Le pire est-il passé ?

Le pire est-il passé ?

États-Unis – Premier trimestre plus faible, mais ceci devrait être temporaire

Aux États-Unis, la production industrielle a augmenté de 0,1% en glissement mensuel en février, après un repli plus marqué de 0,4% en janvier. Le taux d’utilisation des capacités de l’industrie a légèrement diminué, passant de 78,3% en janvier à 78,2%. Ce taux recule depuis décembre 2018 déjà, mais reste à un niveau historiquement élevé. Globalement, ces chiffres suggèrent un ralentissement de la croissance au premier trimestre. Nous nous attendons cependant à ce que l’économie américaine se redresse par la suite, étant donné que le ‘shutdown’ gouvernemental a pris fin et que la Fed a temporairement interrompu ses relèvements des taux. Pour le consommateur, la situation demeure également bonne. L’indicateur de la confiance des consommateurs de l’Université du Michigan s’est nettement redressé en mars, passant de 95,5 en février à 97,8. Mercredi, la Fed se réunit à nouveau. Nous prévoyons un taux directeur inchangé à 2,25%-2,50%.

Zone euro – Production industrielle dépassant les attentes

Après quelques mois de faible production industrielle, la production a rebondi en janvier : elle a augmenté de 1,4% en glissement mensuel, dépassant ainsi les attentes. Par rapport à l’année passée, la production s’est toutefois repliée de 1,1%, mais ceci est nettement mieux que le recul de 4,2% enregistré en décembre. La production s’est redressée en Espagne, en France, en Italie et aux Pays-Bas. Seule l’Allemagne a enregistré une détérioration, mais les chiffres de décembre été largement revus à la hausse (de -0,4% en glissement mensuel à +0,8%).

Globalement, l’espoir d’un redressement de la production industrielle après la disparition des facteurs négatifs temporaires reste intact (voir aussi topic). Ceci est cependant loin d’être certain compte tenu de l’incertitude entourant le Brexit et de la possibilité de droits de douane américains sur les importations de voitures et de pièces détachées.

Royaume-Uni – Brexit, Brexit, Brexit

La semaine passée, le parlement britannique a dû faire des heures supplémentaires. De nombreux votes sur le Brexit ont eu lieu : (i) l’accord remanié entre le Royaume-Uni et l’Union européenne a été rejeté, (ii) le parlement a voté contre un Brexit sans accord (no-deal) et (iii) a aussi voté pour un report du Brexit. Ceci implique que le plan de Theresa May se trouve toujours sur la table. Si celui-ci peut encore être approuvé avant le 20 mars, le Brexit sera reporté jusqu’au 30 juin. Si son plan n’est pas approuvé, le report sera plus long. Ceci constitue une menace pour les conservateurs eurosceptiques. Il se pourrait en effet que le parlement opte finalement pour un Brexit plus ‘doux’ que ce que May propose actuellement ou qu’un nouveau référendum soit organisé. Le mardi 19 mars, un nouveau vote sur le plan de May aura lieu. Le graphique ci-dessous présente les principales dates pour le processus du Brexit :


 

Le pire est-il passé ?

En 2018, de nombreux éléments ont poussé au ralentissement de la croissance mondiale. Pour 2019, l’incertitude entourant plusieurs éléments tempère les attentes. Néanmoins, la probabilité d’une croissance dépassant les prévisions actuelles semble augmenter et on observe même plusieurs signes étayant cette thèse.

Le ralentissement actuel de la croissance économique mondiale faisait partie de nos attentes depuis quelques temps. Les indicateurs avancés de l’OCDE (graphique 1), qui essaient de prévoir les tournants de la conjoncture, vont également dans ce sens depuis un certain temps. Par exemple, l’indicateur pour la zone euro s’est renversé fin 2017 et les chiffres de la croissance ont effectivement ralenti en 2018.

Les raisons du ralentissement de la croissance mondiale en 2018 sont multiples. Il y a bien sûr la guerre commerciale, qui a également eu un impact clairement négatif sur la confiance et sur la croissance des exportations. La décélération de la croissance du crédit en Chine a également eu un effet néfaste. Aux États-Unis, l’effet des stimulants fiscaux s’est estompé et la hausse des taux a commencé à faire mal, surtout sur le marché immobilier. Au niveau de la zone euro, les tensions politiques en Italie et les problèmes de production dans le secteur automobile allemand ont joué les trouble-fête. À la fin de l’année, la forte hausse des prix pétroliers a en outre eu des répercussions. En Allemagne, le faible niveau de l’eau sur le Rhin a perturbé l’approvisionnement et, par conséquent, l’activité économique.


 

Pour 2019, nous n’observons à première vue pas de véritable amélioration des indicateurs avancés. Ceci est principalement imputable à l’incertitude qui joue sur plusieurs fronts. Il n’y a toujours pas de clarté en ce qui concerne le Brexit, ce qui a surtout un impact sur l’économie européenne. L’introduction de droits de douane américains sur les importations de voitures et de pièces détachées reste en outre une éventualité qui aurait des graves répercussions sur le secteur automobile européen. Par ailleurs, le risque d’une poursuite de l’escalade de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a diminué à court terme, mais il semble que ce thème restera présent à moyen terme. En outre, l’incertitude relative à l’efficacité des stimulants fiscaux de la Chine pèse également sur les attentes de croissance.

Nous nous attendons à ce qu’en 2019, l’activité économique ralentisse tant aux États- Unis, que dans la zone euro et en Chine. Globalement, les chiffres de croissance sont toutefois plutôt satisfaisants. Aux États-Unis, l’économie devrait croître de 2,5%, contre 2,9% en 2018. Dans la zone euro, nous prévoyons une croissance de 1,2%, après 1,9% en 2018. En ce qui concerne la Chine, la croissance devrait, selon nous, se redresser à partir du second semestre de l’année dans le sillage des mesures de stimulation. Pour l’ensemble de l’année 2019, nous nous attendons à une croissance de 6,3%, contre 6,6% en 2018.

Il y a néanmoins aussi des développements positifs sur le plan conjoncturel. Les indices Harpex et Baltic Dry se sont ainsi redressés, ce qui signifie que le commerce international connaît une amélioration (graphiques 2 et 3). La fermeture de certains services publics américains a également pris fin, tandis que la Fed a décidé de mettre temporairement ses plans de normalisation des taux au placard. La situation du consommateur américain reste aussi très favorable, avec un taux de chômage historiquement faible et une accélération de la croissance salariale. En ce qui concerne l’Europe, les problèmes au niveau de la production automobile allemande se sont avérés temporaires et les problèmes liés au niveau de l’eau ont disparu (graphique 4). Le transport de marchandises par route continue à se redresser en Allemagne, ce qui suggère une hausse de l’activité économique (graphique 5). Enfin, les données les plus récentes de l’activité en Chine montrent que les mesures de stimulation portent déjà des fruits. En janvier, les investissements en capital fixe ont ainsi augmenté de 6,1% en glissement annuel, soit 0,2 point de pourcentage plus rapidement qu’en décembre 2018. Les investissements en infrastructure se redressent également.

Et si les risques qui tempèrent actuellement les attentes de croissance disparaissent, la croissance pourrait même surprendre à la hausse en 2019. Imaginons qu’un accord à long terme soit conclu entre les États-Unis et ses principaux partenaires commerciaux, que l’incertitude entourant le Brexit disparaisse et que les mesures de stimulation de la Chine fonctionnent. Dans ce cas, nous devrons peut-être revoir nos attentes de croissance à la hausse.