Sommet Européen : les pommes de la discorde

Sommet Européen : les pommes de la discorde

États-Unis – L’inflation se renforce encore

Aux Etats-Unis, la balance commerciale des biens s’est améliorée en mai, pour atteindre son meilleur niveau depuis 9 mois, -64,850 milliards de $ (en hausse de 2,5 milliards de dollars depuis avril). Le déficit a donc diminué de 3,7%, suite à une hausse des exportations plus forte que la hausse des importations. Les dépenses réelles de consommation pour le mois de mai sont restées stables sur un mois, après une hausse de 0,4% au mois d’avril. En outre, L’indicateur PMI manufacturier aux Etats-Unis selon l’enquête ISM a augmenté en juin à 60,2 contre 58,7 en mai, proche du sommet de 14 ans à 60,8 atteint en février 2018. D’autre part, la confiance des consommateurs américains a baissé en juin à 126,4, suite à une diminution des anticipations des ménages, après le rebond de mai à 128,8. Elle reste néanmoins à un niveau historiquement élevé. L’ensemble de ces données suggère que la croissance du PIB pourrait atteindre environ 4% au deuxième trimestre et 3% sur l’ensemble de l’année 2018. L’inflation a en outre continué de se renforcer : l’inflation des dépenses personnelles de consommation (PCE, l’indicateur préféré de la FED) révèle que le taux d’inflation global est passé de 2% à 2,3% en mai alors que l’inflation PCE sous-jacente, qui exclut les composantes alimentaires et énergétiques volatiles, passe de 1,8% à 2%. Les deux taux sont à leur niveau le plus haut depuis plus de six ans. Les pressions inflationnistes dans l’économie américaine devraient rester présentes durant l’été, ce qui renforce notre prévision de deux hausses de taux supplémentaires par la FED en 2018.

Zone euro – Inflation sous-jacente toujours basse

En zone euro, la croissance des prêts aux entreprises non financières est passée en mai à 3.6% mom contre 3,3% en avril, ce qui est le taux de croissance le plus élevé des neuf dernières années. Même si l’incertitude dans l’économie de la zone euro n’a pas diminué au deuxième trimestre, les entreprises ont continué d’emprunter davantage. Cela est dû aux contraintes de capacité qui limitent la croissance de la production et cela devrait continuer à favoriser l’investissement dans la zone euro. La croissance des prêts aux ménages est restée stable au niveau qui prévaut depuis janvier, à 2,9%. D’autre part, l’indice ESI (Economic Sentiment Indicator) a légèrement diminué, passant de 112,5 à 112,3 en juin, suite à une baisse de la confiance des consommateurs et un climat des affaires demeurant inchangé, aussi bien dans le secteur industriel que dans celui des services. Même si l’indicateur est maintenant à un niveau inférieur à celui de fin d’année 2017, il reste à un niveau historiquement très élevé. Nous nous attendons toujours à une croissance du PIB de 2,1% pour l’année, ce qui est sain selon les normes européennes mais inférieur aux performances de 2017. Le principal risque demeure les tensions commerciales.

En outre, l’inflation des prix à la consommation en zone euro s’est établie à 2% en juin, contre 1,9% en mai, suite à une forte hausse des prix de l’énergie (8% yoy). L’inflation sous-jacente, qui exclut l’énergie, l’alcool, le tabac et la nourriture, a atteint 1% seulement en juin, contre 1,1% en mai, principalement en raison d’une hausse des prix des biens industriels non énergétiques de seulement 0,4%. Il semble donc que le mouvement vers un taux d’inflation soutenu d’un peu moins de 2%, comme voulu par la BCE, n’a pas encore commencé. La croissance des salaires étant encore faible, il semble improbable que le taux d’inflation sous-jacent augmente fortement au cours de l’année 2018.

Sommet Européen : les pommes de la discorde

Le Sommet Européen des 28 et 29 juin s’est clôturé sur plusieurs accords de façade. Il faut dire que la liste des sujets à l’agenda était particulièrement peu propice aux accords. Si le Sommet devait sonner l’heure de gloire européenne de 2018 pour Emmanuel Macron, son projet de budget européen s’est fait voler la vedette par la crise migratoire, remise sur le devant de la scène par l’extrême-droite italienne. La réforme de la zone euro devra encore attendre un peu.

Les agendas des Sommets Européens de juin sont généralement chargés, mais cette année on peut dire que l’agenda s’apparentait à un panier de pommes de discorde. L’agenda ne cachait pas son ambition à l’aube d’une fin d’année difficile : l’accord sur le Brexit doit en effet être finalisé pour le 18 octobre (après quoi les Parlements Nationaux n’auraient plus le temps de l’approuver avant le Brexit, le 29 mars 2019) et les avancées sont maigres depuis le début de l’année. De plus, l’Italie devra rendre pour le 15 octobre son budget 2019, qui pourrait marquer le début d’une guerre ouverte entre l’Italie et ses partenaires européens. Pour éviter cela, un accord sur la crise des réfugiés était nécessaire ce week-end. Le Gouvernement italien a en effet besoin de quelques victoires diplomatiques s’il veut mettre de côté certaines promesses électorales afin de ne pas trop sortir du cadre budgétaire imposé par Bruxelles (les mesures promises par l’extrême-gauche et l’extrême-droite ensemble au pouvoir en Italie pourraient mener le déficit public à près de 10% du PIB contre moins de 3% aujourd’hui). La nécessité d’engranger des accords ce week-end était donc aussi forte que la probabilité de succès était faible, et ce pratiquement sur tous les sujets.

