Politique monétaire aux Etats-Unis

Politique monétaire aux Etats-Unis

L’ING Eco, votre rendez-vous hebdo, vous propose un résumé des dernières actualités macroéconomiques, grâce aux experts d’ING Belgique.

États-Unis – Guerre commerciale sino-américaine

Donald Trump a annoncé que l’Union Européenne et 6 autres pays (Canada, Mexique, Australie, Argentine, Brésil et Corée du Sud) seront exemptés des droits de douane américains de 25% sur l’acier et de 10% sur l’aluminium, tant que les négociations sont en cours, avec comme date limite le 1er mai. En outre, il a décidé de mettre en place des droits de douane supplémentaires pour 50 milliards de dollars sur des produits chinois. La liste des produits n’est pas encore connue, mais il s’agira probablement de cibler les secteurs où les Etats-Unis accusent la Chine d’avoir enfreint les droits de propriété intellectuelle. La Chine a déjà annoncé qu’elle allait rétorquer, en imposant également des droits de douane supplémentaires sur une série de produits. La crainte d’une guerre commerciale entre les deux économies est donc plus que jamais présente. D’autre part, lors de sa réunion de politique monétaire du 21 mars, la Reserve fédérale américaine (FED) a relevé ses taux de 25 points de base comme prévu, pour atteindre la fourchette cible de 1.5%-1.75% (voir topic).

Zone euro – Perspectives moins positives pour les prochains trimestres

En mars, pour la deuxième fois d’affilée, les indices PMI de la zone euro ont diminués plus fortement que prévu (à 55.3 contre 57.1 en janvier pour l’indice composite), indiquant une baisse de confiance des directeurs d’achat. La confiance des consommateurs est en outre restée stable en mars par rapport à février. De plus, en Allemagne, l’indice Ifo sur le climat des affaires a chuté à 114.7 contre 115.4 en février, suite à une baisse de la composante prévision de l’indicateur qui est liée aux craintes du protectionnisme américain, et ce malgré que l’évaluation de la situation actuelle soit toujours très positive. Toujours en Allemagne, l’indice ZEW portant sur le moral des investisseurs est également en forte diminution, à 5.1 en mars contre 17.8 en février. Tous ensembles ces indicateurs mettent en avant que les perspectives de la zone euro sont bonnes à court terme, et qu’une forte croissance économique devrait rester d’actualité pour les prochains mois. Néanmoins, à plus long terme, les risques ont augmenté et une modération de la croissance du PIB au cours des prochains trimestres devient plus réaliste.

Royaume-Unis – Transition post-Brexit et politique monétaire inchangée

Lundi, les négociateurs du Royaume Unis et de l’Union Européenne sont finalement parvenus à un accord sur une période de transition post-Brexit, de la fin mars 2019 (lorsque le Royaume-Uni quittera officiellement l’UE) jusqu’en décembre 2020. Bien qu’ils se soient accordés sur les droits des citoyens qui arrivent au Royaume-Uni pendant la période de transition et sur la possibilité de négocier des traités commerciaux avec des pays tiers (à condition qu’ils n’entrent en vigueur qu’après la transition), aucun accord n’a en revanche été trouvé sur la question de la frontière irlandaise. D’autre part, la croissance des prix à la consommation au Royaume-Unis a diminué plus que prévu en février à 2.7% en glissement annuel contre 3% en janvier. En outre, au mois de janvier, la croissance des salaires a augmenté pour atteindre 2.6% en glissement mensuel (contre 2.5% en décembre, le plus haut niveau depuis novembre 2016). Enfin, lors de sa réunion du 22 mars, la Banque d’Angleterre (BoE) a décidé comme prévu de maintenir sa politique monétaire inchangée. Etant donné les avancées dans les négociations du Brexit et la croissance des salaires, nous continuons de penser qu’elle augmentera ses taux d’intérêts lors de sa réunion du mois de mai. Une seconde hausse des taux en 2018 ne peut en outre pas être exclue.

Politique monétaire aux États-Unis

La première réunion de la Fed sous la présidence de Jerome Powell est terminée. Comme prévu, le taux à court terme a été relevé de 25 points de base et se situe maintenant entre 1,50%-1,75%. Les perspectives économiques de la Fed sont désormais encore plus optimistes, tandis que les marchés financiers n’ont guère réagi aux décisions de la Fed.

Lors de la première réunion de la Fed présidée par Jerome Powell, tout s’est bien passé et il n’y a pas eu de grande surprise en matière de politique monétaire. Le taux directeur a été, comme prévu, relevé de 25 points de base.

