Pouvoir d'achat : quelques balises

Pouvoir d’achat : quelques balises

Etats-Unis – Hausse plus faible de l’emploi

Aux Etats-Unis, l’indicateur ISM dans l’industrie manufacturière a augmenté à 59,3 en novembre après la légère baisse à 57,6 en octobre. L’enquête ISM a également montré un rebond des nouvelles commandes dans l’industrie. Par ailleurs, l’emploi total a augmenté de 155 000 personnes en novembre, en baisse par rapport à la hausse de 237 000 d’octobre. Cette baisse est principalement due à un manque de main d’oeuvre disponible qui ne permet pas d’augmenter les emplois autant que les entreprises le souhaitent. Dans ce contexte, la pression salariale continue de s’accentuer (salaires +0,2% mom, +3,1% yoy en novembre) et cela devrait perdurer dans les prochains mois. L’inflation sous-jacente devrait donc se maintenir à un niveau élevé, ce qui permettra à la FED de continuer à relever ses taux d’intérêts. Nous attendons une hausse des taux à la réunion de décembre et trois autres hausses en 2019. Concernant les perspectives de croissance, la tendance générale est plutôt orientée à la baisse en cette fin d’année 2018, notamment en raison la diminution des effets de baisse d’impôts, de la vigueur du dollar et des craintes de protectionnisme. Cela devrait probablement mener à un ralentissement d’activité dans les prochains mois. Par ailleurs, le déficit commercial américain a atteint en octobre 55,5 milliards de dollars, soit son niveau le plus élevé en 10 ans, en hausse de 1,7% sur un mois, sous l’effet combiné de la hausse des importations et d’une baisse des exportations. Parmi les partenaires, le déficit commercial avec la China a augmenté de 7,1% en octobre pour atteindre un niveau record. Ces données s’inscrivent dans un contexte compliqué de tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis. Lors du G20, un cessez-le-feu de 90 jours a été décidé par les dirigeants des deux pays. Néanmoins, il n’est pas certain que ce soit suffisant pour atténuer de manière durable les tensions et il n’est pas exclu que de nouvelles hausses des droits de douanes soient mises en place en 2019.

Zone Euro – Les indices PMI n’indiquent pas un fort relèvement de l’activité au Q4

La faiblesse de la croissance du PIB au Q3 a été confirmée (0,2% qoq), après la hausse de 0,4% au Q2. En outre, l’indice PMI du secteur manufacturier pour le mois de novembre a été révisé à la hausse à 51,8 mais est toujours en légère baisse par rapport au 52,0 d’octobre. La croissance de l’activité manufacturière est donc en baisse pour le troisième mois de suite et est descendue à son niveau le plus bas depuis août 2016, suite à une contraction des nouvelles commandes. Cela risque de peser sur la croissance économique de la zone euro au Q4. Parmi les pays, l’indice PMI manufacturier en Italie s’est établi en novembre au niveau inquiétant de 48,6 (49,2 en octobre) et se trouve donc pour le deuxième mois d’affilé en-dessous de la barre de 50 qui marque la séparation entre contraction et expansion de l’activité. C’est en outre la 11ème baisse de l’indicateur en 12 mois. Cela indique que l’industrie risque de peser sur la croissance du PIB italien au Q4 et cela ne nous permet pas d’espérer un rebond fort de l’activité économique après la contraction de -0,1% au Q3. Dans ce cadre, les hypothèses de croissance optimistes figurant dans le projet de budget du gouvernement italien semblent de moins en moins atteignables. Le chef du gouvernement italien a d’ailleurs annoncé qu’un nouveau budget devrait être soumis à l’Union Européenne et il ne semble plus opposé à une réduction du déficit prévisionnel. En Allemagne, la production industrielle du mois d’octobre a diminué de 0,5% mom suite à une contraction de la production de biens de consommation, après deux faibles hausses les mois précédents. Etant donné que l’activité économique s’est contractée au Q3 (-0,2% qoq), cette faiblesse de la production industrielle au début du quatrième trimestre n’est pas une bonne nouvelle et le redressement de la croissance pourrait être faible au Q4. Néanmoins, les commandes industrielles ont augmenté en octobre (+0,3% mom), ce qui est un signe positif pour les perspectives de l’économie allemande.

Pouvoir d’achat : quelques balises

Le pouvoir d’achat est au coeur du débat politique actuel. Il sera très probablement le thème économique principal des élections européennes de l’année prochaine, à côté, bien entendu, du thème des migrations et probablement de la transition écologique. Le pouvoir d’achat est malheureusement une donnée difficile à appréhender. Tentons ici d’en donner quelques éléments objectifs.