Le sujet consensuel était l’adoption des décisions entourant la fin du plan d’aide à la Grèce négociée au sein de l’Eurogroupe. La Grèce a ainsi obtenu suffisamment de liquidités pour faire face à ses obligations jusqu’en 2021, après quoi la question de la soutenabilité de sa dette (près de 180% du PIB) refera sans doute surface. Un sujet moins conflictuel était la politique commerciale et les nouvelles technologies où les 28 se sont montrés unis derrière les barrières tarifaires mises en place contre 2,8 milliards d’exportations américaines et derrière la volonté de taxer les géants américains et chinois de la tech de manière appropriée1.

Sur le Brexit, la discussion aura finalement tourné court, tant les résultats engrangés depuis janvier sont maigres2. Les chefs d’Etat ont donc augmenté la pression sur Theresa May pour qu’elle fasse des propositions plus concrètes dans les prochaines semaines. Par ailleurs le Conseil a entériné la transformation du Parlement Européen après le 29 mars 2019 et le départ des 73 députés britanniques : le Parlement est ramené de 751 à 705 sièges, 27 sièges étant réalloués (la France et l’Italie gagnent 5 sièges, la Belgique conserve ses 21 sièges, aucun Etat membre ne perd de siège).

La réforme de la zone euro et la politique migratoire étaient le coeur du Sommet. En effet, tant Angela Merkel qu’Emmanuel Macron avait beaucoup à perdre ce week-end, et le Sommet ne leur permet pas de rentrer au bercail les poches pleines. En effet, en Allemagne, la coalition historique entre la CDU d’Angela Merkel et la CSU, chrétienne et bavaroise, ne tient qu’à un fil à cause de la menace du Ministre de l’Intérieur Seehofer (CSU) de ramener les migrants habitant en Allemagne mais enregistrés à leur entrée dans Shengen dans d’autres pays (Italie et Grèce surtout) dans ces pays. Cela peut se faire au titre des accords de Dublin qui datent de 1990 et ont été révisés en 2013, avant l’afflux massif de réfugiés de 2015/2016. L’Italie menaçait de bloquer toutes les conclusions du Sommet si une révision de cet accord n’était pas mise en place. L’Italie aura eu gain de cause sur plusieurs sujets. Ainsi, les conclusions reconnaissent le problème migratoire comme un problème collectif, prévoient la mise en place de centres d’examen des candidatures d’asile (« plateformes régionales de débarquement ») en dehors ou aux frontières de Shengen (qu’il reste sans doute à négocier, notamment avec l’Afrique du Nord) ainsi qu’un demi-milliard d’euros d’aides supplémentaires aux pays africains concernés. La présence européenne en Méditerranée pour soutenir l’Italie sera en outre renforcée. Par ailleurs, l’accord de Dublin a été intégré à un « paquet3 » de 7 propositions législatives visant à réformer et uniformiser l’ensemble des règles européennes en matière de droit d’asile. De quoi calmer l’Italie temporairement, mais sans doute pas la CSU. Le problème redevient donc un problème de politique intérieure pour Angela Merkel qui a évité in extremis l’explosion de sa coalition ce lundi. Les prochains mois nous diront si la coalition allemande est appelée à changer. Pour l’instant de nouvelles élections ne sont pas prévues.

Emmanuel Macron jouait également sa réputation, tant il avait mis d’énergie dans la préparation du volet « Zone Euro » du Sommet. Avec Angela Merkel, à Meseberg le 20 juin, il était parvenu à ce que les Allemands soutiennent son initiative de budget européen, une pierre angulaire de son programme électoral l’an dernier. Il restait à convaincre ce week-end, une tâche difficile alors qu’une dizaine de pays se sont groupés autour des Pays-Bas pour refuser l’idée, pourtant bien présente à l’agenda lors de l’Eurogroupe du 21 juin. Si le sujet aurait a priori dû être central pendant le Sommet, et aurait dû permettre au Président français de rentrer au bercail en leader de l’Europe, il n’en a rien été : le projet restera encore un peu dans les cartons de l’Eurogroupe. Tout juste le Conseil s’est-il mis d’accord pour donner un nouveau au MES (Mécanisme de Stabilité Européen) dans le cadre de l’Union Bancaire, un rôle encore très éloigné de l’ambition française de voir un « FMI européen » voir le jour. En effet, il s’agit seulement pour le MES d’être en mesure de prêter des moyen au fonds de résolution des banques (payé par les banques elles-mêmes) en cas de nouvelle crise de confiance dans un pays de la zone. Tous les autres sujets sont reportés à décembre, illustrant à quel point les capacités d’avancées sont limitées pour l’instant.



1. Plus de détails : https://ec.europa.eu/taxation_customs/business/company-tax/fair-taxation-digital-economy_en
2. Récapitulatif et ligne du temps : www.consilium.europa.eu/en/policies/eu-uk-after-referendum/
3. www.consilium.europa.eu/en/policies/ceas-reform/