (-28 milliards d’euros de flux effectifs) au profit des assurances-vie (+370 milliards d’euros de flux effectifs) et des livrets d’épargne (+232 milliards d’euros de flux effectifs).

4. L’endettement des ménages

Si le patrimoine financier brut était de 5.233 milliards d’euros au troisième trimestre 2017, il faut aussi compter sur un passif de 1.576 milliards. Dans ce passif, 1.140 milliards sont détenus par les particuliers et 436 par les entrepreneurs individuels. Pour les particuliers, on distinguera surtout le crédit à la consommation (165,6 milliards d’euros) et le crédit à l’habitat (939,6 milliards). En % du PIB, on constate une évolution rapide pendant les années 2000 alors que les prix de l’immobilier progressaient rapidement (10,8% par an en moyenne entre 2000 et 2007), l’endettement des ménages passant de 45% à près de 70% du PIB (Cf. Graphique 8). Ce ratio a baissé jusqu’à 65% pendant la crise financière, avant de revenir à près de 70%, un niveau supérieur à celui observé chez les principaux pays voisins, surtout après le désendettement rapide observé en Espagne.

Le stock de crédit à l’habitat au passif des particuliers évolue au rythme des nouveaux crédits. Pour obtenir la progression du passif des particuliers, il faut cependant en retirer les renégociations de crédit et les remboursements. En effet, le stock de crédit se renouvelle en moyenne tous les dix ans et les renégociations ont atteint des sommets ces dernières années avec la baisse des taux d’intérêt : depuis que la politique d’assouplissement quantitatif de la BCE a poussé les taux sur les crédits hypothécaires sous la barre des 2,5% à la fin 2014 (1,6% à l’heure actuelle), il y a eu des périodes où la moitié des nouveaux crédits étaient des crédits renégociés. En 2017, pour 272,3 milliards de nouveaux crédits hypothécaires, 112 étaient des crédits renégociés. Si on en retire les remboursements (environ 10% du stock, soit 106 milliards en 2017), on peut estimer l’encours des crédits à l’habitat à 954 milliards à la fin de l’année.

On représente ci-dessous l’évolution de la partie du passif financier des ménages liée aux crédits à l’habitat des particuliers (939,6 milliards sur 1.576 donc). Le graphique de droite réconcilie cette évolution avec les statistiques de nouveaux crédits, perturbées depuis 2014 par un important volume de renégociations, poussé par la baisse des taux.

Sur le graphique de gauche, on reprend la même évolution, sur une plus longue période et en changeant d’échelle. On constate ainsi que la crise financière a stoppé net la tendance à l’accélération de la croissance du passif des particuliers. Celle-ci est passée de 20 milliards d’euros par an au début des années 2000 à 70 milliards par an juste avant la crise. 2009 a vu une chute des transactions immobilières (-40% au premier semestre) et les nouveaux crédits ont baissé de 40% cette année-là. Cette faible production (90 milliards d’euros contre encore 134 en 2008), couplée à des remboursements largement inchangés a mené à une progression de l’endettement particulièrement faible. Le rebond qui a suivi a notamment été poussé par le « Dispositif Scellier » qui offrait de larges réductions d’impôts aux investisseurs dans de nouveaux logements. Après l’élection de François Hollande, la stagnation de l’économie, couplée aux nombreux flous juridiques entourant les réformes de la Ministre Duflot ont limité l’activité immobilière. Pendant cette période, et jusqu’à ce que le dispositif Pinel soit mis en place, le passif des ménages a augmenté à un rythme de 26 milliards par an. Le récent rebond correspond à la baisse de taux d’intérêt observée sur les marchés et qui a facilité l’accès à la propriété (d’autant que les prix de l’immobilier ont baissé de 1,6% par an en moyenne entre 2012 et 2015) et favorisé l’investissement (d’autant que le dispositif Pinel reprenait des éléments positifs du Dispositif Scellier).

La reprise économique et des taux encore bas, couplée à une forte baisse de la taxe habitation, devraient continuer soutenir une forte croissance de l’endettement. La hausse des taux d’intérêt sur le marché hypothécaire, si elle devrait survenir dès 2018, sera sans doute très progressive. Nous attendons dès lors une hausse du stock de crédit à l’habitat des particuliers de 60 milliards en 2018 et 50 en 2019, de quoi poursuivre l’augmentation du passif des ménages au-delà de 70% du PIB.

5. Répartition du patrimoine : inégalités de revenus et inégalités de richesse

L’Encadré 1 s’est penché sur la répartition du portefeuille d’actions des Français, montrant qu’il était concentré entre les mains des plus hauts revenus. Même si c’est anecdotique vu la faible part des actions dans le patrimoine total des ménages, cela pose la question de la répartition du patrimoine. En effet, si les actifs financiers dont dispose un ménage français sont en moyenne de 178.200€, cela ne veut pas dire que tout le monde est logé à la même enseigne. Les données sur la répartition du patrimoine sont d’ailleurs rares, plus que celles sur la répartition des revenus par exemple, et obtenues seulement par enquêtes, menées systématiquement par les banques centrales depuis moins de dix ans.