On ne parle que de lui : le pouvoir d’achat est au coeur du débat politique. Il augmente, diminue, ou augmente pour certains et diminue pour d’autres. Chacun semble en tout cas avoir son avis sur cette question. Dans certains pays, la question du pouvoir d’achat a déjà contribué à l’accession au pouvoir de partis populistes (Italie par exemple). Dans d’autres, elle fait l’objet d’une contestation virulente d’une partie de la population (France, Belgique).

Comment appréhender objectivement la question du pouvoir d’achat ? On peut le faire à deux niveaux différents : au niveau individuel, en examinant l’évolution du revenu et du prix des dépenses d’une personne ou d’une catégorie de personnes. Cela se justifie par le fait que les différences d’évolution de pouvoir d’achat entre les catégories différentes de personnes peuvent être très importantes. Mais cela ne donne pas une idée claire de la problématique.

On peut dès lors aussi aborder la question du pouvoir d’achat sur le plan macroéconomique. Pour ce faire, on étudie, sur une période donnée, l’évolution comparée du revenu disponible des ménages et des prix. Pour tenir compte également de la plus ou moins forte croissance de la population, on peut également diviser le revenu disponible par la population. C’est ce que nous faisons dans ce petit exercice pour la période allant de 2000 à 2017 pour une série de pays de l’Union Européenne.

Le graphique 1 représente, pour chaque pays, la comparaison entre l’évolution cumulée du revenu disponible par habitant et celle des prix. On précisera que l’augmentation du revenu disponible par habitant dépend à la fois de l’évolution du revenu disponible lui-même et de l’évolution de la population. On y remarquera que la plupart des pays de la zone euro ont connu, sur cette période, une évolution semblable du revenu disponible par habitant (de l’ordre de +50%). Par contre, des différences importantes apparaissent en matière d’inflation : la France et l’Allemagne ont connu une progression cumulée de l’ordre de 30% sur la période concernée, alors que la Belgique et le Portugal ou l’Espagne ont connu des hausses de prix cumulées de l’ordre ou supérieures à 40% ! Cela fait bien entendu une différence importante en matière de pouvoir d’achat.

A ce titre, le graphique 2 représente l’évolution cumulée sur la même période du pouvoir d’achat, compte tenu de l’ensemble des éléments décrits ci-dessus. Seuls deux pays, la Grèce et l’Italie, ont connu une diminution du pouvoir d’achat, défini comme le revenu disponible réel par habitant. La Belgique et l’Espagne ont également connu une assez faible hausse de leur pouvoir d’achat, alors que la France, qui fait actuellement face à une contestation musclée sur le sujet du pouvoir d’achat, a plutôt connu une évolution confortable de celui-ci. Pour l’ensemble de la zone euro, la hausse cumulée du pouvoir d’achat atteint 7% entre 2000 et 2017.

On le sait, la question du pouvoir d’achat est aussi une affaire de perception. Dans ce cadre, un examen de l’évolution sur longue période peut être non relevante : les citoyens comparent leur situation par rapport aux dernières années et non pas sur très longue période. Si dès lors on examine l’évolution du pouvoir d’achat au cours des 10 dernières années, ce qui correspond par ailleurs à la période allant du sommet du cycle économique précédant à la période actuelle, le tableau est malheureusement plus sombre : parmi les pays considérés, seuls la Tchéquie, la Finlande, l’Allemagne, le Danemark, la Suède et la Pologne ont connu une évolution positive du pouvoir d’achat. C’est probablement un élément explicatif fondamental du mécontentement social actuel.

Pour être complet, il faut ajouter que les évolution décrites ici se centre sur l’évolution du pouvoir d’achat, et ne disent en rien quelles sont les différences entre les pays en matière de niveau de vie. Même si sur la période considérée, le pouvoir d’achat a bien plus augmenté en Pologne qu’en France ou en Belgique, le niveau de vie dans ces deux pays y reste supérieur !

En conclusion, il n’est pas très étonnant que le pouvoir d’achat soit, aujourd’hui, une source de frustration. Même si sur longue période ou en terme de niveau de vie, cette frustration n’a pas de sens, la perception d’une trop faible croissance ou même d’une érosion du pouvoir d’achat sur les 10 dernières années la supporte. Les réponses qui pourront y être apportées seront sans aucun doute l’enjeu économique principal des prochaines élections européennes.