La morosité semble s'estomper

La morosité semble s’estomper

États-Unis – Des données volatiles

Aux Etats-Unis, l’indice ISM du secteur manufacturier a augmenté plus que prévu au mois de mars à 55,3 (contre 54,2 en février, ce qui était son plus bas niveau en deux ans). Les détails indiquent une amélioration décente de la production, des nouvelles commandes et de l’indicateur de l’emploi. Par ailleurs, le secteur de la construction a bien commencé l’année, avec une hausse de la production de 2,5% mom en janvier et 1% mom en février. Dans les même temps, les chiffres des ventes au détail pour février ont été décevants, avec une chute de 0,2% sur un mois, même si des révisions à la hausse de l’historique ont été notées. En outre, le marché de l’emploi se porte toujours relativement bien, avec une hausse de l’emploi de 196 000 en mars, soit plus qu’attendu. Par ailleurs, la croissance des salaires a légèrement reculé, passant de 3,4% à 3,2% en glissement annuel, mais le taux de chômage reste proche des niveaux les plus bas des 50 dernières années, à 3,8%. Toutes ensembles, ces données sont plutôt volatiles, ce qui est habituel d’une économie en fin de cycle. Cela justifie aussi pleinement la position «patiente» de la Réserve fédérale en matière de politique monétaire. Notre position reste que, si l’économie fait face à plus de vents contraires cette année, il y a des raisons d’être optimiste, notamment concernant les solides fondamentaux des ménages. Bien que nous estimions que la Fed n’augmentera pas les taux cette année, nous ne prévoyons pas non plus de baisse de taux.

Zone euro – Le secteur manufacturier est toujours à la peine

En zone euro, l’indice PMI des services à finalement rebondi au mois de mars à 53,3 contre 52,8 au mois de février. En outre, les ventes au détail ont augmenté plus fortement que prévu de 2,8% en glissement annuel. Cela devrait permettre une croissance de la consommation satisfaisante au Q1, surtout que la confiance des consommateurs est à la hausse et que la croissance des salaires réels s’améliore. De ces chiffres, on peut à nouveau conclure que le secteur des services maintient l’économie de la zone euro à flot en cette période d’incertitude pour le secteur manufacturier.

En Allemagne, le secteur industriel continue d’inquiéter. Si la production industrielle a augmenté de 0,7% mom en février, après une révision à la hausse du niveau de janvier, suite à une augmentation de la production dans le secteur de la construction. L’activité a par contre diminué dans le secteur manufacturier. De plus, les nouvelles commandes industrielles, un indicateur avancé, ont diminué fortement et beaucoup plus qu’attendu, de 4,2% mom en février, après une chute de 2,1% en janvier. C’est principalement dû à une baisse des nouvelles commandes en provenance de pays non membres de la zone euro, reflétant probablement les déboires du Brexit et la persistance des incertitudes mondiales. L’industrie allemande reste un sujet de préoccupation international. En fait, ce qui semblait être le premier résultat d’une série de facteurs exceptionnels négatifs a soudainement pris la tournure d’un effondrement industriel. Dans le même temps, la partie intérieure de l’économie reste forte.

Royaume-Uni – Brexit, la saga qui n’en finit pas

Par ailleurs, au Royaume-Uni, l’indice PMI des services a diminué en mars à 48,9, contre 51,3 en février. Cela suggère que l’économie s’est contractée en mars et que le Q1 pourrait connaître une croissance nulle, principalement à cause de l’incertitude liée au Brexit. A ce propos, Th. May travaille désormais avec J. Corbyn pour tenter de trouver une solution et elle a de nouveau demandé une extension du report de la date du Brexit au mois de juin. Th. May serait même prête à organiser des élections européennes. Donald Tusk serait lui sur le point de proposer formellement une extension flexible d’une durée maximale de douze mois, qui pourrait s’arrêter dès que l’accord sera ratifié. Il faudra maintenant surveiller ce qu’il se passe au Conseil Européen de cette semaine. Il semble donc que tout sera fait pour éviter un Brexit sans accord, même si cela implique de prolonger encore la période d’incertitude.

La morosité semble s’estomper

La morosité régnait sur les marchés depuis quelques mois, reflétant les tensions commerciales, les données sur l’activité en baisse et les conflits politiques. Pourtant, il semble désormais que la situation commence peut-être déjà à s’améliorer, avec les progrès des négociations commerciales américano-chinois et les signes provisoires d’activité plus forte des principales économies. Néanmoins, la politique n’est jamais bien loin, les élections législatives européennes et le Brexit créant une incertitude. Nous attendons également la décision du président Trump sur d’éventuels tarifs à l’importation sur les automobiles européennes. Même si nous devenons un peu plus optimistes, la prudence reste de mise.