A cet égard, il ne faut pas confondre inégalités de revenus et inégalités de richesse. En effet, la France, grâce à son système de redistribution efficace et ses « stabilisateurs automatiques » en cas de crise (l’existence de revenus de remplacements en cas de d’absence ou de perte d’emplois), se classe parmi les pays de l’OCDE6 où les inégalités de revenus7 sont faibles (comparé à l’Italie, aux Pays-Bas ou à l’Espagne par exemple). Par contre, la distribution de la richesse8 est moins égalitaire que dans la plupart des pays (seuls l’Allemagne, l’Irlande et l’Autriche sont plus inégalitaires si on en croit les dernières enquêtes de la BCE). Ainsi, le Graphique 11 représente une mesure d’inégalité (le coefficient de Gini) des revenus et du patrimoine qui montre que la France est moins inégalitaire dans la distribution de ses revenus que dans la distribution de sa richesse. Le Graphique 12 montre ainsi que 65% des actifs sont détenus par les 20% les plus riches (en termes de patrimoine, ce qui ne veut pas dire les plus hauts revenus), un des chiffres les plus élevés de la zone euro et 39% par les 5% les plus riches. Dès lors, l’écart entre les plus riches et les plus pauvres est également important : le patrimoine moyen des 10% de Français les plus riches est 5 fois supérieur à celui du 5ème décile (le milieu de la distribution), un rapport qui n’est plus élevé qu’au Portugal, en Allemagne, en Autriche et en Irlande.

Cela ne fait pas des Français des ménages pauvres : 70% des ménages disposent d’au moins 9.000€ de patrimoine financier, ce qui est supérieur à la moyenne de la zone euro. Il semble en outre qu’il est faux de dire que les jeunes n’épargnent pas : l’enquête de l’AMF montre en effet que parmi les 50% de la population qui épargne occasionnellement, 60% sont des jeunes de 18 à 24 ans. Enfin, comme pour les actions (Cf. Encadré 1), il semble que l’âge ne soit pas un déterminant aussi essentiel de la répartition de la richesse en France que dans les autres pays. En effet, les ménages au sommet de leur carrière professionnelle (les 55-64 ans) disposent d’en moyenne 2,6 fois le patrimoine dont disposent les jeunes (les 16-34 ans), ce qui est un des écarts les plus faibles de la zone euro. On ne peut pas non plus parler de générations plus âgées moins bien dotées : les ménages de plus de 65 ans disposent en France d’un patrimoine légèrement supérieur à celui des 55-64 ans en moyenne, ce qui n’est pas le cas dans la plupart des pays où il est généralement inférieur.

                                                                              

1. De manière générale, un ménage, au sens statistique du terme, désigne l’ensemble des occupants d’un même logement sans que ces personnes soient nécessairement unies par des liens de parenté (en cas de cohabitation, par exemple).

2. Les chiffres 2016 ont déjà été consolidés par l’Insee et sont disponibles et sont disponibles sur www.insee.fr dans le compte du patrimoine des secteurs institutionnels (ici les ménages). Pour 2017, les chiffres trimestriels correspondants sont tirés de la base de données de la Banque Centrale Européenne. Cette remarque est valable pour l’ensemble du document.

3. Les plafonds de dépôts se situent en 2018 à respectivement 22.950€ pour les Livrets A (rémunérés à 0,75%), 12.000€ pour les Livrets « développement durable et solidaire » (idem), et 61.200€ pour les Livrets « épargne-logement » (rémunérés à 1%).

4. Autorité des Marchés Financiers – Baromètre épargne (Décembre 2017)

5. Household Finance and Consumption Survey (Banque Centrale Européenne), disponible en cliquant sur ce lien

6. Pour une étude complète d’ING à ce sujet, le lecteur peut se référer au communiqué suivant : info.ing.fr/comment-ont-evolue-les-inegalites-de-revenus/

7. Les revenus sont définis comme les revenus disponibles d’un ménage (foyer fiscal) sur un an. Cela comprend, les salaires, les revenus des indépendants, les revenus de remplacement et les revenus du capital, calculé après impôts.

8. La BCE prend ici non seulement la richesse financière mais aussi le patrimoine immobilier, les véhicules et les objets de valeurs, obtenus par enquête5.

                                                                              

Annexe : Données complémentaires

Obligations et fonds d’investissements + action cotées – Evolutions en « flux effectifs » et « effets de valeur » (milliards d’euros courants)

Evolution des prix de l’immobilier résidentiel en France métropolitaine et comparaison internationale