Le style de Powell diffère de celui de l’ancienne présidente, Janet Yellen. Powell donne ainsi moins de détails et d’informations dans son analyse de l’économie. Pour les analystes, il est dès lors un peu plus difficile d’analyser la vision de la Fed. En revanche, Powell a donné l’impression qu’il était prêt à organiser davantage de conférences de presse. Les analystes pourraient ainsi se pencher plus souvent sur la vision complète de la Fed.

Étant donné que le relèvement des taux était considéré comme une quasi-certitude par les marchés financiers, l’attention s’est surtout portée sur les prévisions macroéconomiques. Lors de la conférence de presse, Powell a toutefois tenté d’en minimiser l’importance. Il a souligné à plusieurs reprises que les projections de la Fed n’étaient que la compilation de visions individuelles et que le comité pouvait rapidement changer sa vision. Ceci implique qu’il pourrait devenir plus difficile dans le futur d’interpréter la vision que la Fed a de l’économie.

Les prévisions demeurent néanmoins une source importante d’informations. Lors de cette réunion, les discussions ont surtout porté sur la trajectoire envisagée par les membres du comité du taux à court terme en 2018. Un relèvement des taux supplémentaire est-il envisageable pour eux? La réponse à cette question est actuellement négative. Le taux médian pour 2018 reste égal à 2,1%, ce qui implique que la Fed prévoit toujours deux autres relèvements des taux de 25 points de base en 2018. Pour 2019, la Fed prévoit en revanche un relèvement des taux de plus que ce qu’elle prévoyait en décembre, soit trois au lieu de deux.

Notre scénario en matière de taux demeure inchangé après la réunion de mars. Nous tablons toujours sur un total de quatre relèvements de 25 points de base en 2018, soit trois relèvements des taux supplémentaires en 2018.

En ce qui concerne les variables macroéconomiques, l’économie américaine continue, selon la Fed, à bénéficier d’un environnement optimal puisque la banque centrale prévoit une solide croissance économique et un robuste marché du travail allant de pair avec une inflation modérée (voir tableau 1).

Les prévisions de croissance ont à nouveau été revues à la hausse. La Fed prévoit désormais une croissance de 2,7% en 2018, alors que sa prévision était encore de 2,5% en décembre 2017 et de 2,1% en septembre 2017. Pour 2019, la croissance attendue a également été revue à la hausse, à 2,4% contre 2,1% en décembre 2017. La solide tendance à court terme et la politique de dépenses publiques supplémentaires approuvée en février soutiennent l’optimisme relatif à l’activité économique.

Étant donné que les perspectives concernant l’activité s’améliorent, il n’est pas étonnant que les prévisions pour le marché du travail évoluent aussi positivement. La Fed prévoit ainsi un repli du taux de chômage pour toutes les périodes envisagées. Elle table sur un taux de chômage de 3,8% en 2018 et de 3,6% en 2019. Les deux derniers rapports favorables sur le marché du travail ont probablement influencé ces chiffres plus positifs.

En marge de ces perspectives de croissance favorables, le double déficit (déficit budgétaire allant de pair avec un déficit de la balance courante1) a également été évoqué. Etant donné les baisses d’impôts et les dépenses publiques supplémentaires, le déficit budgétaire devrait augmenter, ce qui est une évolution singulière en période de haute conjoncture. Habituellement, le déficit budgétaire diminue dans le sillage du recul du taux de chômage, mais actuellement, cette relation ne se vérifie pas (voir graphique 1). D’autre part, on s’attend également à une hausse du déficit courant, ce qui est susceptible d’être négatif pour le dollar.

La stimulation budgétaire et fiscale supplémentaire en période de haute conjoncture pourrait conduire à une augmentation de l’inflation et, par conséquent, à un resserrement plus rapide de la politique monétaire de la Fed. Actuellement, la Fed n’en est pas encore convaincue car ses perspectives en matière de taux restent largement inchangées. En outre, les perspectives en matière d’inflation n’ont pas non plus changé par rapport à décembre. La Fed prévoit toujours une inflation proche de 2% pour la période 2018-2020. Seule la prévision pour 2020 a été relevée de 0,1 point de pourcentage à 2,1%.

Nous pouvons en conclure que la première réunion de la Fed sous la présidence de Jerome Powell n’a pas entraîné de grandes surprises. La Fed continuera à resserrer sa politique monétaire et reste très optimiste en ce qui concerne l’économie. La discussion sur le double déficit et sur la façon dont la Fed y réagira devrait cependant subsister. La projection à long terme du taux à court terme est estimé à 2,9% ainsi que l’anticipation de la FED des taux des Fed Funds de 3,4% en 2020 (impliquant une politique monétaire restrictive) laissent sous-entendre que la courbe des taux s’inversera en 2020 (ou plus tôt).

                                                             

1 La balance courante correspond à la balance commerciale (exportations de biens et services moins les importations de biens et services) + la balance des revenus + la balance des transferts courants.