Aux Etats-Unis, la courbe des taux s’est inversée dernièrement, ce qui signifie que les taux d’intérêt sur les bonds d’état à trois mois ont été supérieurs aux rendements obligataires à 10 ans, avant de retrouver une pente positive. Une inversion de la courbe des taux étant considérée comme un indicateur qui annonce une récession, les craintes ont augmenté. En outre, la FED a revu à la baisse ses prévisions de taux directeurs et ne prévoit désormais plus du tout de hausse de taux en 2019 (et une en 2020), alors qu’elle en prévoyait encore deux hausses en 2019 lors de sa réunion de décembre. Les marchés financiers eux anticipent maintenant carrément une baisse des taux directeurs de la FED. Ces deux éléments reflètent des données nationales mitigées et des inquiétudes quant à la demande chinoise et asiatique. Cependant, nous sommes plus optimistes et nous pensons qu’il y a des signes évidents que la croissance du PIB au T1 pourrait être considérablement plus forte que ce qu’on craignait initialement, alors que la vigueur du marché du travail devrait continuer à booster le moral des consommateurs et leurs dépenses. Nous pensons également que la courbe de rendement n’est pas un prédicteur de récession aussi puissant que par le passé, étant donné l’effet de distorsion du programme d’assouplissement quantitatif sur les rendements. En conséquence, nous tablons sur une croissance du PIB américain de 2,3% cette année, et de 1,8% en 2020. Dans un tel environnement, la FED devrait maintenir sa politique monétaire inchangée cette année et l’année prochaine. Toutefois, un résultat positif des négociations commerciales est essentiel pour maintenir les perspectives économiques à long terme. Le protectionnisme menace les chaînes d’approvisionnement, entraînant des coûts plus élevés pour les entreprises et les consommateurs, tout en sapant la confiance. Si un accord pouvait être conclu avec la Chine, cela donnerait une impulsion majeure à l’environnement économique mondial et américain.

En zone euro, le premier trimestre n’a guère été marqué par une accélération de la croissance. Bien que les indicateurs économiques aient été équivoques ces derniers temps, nous voyons suffisamment de raisons de nous attendre à un deuxième trimestre plus fort, à moins d’un choc soudain sur l’économie. La demande intérieure est toujours soutenue par la croissance de l’emploi et par la légère tendance à la hausse des salaires, qui poussent les consommateurs à se montrer plutôt optimistes. Dans le même temps, la politique budgétaire est légèrement plus expansionniste cette année par rapport aux années précédentes. Nous continuons de prévoir une accélération de la croissance au deuxième trimestre, ce qui donnerait 1,2% pour l’ensemble de l’année. Pour l’année prochaine, nous prévoyons actuellement le même taux de croissance, ce qui est nettement inférieur aux prévisions de la BCE pour 2020 (croissance de 1,6% du PIB). Les risques demeurent orientés à la baisse. Par exemple, si un dur Brexit devait se concrétiser au cours des prochaines semaines, nous pourrions oublier une reprise de la croissance. Il semble fort probable qu’un dur Brexit entraînerait une forte distorsion des flux commerciaux et des chaînes de valeur internationales. En fonction des marchés financiers et de l’impact de la confiance, la croissance annuelle du PIB pourrait être réduite de 0,3 point de pourcentage dans le cas d’un « no deal ». L’Italie, toujours en récession, continue également d’inquiéter. Par ailleurs, l’inflation surprend toujours à la baisse, justifiant la poursuite des mesures de relance monétaire. Il n’est plus question d’une hausse de taux en 2019 par la BCE et la discussion autour de la politique monétaire commence même maintenant à se concentrer sur la question de savoir si la BCE disposera encore d’instruments dans le cas où la croissance ralentirait davantage. La BCE prépare déjà un nouveau programme de TLTRO, afin de maintenir les coûts de financement bas dans la zone euro. Certains commentaires de Mario Draghi laissent entendre que la BCE réfléchit à la possibilité d’un système à deux niveaux pour l’excès de liquidité, qui neutraliserait une partie des effets secondaires de la politique de taux d’intérêt négatifs. Cependant, nous pensons que ce système ne sera mis en place que si une réduction supplémentaire des taux était envisagée.

Concernant le Royaume-Uni, personne ne sait avec certitude où le Brexit nous mènera dans les prochains jours, mais on parle de plus en plus d’une prolongation de la période de l’article 50. Cela continuerait à faire pression sur les investissements, non seulement à cause de l’incertitude, mais aussi parce que les entreprises pourraient devoir relancer leur planification d’urgence. Les chances d’une hausse des taux par la Banque d’Angleterre en 2019 sont en train de disparaître, mais nous n’excluons pas totalement cette possibilité si un accord sur le Brexit pouvait être approuvé par les députés assez rapidement.

En Chine, les mesures de relance budgétaire ont commencé à fonctionner et l’indice PMI manufacturier a montré une activité en expansion en mars. Nous pensons que c’est en grande partie grâce aux mesures fiscales prises au cours des derniers mois. Un soutien continu de la part de la politique budgétaire sera probablement nécessaire pour maintenir l’activité chinoise, et ce même si un accord commercial avec les États-Unis est conclu.

Au Japon, l’économie continue de décevoir à la fois sur la croissance et sur l’inflation, bien que cette dernière pose peu de problèmes, à part pour la Banque du Japon. Dans ce cadre, le débat sur la logique du maintien des taux négatifs et de l’assouplissement monétaire commence à prendre de l’ampleur. Nous prévoyons une croissance japonaise faible en 2019, de 0,1% sur l’année, avant une reprise de la croissance en 2020.

Du côté des taux de changes, l’EUR/USD est toujours pénalisé par de mauvaises perspectives de croissance pour la zone euro et par des taux d’intérêt extrêmement bas en Europe. À moins que la croissance de la zone euro ne puisse entraîner une réévaluation des actions européennes ou que les écarts de taux de la dette à long terme se modifient considérablement par rapport au dollar, il est difficile de voir l’EUR / USD sortir d’une fourchette de 1,10-15 dans les 3 à 6 prochains mois. Nous abaissons donc nos prévisions de fin 2019 et 2020 à 1,18 et 1,25 respectivement.