Point mensuel sur l'économie: des ratés temporaires

Point mensuel sur l’économie: des ratés temporaires

Etats-Unis – Iran et inflation

La croissance des prix à la consommation aux Etats-Unis a légèrement augmenté en avril pour atteindre 2.5% contre 2.4% le mois précédent, ce qui représente la plus forte inflation depuis 6 ans. L’inflation sous-jacente est quant à elle restée stable à 2.1%, suite à une baisse du prix des voitures et de billets d’avion. Les deux mesures de la croissance des prix sont donc au-dessus de la cible de 2% de la Réserve fédérale américaine. Etant donné la hausse des prix de l’énergie et des importations, nous estimons que l’IPC s’approchera de 3% et que l’inflation sous-jacente atteindra 2.5% d’ici l’été. Nous attendons trois nouvelles hausses des taux d’intérêt de la part de la Fed cette année, avec une hausse chaque trimestre et nous prévoyons que les taux des bons du Trésor américain à 10 ans évolueront dans une fourchette entre 3.25 et 3.50% au deuxième trimestre 2018. De plus, selon l’estimation préliminaire de l’indice de l’Université de Michigan, la confiance des consommateurs est restée inchangée en mai par rapport à avril, à 98.8. D’autre part, Donald Trump a annoncé la semaine passée que les Etats-Unis se retiraient de l’accord nucléaire iranien et que les sanctions contre l’Iran seront réinstaurées. Cela a poussé à la hausse les prix du pétrole. En outre, cette décision pourrait être dommageable pour les entreprises européennes qui font du commerce avec l’Iran car elles pourraient se voir sanctionnées et perdre l’accès au marché américain.

Zone euro – Croissance en Allemagne et possible gouvernement en Italie

En Allemagne, la croissance du premier trimestre s’est établie à 0.3% en rythme trimestriel, contre 0,6% en glissement trimestriel au dernier trimestre de 2017. En glissement annuel, le PIB a augmenté de 1.6%, contre 2.3% en fin d’année 2017. Cette diminution du rythme de la croissance était attendue. Néanmoins, bien que des incertitudes et des risques demeurent – principalement dus à une possible escalade des tensions commerciales actuelles – il n’y a guère de raison de douter de la force sous-jacente de l’économie. Nous estimons que l’Allemagne devrait continuer à bien performer en 2018, bien qu’à un rythme moindre qu’en 2017. Nous prévoyons une croissance de 2.2% en 2018. En Italie, le mouvement Five Star (M5S) de Luigi Di Maio, anti-establishment, et la Ligue de Matteo Salvini, parti d’extrême-droite anti-immigrés, auraient trouvé un accord pour former un gouvernement et sur le nom du Premier ministre. Ils ont néanmoins demandé quelques jours supplémentaires au Président Mattarella avant de lui présenter le programme. Le Président devra ensuite valider l’accord de gouvernement des deux partis eurosceptiques et antisystèmes. Celui-ci a insisté sur le respect des règles européennes. Le possible nouveau gouvernement fait donc face à beaucoup de contraintes et aurait une marge de manoeuvre limitée.

Royaume-Uni – Politique monétaire inchangée

Au Royaume-Unis, la Banque d’Angleterre (BoE) a décidé de maintenir son principal taux d’intérêt directeur inchangé, à 0.5%. Etant donné le faible chiffre de croissance pour le premier trimestre 2018 (0.1% qoq), cette décision était attendue. Néanmoins, dans son communiqué, la BoE a insisté sur le fait que, selon elle, la croissance faible se révélera temporaire et que l’estimation initiale du PIB au premier trimestre a probablement été fortement sous-estimée. Elle reste optimiste sur les perspectives de croissance des salaires et estime toujours qu’un resserrement «continu» serait «approprié», même si les risques ont augmenté, parmi lesquels la faiblesse de la consommation et le Brexit. Nous prévoyons une hausse des taux par la BoE au mois d’août.

Point mensuel sur l’économie : Des ratés temporaires

En 2017, l’activité économique nous a réservé de nombreuses surprises positives, ce qui a probablement entraîné un optimisme excessif pour 2018. L’escalade des tensions au niveau du commerce international n’est par ailleurs certainement pas bénéfique. Jusqu’à présent, la Chine et l’Europe n’ont pas donné suite à la volonté des États-Unis de réduire le déficit commercial américain. Les prochaines semaines seront cruciales, car les échéances approchent (22 mai pour la Chine et 1er juin pour l’Europe). Par la suite, il est possible que des droits de douane soient introduits sur les importations américaines. Les marchés espèrent que le comportement affiché par Trump dans le passé se répétera, c’est-à-dire qu’après avoir formulé des exigences strictes, il fera des concessions.

Au premier trimestre de 2018, l’économie américaine a affiché une croissance légèrement inférieure aux attentes, mais en dépit du bruit de fond politique, la dynamique positive demeure intacte. La croissance est soutenue par les baisses d’impôts, la vigueur du marché du travail et une hausse des salaires. Même si le dollar s’est apprécié, il reste en outre compétitif, de sorte que les exportations se portent bien dans un contexte de demande élevée de l’étranger. Pourtant, le déficit budgétaire et la hausse de l’inflation, qui devraient selon nous faire augmenter les taux à long terme des obligations d’État américaines, préoccupent.

Les tensions au niveau du commerce international pourraient s’intensifier au cours des prochains mois si l’Europe et la Chine ne donnent pas suite à l’exigence de réduction du déficit commercial américain. Cette stratégie osée de Trump fait augmenter sa popularité, mais n’aide pas les Républicains pour les élections de mi-mandat de novembre. Une défaite limiterait fortement les ambitions de Trump durant la seconde moitié de son mandat.

Le ralentissement a été plus marqué dans la zone euro qu’aux États-Unis, mais la grande différence se situe au niveau de l’inflation. Au lieu d’augmenter, cette dernière a en effet diminué à nouveau en Europe, ce qui a conduit les marchés financiers à revoir leurs perspectives pour la politique monétaire. Notre prévision pour le premier relèvement des taux par la BCE a été modifiée et est reporté à septembre 2019.

Après le mauvais premier trimestre de l’économie britannique, la Banque d’Angleterre a de nouveau abandonné son intention de resserrer sa politique monétaire. Les éventuelles détériorations dans les secteurs axés sur la consommation doivent être suivies de près. Si la situation devait ne pas continuer à se dégrader, nous sommes toutefois d’avis que les marchés sous-estiment la probabilité d’un relèvement des taux en août. La croissance salariale pourrait en effet se redresser.

Un éventuel échec des négociations sur le commerce augmenterait l’incertitude relative à la production chinoise. Nous nous attendons par conséquent à une appréciation plus lente du yuan. Nous ne modifions cependant pas notre prévision de croissance, étant donné que les investissements dans les secteurs liés au programme “Made in China 2025” devraient, selon nous, compenser les pertes potentielle au niveau des exportations nettes.

Au Japon, la croissance pourrait se redresser après un début d’année morose. Un resserrement de la politique monétaire est toutefois improbable, étant donné que les chiffres de l’inflation ne se rapprochent pas assez rapidement de l’objectif de 2% de la Banque du Japon. Le risque est que la stimulation budgétaire diminue et que ceci oblige la BoJ à assouplir sa politique monétaire.

La corrélation classique entre le dollar et les différentiels de taux a fait sa réapparition durant le mois écoulé. À court terme, nous ne pouvons pas exclure un taux de change EUR/USD de 1,15-1,17, mais il sera plus difficile de maintenir ce niveau.