Pessimisme exagéré

Pessimisme exagéré

Etats-Unis – Tout commence mal…et finit bien

Une chose est claire : le doute s’est emparé des marchés quant à l’état de santé de l’économie américaine. Il faut avouer que les données économiques donne des signaux contradictoires. D’un côté, les indices ISM montrent une économie en ralentissement : l’indice ISM du secteur manufacturier est passé de 59,3 en novembre à 54,1 en décembre. La composante liée aux nouvelles commandes a particulièrement souffert, perdant plus de 10 points ! Dans un contexte de shutdown des administrations, en raison du conflit qui oppose le président Trump au Congrès au sujet du financement du mur à la frontière mexicaine, et de guerre commerciale contre la Chine, il n’en fallait pas plus pour faire douter les marchés.

D’un autre côté, la publication plus tard dans la semaine des chiffres de l’emploi américain en décembre a redonné le moral aux investisseurs : avec pas moins de 312.000 créations nettes d’emplois en décembre, le marché du travail américain a très bien terminé l’année. Certes, le taux de chômage est remonté de 3,7% à 3,9% (selon l’enquête auprès des ménages), mais il reste historiquement bas. On notera, et c’est important du point de vue de la politique monétaire, que les salaires ont progressé de 3,2% sur un an (3,1% en novembre).

Dans ce contexte, la politique monétaire de la Fed reste incertaine. La Fed continue de penser que des hausses de taux sont possible en 2019, même si ses membres se montrent un peu moins agressifs sur la question. Le marché doute par contre de plus en plus. Notre scénario table toujours sur deux hausses cette année.

Zone Euro – Dans l’attente d’un signal clair

On avait déjà signalé dans une précédente édition que les indicateurs PMI se sont repliés en décembre, à des niveaux proches de la stagnation de l’activité. La publication des chiffres définitifs n’a fait que confirmer ces mauvaises nouvelles. Par ailleurs, on a appris que la masse monétaire M3 a décéléré en novembre, ne progressant que de 3,7% sur un an (3,9% en octobre). Ceci laisse penser que l’activité économique progresse lentement et/ou que les prix progressent peu. C’est en tout cas le cas pour les prix à la consommation, puisque l’inflation s’est limitée à 1,6% en décembre (1,9% en novembre).

Reste du monde : Un remake de 2016 ?

Dans le reste du monde, on notera notamment la publication de mauvais indicateurs PMI en Chine pour le mois de décembre. L’indice composite est passé de 52,9 à 52,6, mais surtout, l’indice du secteur manufacturier est tombé sous la barre des 50 points. Il semble donc que la guerre commercial contre les Etats-Unis commence à se faire sentir, ce qui devrait pousser les deux protagonistes à dialoguer. En réaction à ce ralentissement, les autorités chinoises ont également décidé d’abaisser le coefficient de réserve de certaines banques, de manière à inciter le crédit à l’économie. Cet instrument a fait ses preuves par le passé pour relancer l’économie (notamment en 2016), mais a le gros défaut d’augmenter un peu plus l’endettement interne de l’économie.

Au Royaume-Uni, c’est toujours la question du Brexit qui domine l’actualité. Le vote crucial du parlement britannique doit intervenir la semaine prochaine. Th. May devrait d’ici-là encore donner des précisions au parlement sur certains points de l’accord négocié. Si le vote est approuvé, cela donnera une vision claire pour les prochains mois. S’il est rejeté (et ce risque demeure très élevé), on saute dans l’inconnue. Tout dépendra de l’attitude de Th. May qui soit cherchera à jouer les prolongations, soit jettera l’éponge ce qui mènera probablement à de nouvelles élections ou, dans un cas extrême, à un nouveau referendum similaire à celui de 2016. Mais cette option garde malgré tout une très faible probabilité.

Pessimisme exagéré

2019 commence mal. Il y a de plus en plus de signes de ralentissement de l’économie mondiale, ce qui alimente la fuite vers la sécurité sur les marchés financiers. Ceci étant, bien que la croissance ralentisse, la morosité est, à notre avis, un peu exagérée.

L’économie américaine s’est bien comportée en 2018, mais des signes de ralentissement de la croissance apparaissent, notamment sur le marché immobilier dans les dépenses d’investissement. Les tensions politiques restent fortes et le président Trump est très critique à l’égard de la politique monétaire de la Réserve fédérale, alors que la fermeture (partielle) actuelle des services gouvernementaux pourrait laisser présager de nouvelles perturbations maintenant que la nouvelle Chambre des Représentants sous contrôle démocrate a prêté serment.

Mais il y a aussi beaucoup de sons positifs. Le marché de l’emploi étant tendu, les employés ressentent enfin la reprise sous la forme de salaires plus élevés et de régimes d’avantages sociaux plus généreux. La baisse des coûts de l’énergie est également positive pour les consommateurs, tandis que le cessez-le-feu des tensions entre les États-Unis et la Chine offre une marge de manoeuvre pour les entreprises. Alors que l’inflation sous-jacente continue d’augmenter, la Réserve fédérale peut encore relever ses taux d’intérêt, même si les relèvements seront plus modestes qu’en 2018. Nous prévoyons deux hausses de taux d’intérêt de 25 points de base en 2019.

Les données économiques de la zone euro continuent de décevoir. Entre autres choses, le ralentissement des marchés émergents affecte l’économie de la zone euro. Bien que le contentieux concernant la politique budgétaire de l’Italie ait été résolu, les guerres commerciales et le Brexit continuent de poser des risques importants pour la croissance de la zone euro. Nous estimons que les perspectives de croissance et d’inflation de la BCE sont trop optimistes et que, par conséquent, les possibilités de relever les taux d’intérêt semblent très limitées.

Moins de trois mois avant que le Royaume-Uni ne quitte l’UE, l’économie britannique commence à stagner. Entre-temps, la Première ministre Theresa May se prépare pour le vote de son accord avec l’Union européenne au Parlement qui aura lieu à la mi-janvier. On s’attend à ce que l’accord ne soit pas approuvé, ce qui augmente les chances d’un deuxième référendum ou de l’adoption de ce que l’on appelle l’option «Norvège». Personne ne sait vraiment quelle option aura le dessus, mais un report du Brexit semble très probable.

La situation de l’économie chinoise se dégrade, comme le montrent les enquêtes auprès des entreprises. Une nouvelle impulsion devrait néanmoins intervenir rapidement afin de contrer le risque d’augmentation du chômage. La banque centrale utilisera notamment son nouvel outil, le mécanisme de financement ciblé à moyen terme (TMLF), pour fournir des bouées de sauvetage aux entreprises privées et aux petites entreprises.

L’économie japonaise a été durement touchée par les intempéries de ces derniers mois. Pour le moment, toutefois, nous assistons à une reprise partielle. Bien que l’inflation reste en deçà des attentes, la rhétorique de la Banque du Japon maintient les rendements obligataires sous contrôle, mais modérer l’appréciation du yen semble être l’objectif réel.

La baisse récente des rendements obligataires devrait se poursuivre, compte tenu des préoccupations politiques. À moyen terme toutefois, nous prévoyons une nouvelle hausse des taux longs américains en raison des préoccupations liées à l’inflation sous-jacente américaine et à l’augmentation des émissions de dette publique américaine.